Guadeloupe. Les sénateurs et les violences intrafamiliales : visite de la Maison des Femmes

La délégation de la Commission des Affaires sociales du Sénat qui étudie l’offre et l’accès aux soins dans l’archipel Guadeloupe a achevé cinq jours de visites et de rencontres par une visite de la Maison des Femmes ouverte à l’initiative du Conseil départemental.

Cette maison accueille des femmes en grandes difficultés, victimes le plus souvent de violences intrafamiliales. Là, elles trouvent une écoute et des solutions prodiguées par l’équipe de Florence Francisque, mais aussi par des magistrat (e)s, des avocat(e)s.

La délégation sénatoriale, conduite par Jean Sol, composée de Marie-Dominique Aeschlimann, Anne-Marie Nédelèc, Marion Canalès, Olivier Henno, Dominique Théophile et Solanges Nadille, accueillie par Nadia Négrit, présidente de la Commission Enfance, Famille, Jeunesse du Département, a écouté les intervenants présenter une thématique doulourouse, les violences intrafamiliales.

Jean Sol :

En 2025, il y a eu 1 500 faits recensés sur le territoire de la Guadeloupe. Alexander Lagrandcourt, directeur général adjoint de l’Enfance, de la Famille et de la Jeunesse au Conseil départemental, a souligné que 33% des femmes en Guadeloupe sont sans formation et sans empooi, ce qui veut dire qu’il y a 67% de femmes insérées, mais qu’il y a pour certaines d’entre-elles, dans leur parcours de vie quelque chose qui n’a pas fonctionné.

Le Département assure la prise en charge des violences intrafamiliales, mais, a-t-il résumé, « c’est une situation délicate, difficile. »

Ludovic Lavanne, directeur général de l’Enfance, de la Famille et de la Jeunesse au Département, a apporté sn expertise, expliquant qu’il y a trois types de prévention, celle qui s’adresse à ceux qui ne posent pas de problèmes, à ceux qui en posent et sont au cœur de la problématique et ceux qui sont en difficultés.

L’argent étant le nerf de la guerre, il faut en trouver pour former le pécule qui sera remis aux jeunes gens une fois majeurs et en instance de sortir du système d’aide. Une convention avec la CAF et la CDC devrait permettre de cojstituer ce pécule.

Si les violences intrafamiliales dont sont victimes les compagnes des violents posent problèmes, il y a aussi une seconde problématique qui est l’inceste. « Il y a un manque d’éducation des enfants à la vie affective et aux relations sexuelles des enfants », reconnaissent les intervenants.

L’Education nationale, qui avait été chargée de cette éducation il y a de longues années, n’a pas œuvré de telle sorte qu’il y ait des résultats. « C’est plutôt vers le tissu associatif qu’il faut se tourner », assure M. Lavanne.

La protection de la petite enfance concerne 1 400 enfants chaque année, mais manque de moyens financiers et humains.

Audrey Barlagne, de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), explique que cette ASE est contrainte : environ 600 placements ont été effectués en 2025, mais, faure de mieux, les enfants sont placés chez des proches… 397 jugements concernent des jeunes majeurs , qui sont placés… ailleurs dans l’Hexagone pour la plupart.

Marie-Dominique Aeschlimann, née en Guadeloupe, connaît bien le pays même si elle a vécu l’essentiel de sa vie en région parisienne. La sénatrice pose donc les questions qui s’imposent : elle loue le travail réalisé par le Département, mais s’inquiète de ce qui est fait (ou pas) dans les îles du Sud. Quid des ordonnances de protection ? Qu’est-ce qui est mis en place pour assurer l’autonomie financière des femmes victimes de leurs compagnons ? Pour ce qui est de la protection des enfants, existe-t-il un programe d’éducation des parents ? Il y a beaucoup de familles monoparentales, comment soutient-on ces femmes ?

Les réponses viennent, de plusieurs experts : pour ce qui est des violences faites aux femmes, Muriel Archimède, de la PMI, reconnaît que la plupart des femmes, retournent avec le compagnon brutal parce que leur logement est commun. Ce qui n’est pas sans poser de problèmes…

Florence Francisque, de la Maison des Femmes, explique que 300 femmes ont été accueillies depuis son ouverture, que les travailleuses sociales qui s’en occupent ont 95 dossiers chacun, ce qui ne facilite pas les choses.

Elle affirme que le but de cette maison est d’éviter que les femmes ne retournent dans un milieu qui leur est néfaste.

Pour ce qui est d’un retour à l’indépendance économique, il y a des partenariats avec France Travail et des formations qui sont données, pour écrire un CV, pour se présenter à des entretiens d’embauche.

Jean Sol demande ce qui en est de l’accueil d’urgence et de l’hébergement des femmes en détresse. « C’est en projet », répond Florence Francisque. Jean Sol encore a compris qu’il y a un problème de mobilité pour les femmes qui cherchent du secours.

Florence Francisque : « Il y a des permanences des services du Département dans les îles du Sud, le réseau des partenaires, comme les CCAS, le CISPD à Marie-Galante (Conseil Intercommunal de Sécurité et de Prévention de la Délinquance, NDLR). »

Dominique Théophile veut se faire préciser s’il y a un accueil par des juristes à la Maison des Femmes.

« Oui, répond Florence Francisque, il y a des permanences de magistrats, d’avocats, la possibilité de déposer plainte sur place, ce qui est important… »

Une avocate, Evelyne Démocrite, qui représente le Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF), explique que cette institution bien implantée a une permanence juridique, gratuite, que des permanences sont à disposition des femmes qui rencontrent des problèmes dans les îles du Sud. « Cependant, reconnaît-elle, les femmes sont inquiètes à l’idée de se rendre au commissariat ou dans une gendarmerie, où tout le monde les voit… »

Le pays est petit, tout le monde se connaît et la discrétion n’estc pas toujours assurée…

Me Démocrite ne demande plus d’ordonnances de protection. Elle explique pourquoi : « Je laisse cela à mes confrères. Moi, je me bats sur le plan législatif, il faut modifier les critères. Imaginez qu’il faut des violences actuelles sinon la demande est rejetée. Il y a un travail législatif à faire ! » Jean Sol écrit dans son cahier.

Me Démocrite encore : « Dans les commissariats de police il y a des personnes à l’accueil qui n’ont rien à faire là. Imaginez, une femme qui vient là déposer plainte contre son compagnon, qui est craintive et qui est interpellée : Qu’est-ce que vous venez faire là ! Des fois, on refuse de prendre des plaintes au commissariat ! », accuse-t-elle. Jean Sol écrit toujours.

Les sénateurs sont attendus ailleurs. On se quitte sur un regret supplémentaire, qu’il n’y ait pas un observatoire de la parentalité en Guadeloupe…

André-Jean Vidal
aj.vidal@karibinfo.com

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