Politique. Esclavage plus grave crime : l’abstention de la France pose problème

Suite à l’abstention de  la France lors du vote de l’Assemblée générale des Nations Unies sur le projet de résolution visant à qualifier « la traite des Africains réduits en esclavage et  de l’esclavage racialisé des Africains de plus grave crime contre l’humanité », de nombreuses réactions.

Victorin Lurel, sénateur de la Guadeloupe, a écrit au président de la République.

« Monsieur le Président de la République,

Je tiens, par la présente, à vous exprimer solennellement ma plus vive incompréhension et ma profonde indignation suite à la position d’abstention tenue par la France, le 25 mars 2026, lors du vote de l’Assemblée générale des Nations Unies sur le projet de résolution visant à qualifier « la traite des Africains réduits en esclavage et de l’esclavage racialisé des Africains de plus grave crime contre l’humanité ».

Alors que partout en Europe et aux Amériques le poison des idéologies racistes et négationnistes progresse, cette abstention est une faute morale, historique, diplomatique et politique.

Je considère que cette abstention française – comme les 3 votes contre de l’Argentine, des Etats-Unis et d’Israël ou l’abstention des pays européens – fragilisent la réconciliation des mémoires et constituent, hélas, une triste et parfaite illustration des raisons pour lesquelles le monde dit « occidental » peut inspirer une forme de rejet aux pays dits « en développement ».

Alors même que cette résolution permettait d’appuyer tous les efforts mis en œuvre pour réconcilier les mémoires et réparer les crimes, le France œuvre, par ce vote, à fragiliser cette démarche et à ternir un peu plus son image par un alignement diplomatique regrettable.

Au-delà, et sans sombrer dans la repentance, dans le dolorisme victimaire, dans la stigmatisation ou dans la hiérarchisation des souffrances, je souhaiterais qu’à l’aube des 25 ans de l’adoption de la loi visant reconnaître la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité portée par M. Jospin et Mme Taubira la France puisse prendre des initiatives nouvelles.

Le 23 mai 2025, j’ai déposé une proposition de loi visant à l’abrogation des textes coloniaux régissant et organisant l’esclavage – dont le Code noir. Le 27 février dernier, j’ai déposé une proposition de loi constitutionnelle visant à supprimer le mot « race » de la Constitution. Ayant transmis ces textes au Gouvernement et n’ayant pas, pour l’heure, obtenu de réponse de sa part, je les tiens à votre disposition pour les faire prospérer ou inspirer des actes nouveaux.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, en l’expression de ma plus haute considération. »

Olivier Serva, député de la Guadeloupe

A la suite de l’adoption, le 25 mars 2026, par l’Assemblée générale des Nations unies, d’une résolution reconnaissant la traite transatlantique des Africains comme « le crime le plus grave contre l’humanité », le député de Guadeloupe Olivier Serva exprime sa profonde indignation face à la position réservée de la France.

Portée par le Ghana, avec le soutien de l’Union africaine et de plusieurs États des Caraibes, cette résolution s’inscrit dans une dynamique internationale de reconnaissance accrue des crimes liés à l’esclavage et à la colonisation.

Adoptée à une large majorité de plus de 120 Etats, elle constitue un acte politique fort, visant à souligner l’ampleur et la singularité de la traite négrière dans l’histoire de l’humanité.

Entre le XVe et le XIXe siècle, plus de 12 millions d’Africains ont été déportés vers les Amériques dans le cadre de la traite transatlantique. Si l’esclavage et la traite sont déjà reconnus comme crimes contre l’humanité cette résolution marque une étape en qualifiant explicitement ce crime comme le plus grave, tout en ravivant les débats internationaux sur les héritages contemporains de ces crimes et la question des réparations

Dans ce contexte, plusieurs pays européens, dont la France, ont exprimé des réserves.

Le député de Guadeloupe considère qu’il s’agit là, pour la France, d’une manière de fuir, une fois de plus, ses responsabilités et de ne pas faire face à son histoire alors même que des pays comme l’Espagne et le Portugal, concernés eux aussi par ce passif, ont voté pour cette résolution.

« La France ne peut pas, d’un côté, porter un discours ambitieux sur la mémoire et la justice, et de l’autre, se montrer hésitante lorsqu’il s’agit de soutenir une reconnaissance forte au niveau international », déclare-t-il

Il appelle le Gouvernement à clarifier sa position. « Il ne s’agit pas de culpabiliser, mais de reconnaître
pleinement l’histoire afin de mieux répondre aux inégalités qui en sont encore aujourd’hui les héritières »,

ajoute-t-il.

Enfin, le député rappelle que les territoires ultramarins, « au premier rang desquels la Guadeloupe, Guyane, la Martinique, La Réunion portent encore les traces profondes de cette histoire, et attendent de la République une parole claire, forte et sans ambiguité. »

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