Face au phénomène de société handicapant que constituent les sargasses dans les régions françaises de la Caraïbe, les missions parlementaires se multiplient. En 2018, Dominique Théophile, sénateur de la Guadeloupe, avait alerté sur le problème.
Depuis, les autorités ont pris en main le problème. Si des efforts sont faits, l’on s’accorde à dire que le problème est complexe… Et que les fonds alloués ne sont pas suffisants.
Cette semaine, une délégation du Sénat, conduite par Jean Sol, est en Guadeloupe.
Avant d’embrasser la carrière politique, Jean Sol a occupé le poste de directeur des soins au centre hospitalier de Perpignan, où il a acquis une compréhension profonde des enjeux liés à la santé publique, à la gestion hospitalière, et au bien-être des patients. Cette expérience dans le secteur de la santé enrichit son approche des questions législatives, notamment celles relatives à la santé, à la protection sociale, et au système de soins en France.
Si la délégation du Sénat s’est intéressée hier matin aux impacts de l’échouement des sargasses sur les côtes de Guadeloupe, elle était axée plutôt sur les besoins de soins des populations et sur les systèmes de soins en Guadeloupe.
Néanmoins, à l’instigation de Dominique Théophile qui a composé le planning des visites et rencontres de cette délégation sénatoriale, celle-ci s’est rendue à Petit-Bourg où la municipalité de David Nébor est particulièrement attentive à la problématique sargasse.




Et pour cause, c’est avec Capesterre de Marie-Galante sans doute la zone la plus impactée.
Dans la grande salle de réunion, en mairie, il y a David Nébor et la délégation, des techniciens de la ville, des représentants de l’ARS, Marie-Claude Synésius, pharmacienne, présidente du Syndicat des pharmaciens de Guadeloupe, engagée dans un réseau de pharmacies sentinelles.
PETIT BOURG : 10 000 PERSONNES DIRECTEMENT EXPOSÉES
David Nébor a expliqué ce que la commune fait pour lutter contre les échouements de sargasses. C’est une commune modèle en la questiuon, soutenue par l’Etat, la Région et le Département.
« Nous avançons, dit-il. Il y a des choses qui fonctionnent, d’autres qui sont à corriger. »
Dans cette commune ce sont près de 10 000 personnes qui sont directement exposées. « Les administrés, déplorait-il, disent que la réponse n’est pas là. »
Il rappelait les dégagements d’hydrogène sulfuré et d’ammoniac. Ceux-ci affectent les populations, le fonctionnement des écoles, les entreprises. « Nous n’avons malheureusement, à ce stade, de données scientifiques », déplorait David Nébor.
« Nous savons que ce que nous faisons est insuffisant… »
Cependant, Petit-Bourg est le bon élève de la classe, ayant mis tous les moyens possibles, avec le soutien de l’Etat, pour tenter d’enrayer le problème des sargasses.
Le président Jean Sol a dit la mission de la délégation, étudier l’accessibilité aux soins sur le territoire. « Ce qui est fait jusqu’à présent est méritoire mais pas à la hauteur des enjeux de santé publique », tranchait-il.
Victor Jean-Noël, conseiller mer de la commune, a dressé le tableau des mesures prises : l’Etat a mis en barrage anti-sargasses au niveau d’Arnouville, zone très peuplée qui touche aux activités de la zone industrialo-commerciale de Jarry.
La commune a mis un barrage anti-sargasses en deux parties, de la zone de la Pointe à Bacchus au centre-bourg, de ce centre-bourg à Rougeol. Avec un passage pour le port et ses activités.
DES BARRAGES FRAGILES
Le barrage d’Arnouville devrait être rétrocédé aux deux communes limithrophes de Baie-Mahault et Petit-Bourg, mais les nébgociations sont toujours en cours.
Gros problème soulevé par le technicien pour ce qui est du barrage d’Arnouville : l’entretien. « On pensait à du sabotage quand le barrage a disparu sous l’eau mais en fait, c’est le poids des coquillages qui se sont accrochés au filet et sur les flotteurs qui ont fait couler le barrage. »
Il faut un entretien, avec nettoyage régulier, qui ne peut être réalisé que par des scaphandriers. Imaginons le coût. Mais, cela doit être fait.
Pour ce qui est du barrage face au bourg, ce n’est pas ça. « On ne profite pas de la courantologie pour transporter les sargasses. Tout s’accumule… », expose M. Jean-Noël.
Ici comme là, que deviennent les sargasses prises dans les barrages ou collectées sur le rivage ?
« Une plateforme a été créée sur la plage de Viard, pour déposer les sargasses qui sont amenées là par camions. Plateforme mise en place avec le soutien du Département. »
La municipalité de Petit-Bourg va faire l’acquisition de moyens supplémentaires pour aller chercher les sargasses en mer : deux barges, une collecteuse, une de transport, 4 kilomètres de barrage pour le bourg, des pompes, hélices à turbine et tuyaux pour récupérer les algues et les diriger vers la côte.
Tout ceci a un coût, environ 3,5 millions, avec un soutien du FEDER et de l’Etat (FIM), dont la ville doit avancer 30%, au minimum, le reste au fil des travaux… avec un remboursement des sommes avancées en fin de cycle.
Pour mettre ce dispositif nouveau en place, il faut attendre la fin de la saison cyclonique.
La maintenance du dispositif est évaluée à 2 millions d’euros hors taxes sur quatre ans.
NE PAS OUBLIER L’IMPACT SUR LA SANTÉ MENTALE
L’ARS était représentée à cette réunion, pour le volet santé de la problématique sargasses.
Que fait-elle ? La mise en place de capteurs (voir par ailleurs), le recueil des signalements des personnes impactées, des fiches d’action pour les écoles touchées, l’amélioration des connaissances. Il existe un Plan de prévention et de prise en charge sanitaire pour améliorer les actions.
« Le Plan sargasses III comprend un volet sanitaire », a dit la spécialiste.
Pour la première fois ont été évoquées des incidences sur la santé mentale de la problématique sargasse.
Le représentant de Santé Publique France a souligné qu’il faut, en matière d’incidents de santé liés aux sargasses, caractériser la composition exacte des gaz, modéliser leur dispersion. Le CHU travaille en ce moment dans les services de pneumologie et de traitement des allergies sur des patients qui sont exposés.
Il convient, a-t-il dit, de développer des outils pour ce qui est des effets sur la santé mentale des personnes exposées. Autre problématique à ne pas négliger : les travailleurs qui sont exposés pendant le ramassage des sargasses, « pas toujours équipés », a déploré le représentant de Santé Publique France.
Marie-Claude Synésius, présidente de l’Association des pharmaciens de Guadeloupe, a rappelé les visites de plus en plus fréquentes dans les officines pour se plaindre des yeux rouges, des difficultés à respirer, des démangeaisons. Elle a mis en place un réseau de pharmacies sentinelles pour faire remonter les informations à partir de fiches.























