Le fondateur de la chaîne de restaurants Chef Créole, Wilkinson « Ken » Séjour, lance un appel à l’administration afin que cette dernière puisse prendre en compte la situation des Haïtiens touchés par la fin du statut de protection temporaire (TPS).
Quelques jours auparavant, l’entrepreneur, né aux Bahamas de parents haïtiens, avait essuyé de nombreuses critiques après avoir confié au média américain CBS qu’il avait voté pour le président Donald Trump lors de l’élection présidentielle américaine de novembre 2024. Une décision qu’il dit regretter depuis.
Sur les ondes de Magik 9 ce lundi 10 août 2026, le chef cuisinier a lancé un appel à l’administration en faveur des Haïtiens. Et son appel, qui revêt une forte dimension économique, est plutôt pragmatique : « Je dirais à l’administration : malgré la position que vous voudriez prendre au sujet du TPS pour les Haïtiens, regardez vos poches, regardez vos cœurs ! N’oubliez pas que ces personnes sont le guide, qui nous ont donné 15 à 20 ans pour qu’on puisse réaliser que c’est une bonne chose d’entreprendre aux États-Unis. Ce sont les travailleurs qui font les entreprises », a plaidé Wilkinson Séjour.
La décision de l’administration américaine de mettre fin au TPS, et la politique migratoire de l’administration américaine en général, touche en premier lieu ces travailleurs. Une réalité dont l’entrepreneur n’ignore guère l’existence. Il est aujourd’hui témoin de la psychose de peur qui se propage parmi les migrants haïtiens, et pas seulement chez les anciens bénéficiaires du TPS. Le chef cuisinier explique : « Ceux qui ont l’asile ont peur. Ceux qui ont une résidence permanente ont peur. Parce qu’ils se disent qu’ils peuvent être arrêtés à tout moment, et ce sera à eux de prouver qu’ils sont en règle », avec le risque de passer plusieurs semaines en détention.
Or, une grande partie des employés de la chaîne de restaurants Chef Créole, soit environ 50 % si l’on croit M. Séjour, sont des migrants haïtiens, dont nombre d’entre eux étaient bénéficiaires du statut de protection temporaire (TPS). La révocation de ce statut, ainsi que celle des cartes de travail des bénéficiaires, risque de mettre à mal le fonctionnement de ce réseau d’établissements, qui proposent une cuisine fortement inspirée des recettes d’Haïti et d’autres pays de la Caraïbe.
Son message à l’administration Trump est donc celui d’un entrepreneur à un autre entrepreneur, en la personne de Trump, qu’il dit avoir voté d’ailleurs pour son sens des affaires. « J’aimerais que les gens [les membres de l’administration, ndlr] regardent simplement. Ne pas seulement se regarder soi-même, mais regarder tous ceux qui ont contribué à construire ce qu’on a aujourd’hui. On ne peut pas construire sans le support des autres, ceux qui croient en notre vision », lance-t-il en direction de l’administration dirigée par Donald Trump.
Mais l’entrepreneur de 34 ans veut voir aussi le bon côté que pourrait avoir la décision de l’administration américaine : l’amour des Haïtiens pour leur patrie. « C’est peut-être un signe aussi que nous arriverons à reconstruire le pays. Les gens [haïtiens] veulent rentrer chez eux », confie M. Séjour, dont la chaîne de restaurants emploie en majeure partie des migrants haïtiens. « L’une des premières choses qu’on a à faire en Haïti, c’est de reconstruire le pays, montrer au monde que ce qu’ils pensent de nous n’est pas la vérité », a-t-il insisté.
Source : Le Nouvelliste

























