PAR SERGE LETCHIMY
La présence du drapeau de la Martinique lors du show de la mi-temps du Super Bowl, au cœur d’une performance portée par l’artiste engagé Bad Bunny, revêt une portée symbolique, culturelle et politique majeure pour notre peuple.
Ce drapeau n’est pas un simple ornement. Il est le fruit d’un combat. Celui que nous avons mené pour que notre drapeau soit reconnu, partagé, et qu’il traduise l’adhésion, l’histoire, les valeurs et la dignité du peuple martiniquais. Il s’inscrit dans le prolongement des luttes anticoloniales qui ont façonné notre histoire, dans la résistance à l’effacement, dans la quête de reconnaissance et d’égalité portée par des générations de femmes et d’hommes de ce pays.
Un drapeau, c’est une affirmation : nous existons, nous avons une identité, une voix, une mémoire et une place dans le monde. Il porte les traces de nos combats contre les dominations, contre le racisme, contre les systèmes qui ont longtemps nié l’humanité, la culture et la contribution des peuples caribéens.
Voir le drapeau martiniquais intégré à un événement planétaire, suivi par des centaines de millions de spectateurs, signifie que la Martinique n’est pas invisible. Ce symbole prend une résonance particulière au regard de l’ancrage caribéen revendiqué par la Martinique, notamment par sa volonté d’adhérer à la CARICOM.
Ce moment est d’autant plus fort qu’il s’inscrit dans un show assumant une portée politique claire, porté par un artiste qui n’a jamais dissocié culture, identité et combat pour la reconnaissance des peuples. Il fait écho à la fierté d’être caribéen, à la richesse de nos cultures, de nos langues, de nos musiques, de nos imaginaires, à cette Caraïbe vivante, diverse et créative qui dialogue avec le monde sans se renier.
Dans un contexte de durcissement croissant des politiques migratoires, je déplore la politique d’immigration conduite par les États-Unis, marquée par le rejet, la stigmatisation et le repli, en totale opposition avec les valeurs de solidarité, de dignité humaine et de respect des peuples portées par la Caraïbe.
L’affirmation de notre drapeau dans un tel espace résonne alors comme un acte de résistance symbolique face aux discours de repli, et comme un rappel de la nécessité de défendre une vision ouverte, humaine et inclusive du monde.
La Martinique n’a pas à s’excuser d’affirmer ce qu’elle est. Notre drapeau dit notre histoire, notre présent et notre volonté d’avenir. Il dit notre héritage pluriel, notre capacité à transformer des histoires douloureuses en forces de création, de dignité et de rayonnement. Il dit que notre peuple refuse l’effacement et choisit la reconnaissance.
C’est cette Martinique-là que nous continuerons de défendre : consciente de ses luttes, fière de son identité caribéenne, riche de ses cultures, visible, digne, et pleinement inscrite dans le monde.
*Président du Conseil exécutif de la CTM























