PAR JEAN-PHILIPPE COURTOIS*
Guadeloupéennes, Guadeloupéens,
Chers collègues, élus de la République,
Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités,
Y lè pou nou sanblé, lè pou nou poté métod pou gadé pli lwen !
À la veille du prochain congrès des élus devant aborder le thème de l’eau, je vous adresse cette réflexion non pas pour dresser un énième constat, mais pour acter un tournant.
« C’est quoi une vie d’homme ? C’est le combat de l’ombre et de la lumière… Je suis du côté de l’espérance, mais d’une espérance conquise, lucide, hors de toute naïveté. »
Aimé Césaire
Le problème de l’eau en Guadeloupe n’est plus une crise conjoncturelle. C’est une blessure structurelle, sociale et économique qui siphonne la dignité de nos administrés depuis bien trop longtemps. Ouvrir son robinet et voir couler un filet d’eau incertain, ou pire, ne rien voir couler du tout : voilà la réalité quotidienne de milliers de Guadeloupéens. Cette situation est inacceptable, et notre responsabilité collective est engagée.
En ma qualité de maire de Capesterre Belle Eau, ville abritant la principale usine de distribution d’eau en Guadeloupe, je ne peux rester insensible à la souffrance de la population face à cette crise alors que nous pouvons voir de l’eau partout dans nos rivières.
Je sais les efforts qui ont été faits. Je sais la complexité de nos réseaux, le poids de l’histoire, l’immensité des chantiers de rénovation et les milliards d’euros nécessaires pour remplacer des canalisations à bout de souffle.
Uniquement à Capesterre Belle Eau, ce sont 3 grands réservoirs qui ont été construits, plus de 25 kilomètres de canalisations qui ont été rénovées et 2 surpresseurs installés alors que sont nombreux les Capesterriens qui tous les jours continuent à se plaindre du manque d’eau dans leur robinet.
Mais le temps des excuses techniques et des querelles de clocher est révolu. Les Guadeloupéens n’attendent plus des explications, ils attendent de l’eau. Tout simplement.
En ma qualité de vice-président de l’assemblée de toutes les solidarités, je ne peux rester silencieux face à la détresse des familles, des soignants, des acteurs économiques, etc
Je ne peux tout comme cette Guadeloupe qui souffre en silence ne pas tenter de mettre des mots sur ces maux qui tuent notre société à petit feu.
Au delà de tout, je veux afficher une détermination sans faille. L’eau doit devenir notre priorité absolue, celle qui transcende les clivages politiques et les frontières de nos intercommunalités. À partir de congrès, nous devons faire bloc.
Ma détermination s’articule autour de trois impératifs non négociables :
- [ ] 1 La transparence et l’efficacité de la gouvernance : Nous devons finaliser la stabilisation de nos outils de gestion. Les usagers doivent savoir où va chaque euro investi et quand les travaux prévus dans leur commune seront livrés.
- [ ] 2 L’accélération massive des chantiers d’urgence : Il faut traquer les fuites de manière chirurgicale, moderniser nos usines de production et sécuriser l’approvisionnement des zones les plus durement touchées par les tours d’eau. C’est une question de salubrité publique et de relance économique.
- [ ] 3 Le bras de fer financier et l’unité de l’État autour de nos institutions : Nous devons exiger et sécuriser des financements à la hauteur de ce plan Marshall de l’eau. Mais pour être crédibles face à nos partenaires, nous devons d’abord faire preuve d’une gestion locale irréprochable et unie.
L’histoire ne nous jugera pas sur nos intentions, elle nous jugera sur nos robinets. Elle nous jugera sur notre capacité à rendre à la Guadeloupe ce droit fondamental : l’accès permanent à une eau potable de qualité.
Je ne reculerai pas. Nous ne devons pas reculer. Faisons de ce Congrès le point de départ d’une action méthodique, agressive et définitive pour que la crise de l’eau en Guadeloupe devienne, enfin, un lointain souvenir.
« On mesure la détermination d’un homme non pas au nombre de fois qu’il constate un problème, mais à l’énergie qu’il déploie pour le résoudre. »
Maire de Capesterre Belle Eau
*Vice-président du conseil départemental
























