Le centre pénitentiaire de Baie-Mahault est en ébullition : 780 détenus pour une capacité de 450 places, un manque d’effectifs en personnels, des dysfonctionnements, un dialogue social qui semble bloqué. Eric Petilaire, secrétaire départemental de la CGT pénitentiaire, explique.

Depuis quelques semaines, le centre pénitentiaire de Baie-Mahault connaît quelques remous. En début de semaine, les surveillants étaient en grève. Les syndicats ont décidé d’exporter leur mal-être en s’exprimant d’abondance pour exprimer celui-ci.
Eric Petilaire, syndicaliste : « Nous avons des problèmes graves et le dialogue social ne passe pas. On ne tient pas compte au niveau de la direction locale de notre situation de souffrance. On ne comprend pas comment fonctionne notre direction. »
Que se passe-t-il ? « Nous manquons d’agents. Il nous faudrait 16 agents de plus. Là, nous travaillons comme des malades alors que, pour faire sérieusement notre métier, nous avons besoin d’être reposés. Vous savez, explique Eric Petilaire, nous n’avons pas affaire à des enfants de chœur en détention. Nous devons être prudents à tout moment et ce n’est pas en étant fatigués que nous pourrons être véyatifs. »
Conséquence, selon lui : « Les détenus nous observent tout le temps. Ils savent que ça ne va pas. Les officiers, les agents, sont à bout, ils souffrent. Alors, les détenus en profitent : il y a des bagarres. Dernièrement un collègue a été frappé à la tête, il y a deux ans, un autre a été ébouillanté, entretemps, d’autres ont reçu des coups de pics. Certains en profitent pour régler leurs comptes avec d’autres détenus ou des surveillants, pour faire entrer des armes. Or notre mission première est de veiller à la sécurité des détenus. Là, ce n’est plus possible. »
Avec 780 détenus, 550 qui dorment dans des lits et plus de 150 sur des matelas posés au sol, des cellules avec 9 détenus dans 15m2 (au lieu de 4 il y a quelques années), 4 dans des lits, 5 sur des matelas, « il est difficile pour un surveillant qui ouvre la porte de pouvoir résister en cas où ces détenus voudraient sortir en force », détaille Eric Petilaire.
Pour le syndicaliste, la politique carcérale n’est pas adaptée aux réalités de la détention.
« En Guadeloupe, on a pris l’habitude d’incarcérer des courtes peines en disant à des personnes condamnées à deux, trois mois, six mois de détention qu’elles pourront, une fois à l’intérieur, faire une demande de mise en liberté. Mais, ça ne marche pas comme ça. Les détenus, surtout, n’ont aucune possibilité en incarcération : l’école, le sport, les activités, la possibilité de se faire un peu d’argent pour cantiner ou rembourser leurs victimes, ce n’est pas possible : il n’y a pas assez de place, pas assez de surveillants. Alors en détention, les détenus ne font rien, et les jeunes surtout, sont gâchés. Ça ne produit pas de bons résultats mais des récidives. »
« Ça ne peut pas être une fatalité, il faut faire quelque chose ! Tout explose à l’intérieur ! », lance le syndicaliste.
Faute de dialogue social sur place, les syndicats ont fait appel à la direction interrégionale.
« Nous avons un gros problème, la maison d’arrêt 1. Les détenus reçoivent des armes, couteaux, etc. par drones. Ceux-ci sont difficiles à intercepter car le système anti-drone est obsolète et le filet au-dessus de la centrale n’est pas sur tout l’établissement. Là, nous allons recevoir des collègues de Fort-de-France et de Basse-Terre qui, avec les forces de l’ordre, vont faire une fouille systématique. »
La direction du centre pénitentiaire de Baie-Mahault, contactée et avisée de la question par l’intermédiaire de son secrétariat, n’a pas donné suite à l’appel de notre rédaction.





















