Guadeloupe. Canne : quelles conséquences si la campagne ne démarre pas ?

Depuis le 1er mars, la campagne cannière aurait pu débuter si certains planteurs n’avaient pas remis en question l’accord signé par toutes les parties en avril 2023. Dix jours plus tard, c’est toujours l’attente et les incertitudes.

Depuis trois semaines, de réunions en réunions, de rencontres en rencontres, le Collectif composé des Jeunes Agriculteurs de Guadeloupe, du Kolèktif des Agriculteurs, de l’UDCAG tient bon sur ses revendications tandis que l’Iguacanne, le GIA Canne, les SICAs (sauf une) tentent de convaincre qu’i faut démarrer la campagne tout de suite.

Pourquoi ? Une note de l’Iguacanne donne la réponse : « Le fait de ne pas pouvoir livrer des cannes aux unités de transformation s’avère dévastateur et ce, à plus d’un titre. »

Il y aurait des conséquences financières pour les producteurs de cannes, des conséquences sociales et des conséquences économiques collatérales.

Les conséquences financières seraient essentiellement pour les planteurs de canne.

« Ce n’est pas moins de 28 millions d’euros (montant total d’aide) qui sont perdus et ce, pour l’ensemble des planteurs de canne de la Guadeloupe », affirme l’Iguacanne, qui détaille :
– Aide à la garantie de prix (AGP) : 20,16 M€
– Aide surfacique : 4,60 M€
– Aide au transport de la canne livrée (ATCL) : 2,4 M€ *
– Aide régionale (2 €/T pour les 500 premières tonnes – 5€ à Marie Galante) : env. 1M€.

« Il convient de préciser, ajoute l’Iguacanne, que toutes ces aides ne peuvent être mobilisées que s’il y a livraison effective de cannes aux usines, conformément aux dispositions qui régissent la convention canne 2023-2028.

Il est par conséquent impossible de penser à une quelconque répartition de ces enveloppes d’aide, si la campagne n’a pas lieu. La perte sera par conséquent sèche pour tous les planteurs de canne. »

La situation évoquée indique que certains syndicalistes envisagent l’absence de campagne de récolte pour l’année 2023, ce qui serait qualifié de « saison blanche ». En conséquence, les planteurs seraient impactés financièrement non seulement par la perte des aides normalement allouées suite à la livraison de cannes aux sucreries, mais également par l’absence de paiement pour leurs cannes, correspondant à un prix industriel de 32,34 € par tonne, avec une prime industrielle supplémentaire de 6 € pour Gardel.

Un manque à gagner pour la Guadeloupe continentale de plus de 15 M€, estime l’Iguacanne.

La question se pose de savoir combien d’exploitants dont l’activité principale est axée sur la canne pourront tenir sans les recettes de la vente de canne et des aides rattachées.

A ces conséquences financières directes, s’ajouteraient des conséquences sociales.

Ainsi, l’usinier de Gardel a mis les salariés au chômage technique. C’est une nécessité de gestion évidente. A ce jour, 230 salariés ont été mis au chômage technique par la direction de la sucrerie à cause de la perte d’activité liée à la non-livraison des cannes.

De plus, l’incidence est tout autant évidente : la direction du CTCS a entamé les démarches administratives nécessaires pour mettre à son tour en chômage technique de 16 de ses salariés.

Le régime du chômage technique assure aux employés une indemnité de 70% du salaire brut pour les heures non travaillées, limitée à une durée maximale de 6 semaines. Cela entraîne pour les employés une diminution notable de leur pouvoir d’achat et crée une incertitude concernant leur avenir professionnel. Et difficile de se reclasser dans ce type de métiers…

Mais, la filière canne-sucre-rhum comporte d’autres intervenants et pour eux aussi la non-récolte pourrait être mortifère pour leurs entreprises.

Verra-t-on la fin des SICA cannières ? Elles ne pourront pas recouvrer les avances consenties sur la récolte 2024 à leurs adhérents et seront dans l’impossibilité d’honorer les engagements pris auprès de la Caisse régionale du Crédit agricole qui leur a prêté les fonds (5 M€).

Seules les SICA les plus solides financièrement pourront négocier avec leur banque. Certaines étaient déjà en situation de grande fragilité sur les précédentes campagnes, dont l’UDCAG partie prenante du Collectif.

Les ventes des distributeurs d’engrais, de produits phytosanitaires, de matériels et de pièces détachées agricoles risquent de diminuer significativement parce que les cannes à sucre non récoltées n’auront pas besoin d’entretien.

Pour les professionnels de la récolte et du transport, l’absence de coupe signifie un arrêt d’activité, compromettant ainsi les emplois saisonniers. L’équipement coûteux, comme une récolteuse à 450 000 euros amortie sur 7 ans, reste inutilisé. Les transporteurs, qui ont également investi dans des véhicules spécifiques, se retrouvent avec du matériel qui n’est pas facilement réaffectable, à l’exception des tracteurs.

« La crise ne se circonscrit pas uniquement aux agents de la filière canne-sucre-rhum mais, c’est donc tout un pan de l’économie de la Guadeloupe qui risque d’être négativement impacté et d’être mis à mal par l’inconséquence d’un petit nombre », déplore le représentent de l’Iguacanne.

* L’ATCL ne serait versée qu’aux planteurs qui livrent aux distilleries.

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