Guadeloupe. Crise de l’Eau : les élus ont écrit au chef de l’Etat et au Premier ministre pour demander une Opération d’Intérêt National en urgence

A l’issue du Congrès des élus sur l’eau et l’assainissement, tenu à l’initiative de Guy Losbar, président du Conseil départemental et président du Congrès des élus en exercice, celui-ci avait dit que les 4 résolutions seraient transmises au président de la République et au Premier ministre. C’est chose faite.

« Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Premier ministre,
Le 24 juin 2026, à Basse-Terre, les élus départementaux, régionaux, les parlementaires, les maires et les présidents d’établissements publics de coopération intercommunale de la Guadeloupe se sont réunis en Congrès pour adopter, à l’unanimité, un plan de sortie de la crise de l’eau et de l’assainissement décliné en quatre résolutions. Par-delà nos sensibilités, nous avons su nous rassembler autour d’un constat partagé et d’un plan d’action commun. Cette unité a redonné de l’espoir à nos concitoyens ; elle nous oblige. Pour faire vivre ce consensus et lui donner une traduction concrète, la Région Guadeloupe, le Département de la Guadeloupe, les parlementaires de la Guadeloupe et l’Association des maires de Guadeloupe ont décidé d’agir ensemble, dans une même démarche. C’est unis dans cette action commune que nous nous adressons solennellement à vous, afin de porter au plus haut niveau de l’État les résolutions du Congrès. »

Les résolutions votées à l’unanimité des élus ont été signées par le président Guy Losbar. @AJV

Quatre résolutions pour dire le consensus, l’unanimité, tous partis confondus, à vouloir avancer sinon régler la crise de l’eau. Conseillers départementaux, conseillers régionaux, parlementaires (sénateurs et députés), maires, présidents d’EPCI ont voté ces quatre résolutions après une journée entière de débats.

Que veulent-ils ?

Le courrier à Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu résume avec efficacité les quatre résolutions.

Tout d’abord, un plan d’urgence quadriennal de résilience hydrique (résolution n° 1), l’accompagnement du SMGEAG et de sa régie Archipel’Eau (résolution n° 2), la mise en place d’une Opération d’intérêt national et de mesures législatives et réglementaires dérogatoires (résolution n° 3), ainsi que la solidarité envers les usagers et le développement des compétences dans les métiers de l’eau (résolution n° 4).

En fait, c’est la résolution 3 qui est la clé de voute de tout le système de sortie de crise.

Le Congrès demande au Gouvernement « de prendre ses responsabilités par la création d’une Opération d’intérêt national (OIN) — outil de maîtrise d’ouvrage exceptionnelle, limité dans le temps — destinée à conduire un programme de reconstruction du système d’eau et d’assainissement de la Guadeloupe, exceptionnel par son ampleur et sa durée, dont le chiffrage s’élève à plusieurs centaines de millions d’euros. Une fois les ouvrages livrés, ils reviendraient au SMGEAG, qui en demeurerait l’exploitant. L’État, seul compétent pour décider d’une telle opération au titre de l’article L. 102-12 du code de l’urbanisme, en assurerait le pilotage stratégique et la coordination des moyens. »

L’opération d’intérêt national (OIN) est une opération d’aménagement qui répond à des enjeux d’une importance telle qu’elle nécessite une mobilisation de la collectivité nationale et l’engagement de l’Etat à y consacrer des moyens particuliers. Le gouvernement l’a engagé à Marseille avec l’OIN Euroméditerranée. Deux milliards de fonds d’Etat et des collectivités majeures pour transformer 480 hectares de friches en une zone urbaine développée.

En Guadeloupe, le défi est encore plus prégnant qui fait que 380 000 personnes n’ont pas d’eau en permanence dans leurs robinets. Le coût avoisinerait, selon certains spécialistes, le milliard et demi d’euros. Il faut tout refaire…

Que dit le courrier ? « La situation est connue et sa gravité n’est plus discutable : coupures récurrentes et « tours d’eau » imposés à des dizaines de milliers de foyers, réseaux dégradés à l’origine de fuites massives, atteinte durable à la continuité du service public, à la santé publique et à l’activité économique. L’application de la Charte sociale européenne à la Guadeloupe depuis le 1er mai 2026, qui consacre le droit à un environnement sain et à l’accès effectif à l’eau potable, rend cette situation d’autant moins tenable et appelle un engagement renforcé de l’État. »

Les demandes à l’Etat sont sériées.

Sur ce fondement, nous sollicitons de l’État les engagements suivants :

  • Création et financement de l’OIN : décider la mise en place de l’Opération d’intérêt national et engager l’État à hauteur de 70 % des financements nécessaires à sa mise en œuvre, en priorisant les territoires les plus touchés par les difficultés d’approvisionnement.
  • Traitement dérogatoire de la dette historique : créer une structure de défaisance, à l’image de la CADES (Caisse d’amortissement de la dette sociale), afin de cantonner et de traiter la dette historique héritée du SIAEAG (Syndicat Intercommunal d’alimentation en Eau et d’Assainissement) et une partie des dettes accumulées, pour restaurer durablement la capacité d’investissement du SMGEAG (Syndicat Mixte de Gestion de l’Eau et de l’Assainissement de Guadeloupe) et préserver les équilibres des EPCI (Établissement Public de Coopération Intercommunale).
  • Dispositif dérogatoire de portage et éligibilité au FCTVA : adopter, par voie législative et réglementaire, un véhicule juridique, budgétaire et comptable spécifique permettant l’individualisation et le portage des investissements réalisés pour le compte du SMGEAG, la neutralisation de leur impact sur les ratios prudentiels des collectivités contributrices par la création de budgets annexes, et leur éligibilité au Fonds de compensation pour la TVA (FCTVA).
  • Contribution de l’État au pacte de solidarité financière : participer au pacte de solidarité financière destiné à couvrir le déficit d’exploitation du SMGEAG, à hauteur de la part de l’État arrêtée par le Congrès (14 M€), et reconduire si nécessaire la procédure dérogatoire de prêt mobilisée en 2022.
  • Soutien fiscal à la récupération des eaux de pluie : instaurer en Guadeloupe un dispositif fiscal renforcé (crédit d’impôt, déduction exceptionnelle ou défiscalisation analogue à celle des investissements productifs outre-mer) en faveur des équipements de récupération et de valorisation des eaux de pluie.

Le courrier demande au chef de l’Etat et au Premier ministre « la programmation, dans les meilleurs délais, d’une réunion de travail au plus haut niveau de l’État, associant les exécutifs régional et départemental, les parlementaires et l’Association des maires, afin d’arrêter ensemble le cadre, le calendrier et le financement de l’Opération d’intérêt national et des mesures dérogatoires qui l’accompagnent. Les Guadeloupéens ne nous jugeront pas sur nos intentions, mais sur des résultats tangibles : la réduction puis la suppression des tours d’eau, la qualité de l’eau et le respect des délais. »

Le courrier

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