Haïti. Le riz importé, un danger pour la santé publique?

L’opinion publique haïtienne est partagée depuis la publication des résultats de l’étude de l’Université de Michigan concernant le riz importé des États-Unis d’Amérique qui contiendrait un niveau élevé de toxicité dû à la quantité non négligeable d’arsenic et de cadmium prélevée dans cette céréale très prisée en Haïti.

Face à l’inquiétude soulevée par ce sujet et le besoin des consommateurs d’en savoir plus sur la question, l’Université Quisqueya, en partenariat avec la Banque de la République d’Haïti et le groupe ProFin, a organisé le 12 mars une conférence avec les chercheurs ayant mené cette étude.

Le riz importé en Haïti, un danger pour la santé publique?

« Le riz importé contient deux fois plus d’arsenic que le riz local », ont déclaré les deux chercheuses américaines invitées par l’Université Quisqueya le mardi 12 mars lors d’une visioconférence organisée par ladite université en partenariat avec la BRH et le groupe ProFin.

Cette déclaration des chercheuses américaines viennent confirmer pour ceux qui en doutaient les résultats de l’étude menée préalablement par des chercheurs de l’Université de Michigan, aux États-Unis. Cette étude avait montré que le riz produit aux États-Unis et consommé en Haïti contient 2 fois plus d’arsenic et de cadmium que le riz produit dans le pays. 

Cette étude, qui a débuté en 2018 par plusieurs chercheurs, dont le docteur Victoria Koshi- Karell de l’Université de Washington et Jaclyn Goodrich, a comparé le taux de métal existant dans le riz importé vendu en Haïti, les riz locaux et ceux distribués en donation. 

« L’arsenic et le cadmium consommés en grande quantité ont des effets dangereux sur la santé et peuvent provoquer des maladies cardiovasculaires, des maladies liées à la croissance des cancers de la peau », souligne le docteur Koshi- Karell dans son exposé. « Vu la structure du riz, il absorbe l’arsenic et le cadmium du sol, et ces métaux se retrouvent dans le grain, lesquels sont dangereux en grande quantité, notamment pour les enfants et les femmes enceintes », fait savoir la chercheuse. Leur consommation excessive risque d’augmenter le nombre de personnes malades, menaçant ainsi la sécurité alimentaire déjà fragile en Haïti.

Si le riz est incontournable dans le régime alimentaire haïtien, cela n’a pas toujours été ainsi. En effet, lors de son intervention Victoria Koshi- Karell, chercheuse à l’Université de Washington, a retracé l’historique de l’industrie du riz en Haïti. Elle a révélé que le riz importé a pris une part importante du marché haïtien vers les années 1980 avec l’adoption de la politique d’ajustement structurel. 

De son côté, le docteur et recteur de l’Université Quisqueya, Jacky Lumarque, souligne qu’ « autrefois le riz ne représentait que 7% de la diète locale. De plus, les exportations étaient limitées et le marché national était protégé par des taxes d’exportation de 50%. Cependant, avec le programme d’ajustement structurel et la politique de libéralisation commerciale, ces taxes ont été réduites de 50% à 3% sur le riz ». Cette politique, ajoute-t-il, a été accompagnée d’une démarche publicitaire médiatique agressive, présentant le riz importé comme étant de meilleure qualité que le riz local, ce qui a transformé le riz en un aliment mythique.

Aujourd’hui, Haïti est le deuxième plus grand importateur de riz américain dans le monde, après le Mexique, a fait savoir le docteur Lumarque. La production locale de 170 000 tonnes de riz par an ne peut répondre à la demande de la population qui avoisine 450 000 tonnes par an, fait savoir le recteur de l’Université Quisqueya. Le riz est le plat quotidien des Haïtiens. « En moyenne, un Haïtien consomme 85 kg de riz par an, tandis qu’un Américain en consomme 12 kg. En ce sens un Haïtien consomme sept fois plus de riz qu’un Américain ».  Face à cette consommation excessive et quotidienne, les Haïtiens s’exposent à plusieurs maladies cardiovasculaires, au diabète, au cancer de la peau, aux maladies rénales et autres.

Selon le professeur, « les zones de production de riz se trouvent généralement en aval des bassins versants irrigués, mais souvent mal gérées, ce qui provoque des contaminations de toutes sortes. Toutefois, ces contaminations sont naturellement plus importantes dans les pays industrialisés ». 

Un ensemble de solutions possibles ont été évoquées pour réduire cette dépendance alimentaire qui affecte la santé publique haïtienne. D’abord, il faut une diversification alimentaire. Elle est une nécessité nutritionnelle reconnue par la science, a souligné le recteur de l’Université Quisqueya. Ensuite, il faut booster la productivité locale en réalisant des séances de formation pour les agriculteurs. Enfin, les autorités haïtiennes doivent collaborer avec les producteurs locaux pour encourager la production de riz de qualité et réduire la dépendance au riz importé.

« À la sortie de cette conférence, j’espère que les citoyens seront moins des consommateurs, mais deviendront des consomm’acteurs », souligne le recteur. Ainsi, souligne-t-il, consommer ne sera plus un acte économique passif, mais un acte politique et un acte citoyen.

Source : Le Nouvelliste

Lien : https://lenouvelliste.com/article/247225/le-riz-importe-en-haiti-un-danger-pour-la-sante-publique

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