Santé. Rodrigue Alexander : « L’IA, un atout pour une meilleure prise en charge des patients »

L’intervention de Rodrigue Alexander, directeur général adjoint du CHU de Martinique, en charge du pôle transformation numérique, qualité, relation avec les usagers et recherche, sur les applications de l’Intelligence Artificielle en santé a réuni 120 participants, au GPG des Abymes.

Comment l’IA améliore la prise en charge des patients ?

Rodrigue Alexander : Nos territoires insulaires ont la malchance d’être concernés par des démographies médicales défavorables et des situations financières dramatiques. L’Intelligence Artificielle devient pour nous une opportunité de faire mieux qu’ailleurs et d’arriver à s’affranchir des distances grâce aux technologies d’information et de communication.

Par exemple, avec l’IA, au CHU de Martinique, nous analysons des radiographies aux Urgences sans avoir des médecins radiologues sur le territoire. Ensuite, grâce à l’IA, nous arrivons à mieux sécuriser le circuit du médicament surtout pour les patients qui seraient à risques sur certains médicaments. L’Intelligence Artificielle fait le lien entre des résultats de biologie, des antécédents, des allergies inscrites au dossier médical pour alerter le médecin.

Cette technologie permet un gain de temps et une aide à la prise de décision ?

On gagne en temps pour les praticiens, en sécurité pour la prise en charge et en efficience pour les établissements puisque nous avons des IA qui nous permettent de valoriser financièrement le séjour et de facturer correctement les actes à l’Assurance Maladie. C’est une révolution pour des territoires comme les nôtres ! On se doit d’être innovants par rapport au national puisque nous avons des contraintes supérieures.

Sous votre impulsion, le CHU de Martinique a développé plusieurs outils avec l’Intelligence Artificielle.

L’IA existe depuis une vingtaine d’années avec les IA classiques. Pour le grand public, l’IA c’est ChatGPT, l’IA générative…, plus récents. Notre première IA en Deep Learning date d’il y a deux ans aux Urgences du CHU de Martinique, suite à un incident. Un patient se plaignait de fractures non diagnostiquées par le médecin. On s’est aperçu que le médecin avait raté une dizaine de fractures de côtes du patient. Fallait-il recruter un radiologue ? Nous n’en avions pas ! Fallait-il trouver une autre solution ? C’est ainsi que nous avons commencé l’aventure des intelligences artificielles au CHU de Martinique.

Je ne suis pas favorable au Tout-IA. Je considère que l’IA est une brique de la transformation numérique qui elle-même s’intègre dans l’évolution des organisations des métiers. C’est le mieux pour arriver à faire un « combo » gagnant qui permet d’atteindre les objectifs.

Comment ces nouvelles technologies sont-elles accueillies par les patients ?

Nous avons plein d’autres technologies qui sont déployées et qui servent au patient : les télésurveillances, qui permettent au patient de remplir de chez lui des questionnaires qui alertent les infirmiers. Il y a aussi la prise de rendez-vous en ligne, la téléconsultation… Les patients adhèrent à toutes ces technologies.

Rodrigue Alexander, avec Marie-Noëlle Claude, présidente de la Commission spécialisée Droits des usagers Martinique, et Claude Philomin, président de la CSA de Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélemy.

Comment l’expliquez-vous ?

J’ai une méthode de gestion de projets basée sur l’expérience patient. Quand on développe des projets pour lesquels les patients doivent contribuer en tant qu’utilisateurs, nous mobilisons les associations de patients et les représentants des usagers dans la gestion du projet et les comités de pilotage. Ils nous alertent, par exemple, sur ce qui est trop complexe.

Aujourd’hui, au CHU de Martinique, on continue à développer notre dernière IA, l’IA Agentique qui permet de s’intégrer complètement au dossier du patient, d’écouter l’échange entre le médecin dit et le patient, de retranscrire l’ensemble et de l’intégrer au dossier.

Quels sont les avantages ?

Si le médecin manque de vigilance, l’IA peut lui rappeler des éléments que le patient a renseigné. Cette technologie permet aussi de traduire les dossiers quand les patients viennent d’une autre zone géographique, qu’ils soient anglophones, hispanophones…, de corriger les erreurs et d’avoir un chatbot* qui permet au médecin d’interroger en langage naturel le dossier. C’est la médecine du futur telle qu’on pouvait la voir dans des films de science-fiction, il y a encore quelques années !

L’IA permet clairement une meilleure prise en charge du patient ?

C’est vraiment l’objectif, si on fait bien le travail d’accompagnement, de formation des équipes, parce que l’IA n’est pas magique ! Il y a des points de vigilance à avoir. L’Intelligence Artificielle est un co-pilote : l’humain, qu’il s’agisse d’un médecin ou d’un infirmier reste le pilote. Il ne faut pas tomber dans la facilité et considérer que ce que dit l’IA est parole d’évangile. C’est tout l’enjeu éthique et des responsabilités à avoir.

Les échanges comme ceux organisés par l’AMHG et le CSA permettent de transmettre toutes ces informations. Il faut vulgariser la thématique qui est complexe, montrer les usages, alerter sur certains points et donner quelques conseils sur la mise en œuvre. Il faut aussi savoir qu’il y a des projets de développement d’IA qui réussissent, et d’autres qui échouent !

Il est important de partager les retours d’expérience, d’autant que les technologies évoluent très vite ! La réalité d’aujourd’hui ne sera plus la même dans 4 ou 6 mois : il faut se mettre à jour en permanence ! Il faut que nous soyons capables d’accompagner les utilisateurs et d’éviter les dérives. C’est un engagement quotidien.

Entretien : Cécilia Larney

*chatbot : Logiciel qui simule le dialogue en langage naturel avec l’utilisateur.

Pour aller plus loin

Rodrigue Alexander avec Lucien Jean-Denis, président de l’AMHG.

L’heureuse initiative de la Conférence de la Santé et de l’Autonomie (CSA) de Guadeloupe, qui accueillait ses homologues de Guyane et de Martinique, en partenariat avec l’Association des managers hospitaliers de Guadeloupe (AMHG) a permis aux professionnels de santé, autant qu’aux représentants des usagers de profiter de l’expertise de Rodrigue Alexander sur les apports de l’Intelligence Artificielle en matière de santé. Une thématique désormais incontournable que l’AMHG avait déjà abordée lors de son congrès annuel, en novembre.

« Les congressistes ont émis le souhait de voir revenir Rodrigue Alexander en Guadeloupe, nous l’avons fait ! L’AMHG continue sa mission pour proposer des espaces d’échange pour monter en compétence : nous avons de réelles ressources sur le territoire antillo-guyanais pour la prise en charge médico-soignante, rappelle Lucien Jean-Denis, président de l’AMHG. Travailler ensemble pour réussir ensemble, un gage de réussite collectif pour aujourd’hui et surtout demain. L’anticipation est vitale ! »

La conférence de Rodrigue Alexander était inscrite au programme de la 8e rencontre inter-CRSA (Conférence régionale de la santé et de l’autonomie), jeudi 23 avril. En plus de leurs échanges sur des problématiques communes, les délégations ont également visité le nouveau CHU de Guadeloupe, à Perrin (Les Abymes), vendredi 24 avril.

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