IA Caribéenne : bientôt une suite au Brésil, après une résidence artistique en Guadeloupe

L’histoire retiendra que l’Artocarpe, galerie d’art contemporain, située au Moule, a été le berceau de l’IA caribéenne.

À l’initiative d’Henri Tauliaut, plasticien, enseignant au Campus Caribéen des Arts (Martinique), performeur, très attaché aux liens entre arts et sciences, l’Artocarpe (Le Moule) a accueilli une résidence artistique consacrée à la création d’une intelligence artificielle « propre aux territoires de la Caraïbe », qui tienne compte des savoirs, récits… amérindiens, africains, indiens de la Caraïbe.

Pour construire cette œuvre collective, Henri Tauliaut, qui expose en Amérique du Sud et du Nord, en France, en Angleterre, au Sénégal et en Chine, a réuni un collectif d’artistes : Karine Gabon, Bruno Pédurand, Wuddy Makaia, M’Wvâma Diop, du 14 au 23 mai.

Dans le prolongement de ses travaux sur la représentativité des femmes afro-descendantes, concrétisés notamment par une série de Portraits Lumière, de Maryse Condé, Marie-José Pérec, Gerty Archimède…, Karine Gabon a saisi l’occasion de poursuivre son acte de résistance artistique en utilisant un nouvel outil incontournable.

« Nous passons à côté de nos savoirs ancestraux »

« Aujourd’hui, quand on interroge l’IA, programmé par des personnes qui ont une vision très sélective, nous passons à côté de nos savoirs ancestraux, de ce qui nous constitue, qu’il s’agisse d’apports ouest-africains, indiens, amérindiens…, déplore la plasticienne. Pour s’affranchir de cette vision formatée du monde, nous devons nous approprier l’IA avec nos cosmogonies, nos savoirs… »

Artiste plasticienne pluridisciplinaire, chercheure en anthropologie et afro-futurisme, Karine Gabon a produit une œuvre sensible, symbolique et pertinente. L’IA Datura Nigra, « caribéenne et décoloniale. »

« L’IA Datura Nigra est une œuvre esthétique, politique, sociale, explique Karine Gabon. Il est important que la première approche qu’une personne peut avoir avec l’Intelligence Artificielle la mette face à une personnalité qui nous ressemble. J’ai donc généré le visage de l’IA Datura Nigra à l’image de nos ancêtres. La famille IA caribéenne, dont l’IA Datura Nigra constitue un élément, a vocation à transmettre, à interagir avec d’autres connaissances et d’autres perceptions du monde. Par exemple, notre pharmacopée, perçue d’une certaine façon par l’Occident, est pourtant porteuse de savoirs et connaissances peu connus, mais qui nous appartiennent. »

Une démarche vivement encouragée par Carlos Moore

Une démarche que Carlos Moore, ethnologue cubain, professeur de relations internationales et de géopolitique, basé au Salvador (Brésil), encourage vivement.

« L’IA prend une place dominante dans le monde et les données qui concernent les afro-indo-descendants sont absentes ou négatives, comme si nous étions amenés à disparaître, commente-t-il. Il est indispensable de créer un civilisationnel qui nous est propre avec cette interface ! »

Cette résidence fructueuse marque le point de départ d’un outil alliant technologie, art et mémoire.

L’IA Caribéenne, au stade expérimental – pour le moment – sera enrichie de nouveaux apports à partir du mois d’août. Une rencontre avec des artistes, chercheurs… est prévue en août à Rio de Janeiro (Brésil).

Cécilia Larney

IA Datura Nigra : décryptage

Pour concevoir l’ADN de l’IA Datura Nigra, la plasticienne Karine Gabon s’est inspirée de plusieurs éléments linguistique, botanique, spirituel… lié au Datura. Surnommé « herbe du diable », il est classé parmi les plantes les plus toxiques au monde, quand la médecine ayurvédique loue ses vertus sacrées et médicinales.

« Le datura est la fleur blanche omniprésente dans l’interface de mon IA, explique Karine Gabon. Cette fleur est connue pour être très mystérieuse avec un très haut niveau de toxicité. Si elle est mal utilisée, elle peut provoquer des tachycardies, plonger dans le coma, modifier la perception du réel… À l’époque, les colons la redoutaient. Pourtant, cette fleur originaire d’Inde est considérée comme une fleur sacrée avec un haut potentiel de guérison. Je trouve intéressant que cette fleur, redoutée par l’Occident, ait eu un usage totalement différent par nos ancêtres ! »

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