L’État haïtien renonce à la perception de 200 millions de gourdes d’impôts, droits et taxes sur les panneaux solaires, batteries et inverters dans le cadre de la transition énergétique.
La décision, déjà annoncée par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé lors de la célébration de la Journée mondiale de l’environnement, sera actée dans le budget rectificatif 2025‑2026 qui doit être publié incessamment par Le Moniteur, a confié le ministre de l’Économie et des Finances, Serge Collin, dans une interview accordée au Nouvelliste, samedi 6 juin 2026.
« L’énergie fossile coûte plus cher à l’échelle planétaire d’année en année. Par conséquent, tous les pays doivent entamer la transition énergétique pour réduire, d’une part, la facture carbone et son impact négatif sur l’environnement, et d’autre part, maîtriser les dépenses associées à la consommation des énergies fossiles », a-t-il poursuivi, soulignant que cette mesure — la transition énergétique — avait été annoncée au moment de la révision à la hausse des prix des produits pétroliers à la pompe.
« La production nationale va bénéficier d’une telle approche. Cela permettra à toutes les entreprises et industries établies en Haïti de diminuer les dépenses en énergie 24/24, 7/7. Au parc industriel de Caracol, au moment où nous nous parlons, l’on finalise l’installation d’une centrale à énergie solaire. Cela permettra au parc industriel de fonctionner à partir de l’énergie solaire. Le coût de production du kilowattheure va passer de 30 centimes à 13 centimes. C’est quelque chose. Ce sera pareil pour les ménages qui ont un groupe électrogène. S’ils ont la possibilité d’acquérir tout ce qui est lié à la production d’énergie solaire, ils feront des économies à moyen et long terme », a-t-il longuement expliqué.
« Concrètement, à partir de cette décision, tout ce qui est lié au solaire — panneaux, batteries, inverters — ne paiera aucun impôt, droit ou taxe. C’est au prix coûtant que les entrepreneurs vont vendre ces produits, plus leur marge. La logique voudrait que si, hier, ils payaient des droits de douane, la TCA et tout ce qui relève des impôts, droits et taxes, aujourd’hui ce ne soit plus le cas. Automatiquement, les prix de ces produits devraient baisser sur le marché national », a expliqué le ministre, qui annonce la publication prochaine par la direction des études économiques de son ministère d’un rapport sur les coûts moyens de ces produits.
La République dominicaine a déjà entamé la transition énergétique. Les produits y sont plus abordables. C’est pour cela que beaucoup de panneaux solaires entrent en contrebande à la frontière, a détaillé Serge Collin, qui voit dans cette mesure du gouvernement haïtien une opportunité pour les entreprises locales de vendre à des prix attractifs pour la clientèle nationale.
Les actions au nom de la transition énergétique ne sont pas nouvelles en Haïti. En août 2017, le président Jovenel Moïse avait, à plusieurs reprises, souligné que son administration « modifiera la matrice énergétique du pays ». Il avait exprimé une préférence pour le gaz naturel, l’éolien et l’énergie solaire. Le projet de loi de finances 2017‑2018 donnait déjà des indications sur la volonté de passer de la parole aux actes.
L’article 24 du projet de loi de finances introduisait des modifications, proposant un taux de 0 % de droits de douane sur des marchandises telles que les parties de pompes solaires, réfrigérateurs de type ménager, parties de réfrigérateurs solaires, générateurs à énergie éolienne, groupes électrogènes solaires, convertisseurs photovoltaïques, accumulateurs solaires, lampes portatives solaires, chauffe‑eau solaires, panneaux solaires (dispositifs photovoltaïques) et appareils d’éclairage solaire.
La mesure avait été saluée. Mais, comme en 2017, c’est via la loi de finances — qui s’étend sur 12 mois — que ces mesures fiscales sont adoptées. Elles souffrent d’un manque de pérennité et de continuité, car elles ne s’inscrivent pas nécessairement dans une politique énergétique soutenue par des lois.
Source : Le Nouvelliste


























