Guadeloupe. Politique : « Nous défendons une Europe qui s’occupe du quotidien des citoyens. »

Les socialistes de Guadeloupe ont décidé de tenir leur meeting d’ouverture de la campagne des Européennes, ce dimanche à Vieux-Habitants. Entretien avec Olivier Nicolas, premier secrétaire fédéral, candidat sur la liste conduite par Raphaël Glucksmann.

Ce dimanche, vous êtes à Vieux-Habitants pour ouvrir la campagne des socialistes pour les Européennes. Pourquoi si loin des centres de décision ?

Je pourrais déjà vous répondre que le premier centre de décision d’un territoire, c’est son chef-lieu et, aujourd’hui, nous serons à quelques encablures de Basse-Terre où se trouvent — et pour longtemps encore, croyez-moi — la préfecture, l’Hôtel de la région et le Palais du département. Nous serons donc au plus près du plus important centre de décision du pays. Mais, en réalité, nous ne raisonnons pas de cette manière. Le siège de notre parti est à Pointe-à-Pitre. L’une de nos dernières assemblées générales a eu lieu à Gosier. Et si notre plus grosse section est à Vieux-Habitants, elle est suivie de la section pointoise et de celle de Morne-à-l’Eau. Nous restons un parti qui a l’ambition de rayonner sur tout le territoire et la campagne qui s’ouvre, nous la mènerons partout, îles du sud comprises.

Accompagnée de Béatrice Bellay, l’union fait la force, vous présentez les grandes facettes de votre programme. Quelles sont-elles ?

Je suis très heureux que ma camarade Première fédérale de la Martinique soit avec nous ce matin car nous allons conduire cette campagne en tandem. Notre liste conduite par Raphaël Glucksmann s’intitule « Réveiller l’Europe ». Parce que nous avons la conviction que l’Europe est prisonnière de la ligne ultralibérale que la droite et le centre, notamment macroniste, lui imposent depuis trop longtemps. Nous nous battons pour changer le rapport des forces politiques au sein du Parlement européen avec une gauche qui peut devenir majoritaire le 10 juin, notamment si notre liste obtient un bon score. Nous défendons une Europe qui s’occupe du quotidien des citoyens. Une Europe qui soit enfin sociale, qui agisse notamment en faveur des services publics essentiels comme l’eau potable, l’assainissement et un meilleur traitement de nos déchets. Une Europe qui protège, en particulier les territoires comme les nôtres, qui paient cash les conséquences d’un libre échange et d’une mondialisation débridés. Nos îles sont aux premières loges des désordres écologiques et de leurs conséquences sur nos cadres de vie. Là encore, bien plus que les Etats, l’Europe est l’échelle pertinente pour agir et réhabiliter la politique comme levier d’un changement positif pour nos territoires.

Malgré toute l’importance de l’Europe dans notre vie quotidienne, les Guadeloupéens, les Martiniquais n’ont que peu d’appétence pour cette élection. Pourquoi ?

C’est le triste constat que nous faisons collectivement à chaque scrutin européen : l’Europe 

ne suscite que peu d’intérêt alors qu’elle est omniprésente dans nos vies. Et c’est encore pire depuis qu’Emmanuel Macron a fait le choix de revenir en 2019 à des listes nationales pour élire les députés européens. Cela a, de nouveau, éloigné les eurodéputés des territoires qu’ils représentent. Pourtant, si on ne s’occupe pas de l’Europe, l’Europe, elle, s’occupe de nous. Elle déploie, en particulier dans les Outre-mer, des millions d’euros pour accompagner l’Etat et nos collectivités dans leur action. Mais, ce n’est pas suffisamment visible, notamment parce que nos élus ne disent pas toujours quand c’est l’Europe qui paye. Qui sait qu’en 2023, l’essentiel du programme d’investissement de la région Guadeloupe a été réalisé grâce aux fonds européens ? Les scanners et les IRM, c’est l’Europe ! Les city stades, c’est l’Europe ! Les chèques énergie, c’est l’Europe ! Les réfections d’école, c’est en partie l’Europe ! Le programme d’insertion du Département, c’est aussi l’Europe ! Comme ils ne le disent pas, notre population ne peut pas comprendre que pour continuer à disposer de ces moyens dans les années à venir, voire les augmenter, ce sera un combat à mener au Parlement. Si je m’engage dans cette élection, c’est notamment pour nos territoires soient encore mieux soutenus par l’Union européenne.

Comment les convaincre qu’il faut s’engager pour vous ?

