L’ambassadeur du Canada, André François Giroux, a dénoncé la « contradiction » entre la création de pôles spécialisées pour lutter contre la corruption et le décret sur la haute cour de justice, adopté fin 2025 par le CPT et le gouvernement du PM Alix Didier Fils-Aimé qui procure une « immunité absolue à tous les politiques » et soutenu que ce décret ne peut pas « survivre longtemps », lors d’une interview de fin de mission avec Le Nouvelliste.
« Le décret sur la haute cour de justice, de notre point de vue, est vraiment problématique parce qu’il muselle l’ULCC, tout en donnant de facto une immunité quasi absolue à tous les politiques », a-t-il dit.
« Comment peut-on… ? A moins qu’on choisisse le statu quo ou qu’on choisisse le passé et qu’on choisisse consciemment de rester dans l’impunité… Mais on ne peut pas d’un côté créer des tribunaux spécialisés et d’un autre côté se donner une immunité absolue. C’est un non-sens. Une contradiction », a dit le diplomate canadien, qui confie avoir partagé les « réserves » de son pays aux autorités haïtienne. « Encore une fois, c’est aux Haïtiens d’élever la voix. Nous avons partagé nos réserves. C’est vraiment aux électeurs, le moment venu, de bien faire connaître leur position sur ces questions si ce n’est pas réglé d’ici (…) Encore une fois, a-t-il insisté, je pense que l’électeur Haïtien devra faire un choix parce que ce décret ne peut pas, de notre point de vue, survivre très longtemps », a dit le diplomate canadien qui note que les pôles judiciaires sont à une phase de balbutiement.
Selon le diplomate canadien, « on ne réussira jamais à avoir une sécurité à long terme en Haïti si on ne s’adresse pas aux causes profondes et à l’impunité ». L’impunité est « un facteur qui facilite l’insécurité, qui la perpétue ».
Avant l’ambassadeur Giroux, Antoine Michon, ambassadeur de France, en fin de mission comme lui, avait tiré la sonnette d’alarme. « (…) on est préoccupé par le décret sur la Haute cour de justice. Ce décret offre une quasi-impunité, une institutionnalisation de l’impunité, pour tous les dirigeants politiques passés, présents et futurs. Il y un vrai problème. C’est un plaidoyer qu’on porte avec les acteurs internationaux et beaucoup d’acteurs nationaux. C’est important qu’il y ait des voix nationales, dans la société civile, pour dire que ce n’est pas possible », avait dit M. Michon.
« …Haïti est tristement classée parmi les pays les plus corrompus. La corruption produit des effets négatifs considérables. En plus des détournements de fonds publics, elle se caractérise aussi par des mauvaises décisions et la perversion de l’administration publique, fiscale, judiciaire, etc. C’est pourquoi la France a soutenu la mise en place des pôles judiciaires spécialisées contre les crimes financiers et les crimes de masse. On attend beaucoup de ces pôles », avait-t-il déclaré.
Le décret sur la haute cour de justice a été adopté fin 2025 par le CPT et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. En dépit des levées de boucliers au sein de la société haïtienne contre ce décret, il est maintenu par l’exécutif.
Le « red flag » du département d’Etat américain
C’est dans ce contexte que le département d’Etat américain a publié un rapport sur la transparence qui a épinglé le gouvernement Fils-Aime et la cour supérieure des comptes et du contentieux administratif. Il y a des actes qui ont attiré l’attention. « Le gouvernement a rendu publiques des informations limitées sur ses obligations en matière de dette. Bien que le ministère des Finances ait publié des rapports mensuels sur les dépenses, ceux-ci ne comportaient pas les paiements essentiels liés à la dette. Le gouvernement a maintenu des comptes hors budget qui n’étaient pas soumis au même contrôle ni au même audit que les autres dépenses », a révélé le rapport 2026 sur la transparence budgétaire élaboré par Bureau des affaires économiques, énergétiques et commerciales du département d’État américain qui couvre la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2025.
Le rapport a braqué ses projecteurs sur les défaillances de l’institution de contrôle, la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif. « L’institution supérieure de contrôle n’a pas respecté les normes internationales en matière d’indépendance. Elle a partiellement examiné les comptes du gouvernement, mais n’a pas rendu son rapport public dans un délai raisonnable. Elle n’a pas publié d’informations complètes sur les contrats de passation de marchés publics », a poursuivi ce rapport qui s’est fendu de recommandations à Haïti « afin d’améliorer la transparence budgétaire ».
Source : Le Nouvelliste


























