Cuba. Se révolter ou résister : le dilemme auquel sont confrontés les Cubains aujourd’hui

La peur, la répression et la dégradation des conditions de vie placent les Cubains face à un choix de plus en plus difficile.

Les débats sur l’attitude à adopter face à la situation accablante que traverse le pays sont fréquents ces derniers temps. Les avis sont partagés. Certains soutiennent qu’il faut endurer la situation, faute d’autre alternative. D’autres prônent la mobilisation dans la rue pour protester jusqu’à la chute du gouvernement. Ces deux options sont extrêmement difficiles.

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La peur — destinée à garantir une obéissance absolue — a été imposée par le régime dès 1959 au moyen d’exécutions par peloton d’exécution, de lourdes peines de prison, de l’exil et d’autres formes d’intimidation.

Le redoutable Département de la sécurité de l’État, mis en place par Ramiro Valdés (récemment décédé), a été calqué sur le modèle de la police politique de l’ère stalinienne. Durant des décennies, il a constitué une machine redoutable pour contrer toute opposition au régime ; aux côtés de la Police nationale révolutionnaire (PNR) et des forces armées, il demeure un instrument efficace d’intimidation de la population.

Dès les débuts, de nombreux jeunes — principalement des enfants de militaires et de membres du Parti communiste — ont été recrutés et formés en tant qu’agents de la sécurité de l’État. Beaucoup ont reçu une formation en Union soviétique ou à Cuba même, dispensée par des membres du KGB et de la Stasi est-allemande. Cela a donné naissance à un corps d’agents endoctrinés et soumis au lavage de cerveau, prêts à exécuter n’importe quelle mission sur ordre.

Les Comités de défense de la révolution (CDR), chargés de surveiller et de dénoncer toute personne affichant une attitude contraire au gouvernement, fonctionnent à peine aujourd’hui, mais dépendent encore d’un nombre important d’informateurs.

Bien que leur nombre diminue, certains continuent de bénéficier du gouvernement et, naturellement, le défendent bec et ongles. Nul ne souhaite perdre ses privilèges ; ils feront donc tout pour conserver leur position.

La peur de l’emprisonnement étouffe les protestations, tout comme le manque d’unité et de leadership ; ceux qui auraient pu mener le mouvement, comme Oswaldo Payá, ont été éliminés ou contraints à l’exil.

Tous ces facteurs, parmi d’autres, incitent nombre de personnes à la passivité.

La population est impuissante face à un régime soutenu par une armée bien équipée et bien entraînée.

Des manifestations spontanées éclatent constamment, mais elles manquent de coordination.

Le mécontentement est généralisé. Il suffit d’écouter les plaintes et les insultes proférées contre l’élite dirigeante dans l’espace public. Pourtant, ni cela, ni les manifestations bruyantes ne suffisent à renverser une dictature.

Une ancienne voisine, émigrée en Suède, m’a confié lors d’une visite que le problème des Cubains est que « quelqu’un doit mourir, et personne ne veut de ce sacrifice ». Elle affirme cela, alors qu’elle a fait quitter Cuba avec toute sa famille et n’est pas restée pour affronter le problème. C’est ce qu’ont fait des millions de Cubains.

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Le régime cubain n’est jamais sanctionné à l’Assemblée générale des Nations Unies. Au contraire, les votes sur l’embargo américain sont favorables au gouvernement.

Je partage l’avis que Cuba n’accédera pas à la liberté sans aide extérieure. Cependant, même le président américain n’a pas carte blanche pour intervenir à Cuba ; le pays fonctionne selon un système démocratique, et aucune action ne peut être entreprise sans l’accord du Congrès.

Il faut aussi prendre en compte le fait qu’une intervention militaire étrangère aurait un coût humain exorbitant. Cette crainte hante les Cubains.

Je ne considère pas comme réalisable la solution proposée par certains : l’annexion par les États-Unis ou la transformation de Cuba en un État associé libre, comme Porto Rico.

Que pouvons-nous, Cubains, attendre de l’avenir ? Nous sommes face à un choix : mourir les bras croisés ou nous engager dans une lutte où le sang coulera à coup sûr.

J’ignore ce qui va se passer. Même si l’on me qualifie de pessimiste, je crois qu’à presque quatre-vingts ans, je ne verrai pas la fin de ce cauchemar.

Source : CubaNet

Lien : https://www.cubanet.org/rebelarse-o-resistir-la-disyuntiva-que-enfrentan-hoy-los-cubanos/

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