Il faut d’abord de la pédagogie sur le rôle de l’Union européenne et des députés européens. Il y a de quoi être stupéfait qu’à 2 mois de l’élection, la quasi-totalité de nos médias locaux ne s’intéressent pas à ce scrutin, ni au rôle et au fonctionnement de ce Parlement. Cela permettrait déjà aux Guadeloupéennes et aux Guadeloupéens de comprendre qu’il ne sert à rien d’envoyer à Bruxelles et Strasbourg des adversaires de l’Europe pour qu’ils siègent dans des groupes minoritaires et, en réalité, marginalisés. Un examen du très faible bilan de l’unique eurodéputée guadeloupéenne élue par le Rassemblement national en 2019 suffirait pourtant amplement à le démontrer. Ensuite, pour convaincre, nous devons rappeler inlassablement les valeurs progressistes qui nous animent. Nous croyons en un rôle positif de l’Europe pour peu qu’elle ne renonce pas à nous protéger ou à améliorer nos conditions de vie. Nous allons notamment nous battre pour que dans les années à venir l’Europe s’engage davantage dans le soutien de nos services publics essentiels, à commencer par l’accès à l’eau potable dans les Outre-mer qui vaut à la France d’être dans le collimateur du comité des droits humains des Nations Unies pour ce qui ressemble à une non-assistance à population en danger. Le drame de la Guadeloupe, depuis bientôt 10 ans, c’est l’impuissance publique dans laquelle nous sommes plongés, avec cette impression tenace qu’aucun des problèmes récurrents du pays ne trouve de solution durable. Quand l’Etat et nos collectivités se renvoient la balle, nous pouvons faire de l’Union européenne un levier de ce volontarisme politique que notre population rêve de voir enfin à l’oeuvre. 

L’Europe ne s’intéresse-t-elle à nous qu’au travers de notre nationalité ou aussi/un peu pour ce que nous sommes ? 

Bien sûr que notre appartenance à l’ensemble français est historiquement la raison pour laquelle l’Union européenne s’intéresse à nous. Il a fallu attendre près de 30 ans après le traité de Rome en 1957 pour que l’Europe aille plus loin. Et il faut saluer l’action déterminante en la matière du grand socialiste qu’était Jacques Delors. C’est lui qui, en 1987, voulait faire de la construction européenne « un mode de développement solidaire générant des effets bénéfiques pour tous et prévenant la déstabilisation des régions les plus défavorisées ». C’est lui qui a ouvert la voie à la définition d’un cadre approprié pour les interventions communautaires dans nos territoires et à une adaptation chez nous des politiques communes. Et c’est sous sa présidence que fut reconnu pour la première fois le statut de région ultrapériphérique dans une déclaration annexée au Traité de Maastricht adopté en 1992. Depuis lors, c’est ce sillon que tout parlementaire européen ultramarin doit poursuivre : se battre pour que l’Union européenne agisse toujours plus près de nos réalités et accepte de traiter différemment chez nous des situations qui sont différentes des autres territoires de l’Europe. Nous sommes prêts avec la liste « Réveiller l’Europe » à continuer ce combat.

Le PS local avec peu d’élus à la Région, au Département, dans les EPCI, dans les communes, est-il encore une force avec laquelle il faut compter ?

C’est une question de verre à moitié vide ou à moitié plein, surtout si l’on n’oublie pas de noter que nous avons aussi 2 députés sur 4 et 1 sénateur sur 3. Le parti que vous décrivez reste malgré tout la 2e force politique organisée de la Guadeloupe. Nous nous distinguons, je le crois profondément, par une capacité à prendre position sur chaque grand sujet quand tant d’autres préfèrent ne rien dire de peur de déplaire à Macron ou à son gouvernement, ou de prendre le risque de se mettre à dos une partie de l’opinion. Je suis assez fier de pouvoir dire que nous n’avons jamais versé dans le populisme ambiant. Nous ne disons pas que nous sommes et de droite et de gauche, ou qu’il n’y a plus ni droite, ni gauche. Notre pensée politique ne se résume pas à « j’aime la Guadeloupe ». Partout, en responsabilité comme dans des groupes d’opposition, nos élus travaillent leurs dossiers et agissent au quotidien pour empêcher la Guadeloupe de s’enfoncer dans la spirale d’un déclin que chacun ressent et que les pouvoirs en place veulent à tout prix masquer par leur auto-satisfaction permanente. La meilleure preuve que nous sommes encore une force avec laquelle il faut compter, c’est l’énergie et les stratagèmes déployés pour nous faire taire.

Optimiste ?

J’ai l’espérance lucide. Celle qui croit en l’avenir du pays et aux talents de son peuple. Celle qui croit aussi en leur capacité à construire une alternative plus stimulante et plus réjouissante que la gouvernance aujourd’hui à l’œuvre chez nous. C’est cela que nous voulons continuer de travailler, avec d’autres forces politiques, mais également avec la société civile et les acteurs économiques et syndicaux. Et c’est, en soi, une excellente raison d’être optimiste.

André-Jean VIDAL
aj.vidal@karibinfo.com

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