Haïti. Autisme : plaidoyer pour une meilleure prise en charge

À l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, le Dr Vardy Pharel et Yveline Alexandre ont alerté sur ce trouble encore méconnu en Haïti et sur les défis quotidiens des familles.

Célébrée le 2 avril, la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme a été une nouvelle fois, au cœur des échanges à l’émission Panel Magik ce vendredi 10 avril. Invités pour en parler, le Dr Vardy Pharel et Yveline Alexandre, mère d’un enfant autiste, ont tenté de lever le voile sur une réalité encore mal comprise en Haïti.

Entre manque d’information, préjugés persistants et absence de structures adaptées, ils ont dressé un constat préoccupant tout en appelant à une mobilisation collective.

D’entrée de jeu, le Dr Vardy Pharel a rappelé que l’autisme est une condition neurologique qui affecte principalement la communication et les interactions sociales. « Il s’agit d’un spectre », précise-t-il, soulignant que chaque enfant présente des caractéristiques différentes.

Certains parlent peu ou pas du tout, d’autres développent des formes de communication variées, mais tous ont en commun des comportements qui s’éloignent des normes habituelles.

Les premiers signes apparaissent généralement avant l’âge de trois ans, une période clé où l’enfant commence à interagir et à s’exprimer. Un retard de langage, l’absence de contact visuel ou encore un manque d’intérêt pour les autres enfants doivent alerter. « Si, à deux ans, un enfant ne tente pas de dire quelques mots, il faut se poser des questions », insiste le spécialiste.

Parmi les autres manifestations évoquées figurent l’hypersensibilité aux bruits ou aux odeurs, des difficultés à gérer les émotions, ou encore certains comportements physiques comme la marche sur la pointe des pieds. Dans certains cas, des troubles associés peuvent apparaître, notamment des problèmes gastro-intestinaux.

D’où la nécessité d’un suivi médical et d’un accompagnement adapté impliquant plusieurs professionnels, dont des psychologues, orthophonistes, pédiatres ou encore ergothérapeutes.

Au-delà des aspects médicaux, Yveline Alexandre met en lumière la réalité souvent difficile des familles haïtiennes. Elle évoque le poids des jugements et des croyances, qui conduisent parfois à des situations extrêmes. Certains parents sont accusés en raison du comportement de leurs enfants, (timoun lan maledve) d’autres se retrouvent seuls, sans soutien, explique-t-elle. Le manque de structures spécialisées complique davantage la prise en charge des enfants, tandis que l’absence de sensibilisation alimente la stigmatisation.

Fondatrice de l’organisation Autism509 depuis 2015, elle milite pour une meilleure reconnaissance de l’autisme en Haïti. Son initiative vise notamment à accompagner les parents et à faciliter l’accès à des ressources adaptées. Car, malgré une prévalence mondiale estimée à environ un enfant sur 70, le trouble reste largement méconnu dans le pays, où aucune donnée officielle n’est disponible.

Pour Yveline Alexandre, il est urgent que l’État s’implique davantage. Elle appelle notamment à une action concrète du ministère de l’Éducation nationale afin de favoriser l’inclusion des enfants autistes dans le système scolaire. « Nous devons nous lever en tant que parents pour exiger des changements », lance-t-elle.

Face à l’autisme, le défi en Haïti dépasse le cadre médical. Il s’agit aussi d’un enjeu social, éducatif et humain. Mieux informer, former des professionnels et soutenir les familles apparaissent comme des priorités. Car derrière chaque diagnostic, il y a des enfants qui ont besoin d’être compris, accompagnés et surtout, pleinement intégrés dans la société.

Source : Le Nouvelliste

Lien : https://lenouvelliste.com/article/266167/autisme-plaidoyer-pour-une-meilleure-prise-en-charge-en-haiti

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