Il existe en Guadeloupe un syndicat unique de l’eau qui a pour nom Syndicat Mixte de Gestion de l’Eau et de l’Assainissement ou SMGEAG. Celui-ci se débat dans une crise sans nom.
« Que se passe-t-il au SMGEAG ? », écrivions-nous il y a quelques mois, après avoir écrit « Que se passe-t-il au SIAEAG ? » Il y a quelques années. Le SIAEAG, aux côtés de régies communales, gérait la production et la distribution de l’eau.
Faillite de l’institution plus intéressée à organiser des fêtes de l’eau et distribuer des prébendes — des déjeuners dits de travail qui duraient des heures dans un restaurant de Bas-du-Fort aussi — qu’à gérer effectivement ce qu’on lui demandait : de l’eau en quantité et de qualité.
Les autorités ont mis fin au petit jeu en sifflant la fin du match, avec une loi instituant un syndicat unique : le SMGEAG.
Un président, Jean-Louis Francisque, qui a démissionné rapidement, Ferdy Louisy, dernier président du SIAEAG qui a fait ce qu’il a pu au SMGEAG, aujourd’hui un troisième président, Henri Yacou, dont la réputation de sérieux n’est plus à faire. Enfin !
Malheureusement, le déficit du schmilblick et la propension des Guadeloupéens à ne pas régler les factures d’eau (plus la présence d’un personnel pléthorique d’autant plus à l’aise que les factures de prestations extérieures explosent) ont plombé l’affaire entretemps.
Sylvie Gustave dit Duflo, en plénière de Région, aujourd’hui, a donné des chiffres qui ont eux aussi plombé les élus sur leurs sièges.
Dettes fournisseurs : 130 millions d’euros, sans compter la dette envers l’Office de l’Eau, 28 millions d’euros, ni les dettes sociales.
130 millions dont des dettes structurelles à hauteur de 35 millions d’euros chaque année, portées à 45 millions cette année, semble-t-il.
Créances (factures impayées) : 136 millions d’euros, dont 80% par les usagers, 20% par les entreprises.
Total : 266 millions, disons 300 millions. Excusez du peu !
Comment faire ? Il y a la méthode Devimeux (le préfet de région) : demander des comptes sur l’utilisation des sommes allouées par l’Etat et faire payer les usagers.
Quand on sait qu’un Guadeloupéen sur deux abonné à l’eau ne paie pas ses factures depuis des années… il y a du travail.
Commentaire de Camille Pelage, vice-président de la Région : « Il faut un recouvrement énergique des factures. »
« Energique ! » Le mot est beau. Mais l’élu n’a pas tort quand on sait que le déficit du SMGEAG, dont le Département et la Région ont garanti un prêt de 25 millions qu’ils devront sans doute rembourser à sa place… plombe les entreprises du BTP et autres artisans qui sont sur les chantiers de l’eau. Ils ne sont pas payés. La dette est colossale (voir plus haut).
Certaines entreprises refusent désormais les chantiers.
Pire, sans réseau d’eau, pas question de construire des habitations collectives voire individuelles. Les autorités refusent de voir encore des cités sans réseau d’eau efficient et sans réseau d’assainissement qui fonctionne, comme c’est le cas dans la plupart des cités en Guadeloupe. Et, quand ça fonctionne, les effluents partent finalement à la mer parce que les stations d’épuration aussi sont défaillantes.
« Il faut s’attendre à une casse de la société guadeloupéenne… », a dit Camille Pelage qui parle d’or.
André-Jean Vidal


























