Kingstown, la capitale de Saint-Vincent, a de nouveau été le théâtre de la douleur et du déploiement de rubans de police vendredi soir, lorsque trois personnes ont été assassinées dans le quartier de Chinatown lors d’un acte de violence d’une audace frappante.
L’agression s’est produite à proximité immédiate de la caserne de police, témoignant de l’assurance des assaillants, qui ont mené leur opération sous les yeux consternés des autorités.
Outre qu’il braque davantage les projecteurs nationaux sur la question de la violence et de la criminalité, cet acte récent place le nouveau gouvernement face à une situation qu’il qualifiait lui-même de « crise nationale » lorsqu’il siégeait dans l’opposition.
En 2023, Saint-Vincent-et-les-Grenadines a enregistré 52 meurtres, un nombre record à l’époque. Sur ce total, 43 meurtres ont été perpétrés par arme à feu, dépassant ainsi le précédent record de 42 homicides par arme à feu établi en 2022.
Il convient de noter que, bien que le nombre de meurtres en 2023 ait diminué de 25,5 % par rapport à 2024, bon nombre de ces actes violents trouvaient leur origine dans des phénomènes tels que la violence des gangs, les guerres de territoire pour le contrôle des routes du trafic de drogue et les différends liés aux armes à feu.
Le commissaire de police Enville Williams a déclaré la guerre aux gangs et a promis d’employer une « rigueur légale implacable » pour démanteler le réseau criminel qui a pris le contrôle du pays.
Toutefois, pour les habitants de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, qui ont connu des décennies de déclarations similaires de la part des gouvernements précédents, ces propos fermes résonnent comme un cauchemar familier.
Cette nouvelle vague de violence meurtrière survient après plusieurs autres épisodes de violence de masse dans l’histoire du pays, notamment une fusillade survenue en mai 2023 au Harbour Club, qui a fait cinq morts, dont un garçon de 13 ans.
À l’époque, les administrations précédentes avaient promis de faire toute la lumière sur ces violences ; cependant, face à l’inquiétude persistante de la population, beaucoup estiment que les autorités peinent à trouver une solution durable à une criminalité galopante.
Le fait que les administrations passées aient admis l’absence de « solution miracle » pour endiguer la violence continue de peser sur l’administration actuelle, alors que celle-ci tente de s’affranchir des méthodes policières traditionnelles.
Les habitants s’inquiètent également du grand nombre de crimes par arme à feu très médiatisés restés non élucidés, laissant les familles sans réponses et plaçant les observateurs étrangers en état d’alerte.
Parmi les exemples marquants des défaillances du système, on peut citer l’assassinat, façon exécution, de l’homme d’affaires américain Frankie Mitchell à Bequia, ainsi que les meurtres atroces de Luan Roberts et de Precious Williams, une adolescente de 17 ans.
Ces cas contribuent à placer Saint-Vincent-et-les-Grenadines parmi les pays affichant les taux d’homicide par habitant les plus élevés au monde.
L’administration actuelle, qui avait autrefois fustigé l’équipe précédente pour son incompétence et l’absence de plan crédible ou global pour lutter contre la criminalité, se retrouve aujourd’hui au cœur d’une crise qu’elle reprochait auparavant à ses prédécesseurs de ne pas avoir su gérer.
Les critiques mêmes qu’elle avait formulées à l’encontre de l’administration précédente (réclamant une « initiative bipartisane de grande envergure ») se retournent désormais contre elle alors qu’elle tente de combattre la culture des armes à feu et le trafic de cocaïne.
Cette crise suscite également l’inquiétude à l’échelle internationale, notamment auprès des investisseurs étrangers. Le Royaume-Uni a récemment mis à jour ses conseils aux voyageurs, avertissant ses ressortissants d’une augmentation alarmante des homicides liés aux gangs et recommandant aux visiteurs d’éviter les plages après le coucher du soleil.
Par ailleurs, cette attention internationale risque d’alourdir la pression économique sur un pays dépendant du tourisme et de son image positive d’« île paradisiaque et diversifiée », désormais ternie par sa réputation de « haut lieu des homicides ».
Alors que les autorités tentent de rétablir la confiance dans le système grâce aux plateformes numériques et à une présence policière accrue, les rues de Kingstown restent silencieuses et empreintes de peur.
Cette « culture de la terreur », que la police s’engage à éradiquer, est alimentée par le manque d’informations exploitables et par une méfiance croissante envers le système.
Pour les habitants de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, il ne reste qu’à espérer que, cette fois-ci, cette « offensive totale » ne soit pas qu’une simple formule creuse et que la justice soit aussi constante que le soleil se levant sur leurs eaux périlleuses.
Source : St Vincent Times

























