Thierry Devimeux, préfet de région Guadeloupe, a reçu Karib’Info à la préfecture de Basse-Terre. L’occasion d’échanger avec lui sur sa vision de l’avenir des jeunes en Guadeloupe et sur les enjeux auxquels ils sont confrontés. L’entretien de Lucas Thomis, étudiant en CPGE (Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles) Lettres, à Gerville-Réache (Basse-Terre).
Concernant les perspectives d’avenir sur notre territoire, beaucoup de jeunes pensent qu’aujourd’hui, il y a plus d’opportunités ailleurs qu’en Guadeloupe. Que leur dites-vous pour leur donner envie de rester ?
Thierry Devimeux : Que les jeunes fassent ce qu’ils ont envie de faire. Aller voir ailleurs, si tel est l’objectif ; ou bien rester en Guadeloupe pour contribuer à développer le territoire. Cela peut être un mélange des deux. C’est toujours très enrichissant d’aller voir ailleurs pour enrichir son expérience, sa connaissance du monde, et sa connaissance des métiers pour revenir ensuite et mettre à disposition du territoire ce que l’on a appris ailleurs.
Vous évoquez ici une solution hybride. Est-ce une idée qui vous est propre ou est-ce un constat ?
C’est ce que j’ai fait en tant que père. Mes quatre enfants ont voyagé, ont étudié partout dans le monde, et ils sont d’ailleurs en train de travailler également un peu partout. Ils sont une année dans un pays, l’autre année, ils reviennent en France, puis ils repartent ailleurs, etc.
Cette mobilité, je la trouve extrêmement enrichissante parce que le monde bouge beaucoup, bouge très vite. Si l’on est déconnecté du monde, que l’on ne va pas voir ce qui se passe dans différents territoires, où que l’on ne va pas se confronter à d’autres expériences, d’autres façons de penser, d’autres façons de vivre, on se ratatine tout seul dans son propre territoire, dans sa propre vie.
Lorsque vous rencontrez des jeunes, qu’est-ce qu’ils vous disent ? Ont-ils des inquiétudes par rapport à leur avenir ?
Bien sûr, cela dépend des métiers et des capacités. Mais, on a aujourd’hui beaucoup de dispositifs pour accompagner les jeunes qui veulent avoir cette mobilité.
Je leur dis : « Surtout, vivez vos rêves ! Si vous avez envie de bouger, bougez. Si vous voulez vous investir ici, investissez-vous ici ! » Mais, il faut aller à fond dans ce qu’on veut. Ce qu’il ne faut surtout pas, c’est subir. Il faut aller là où on veut aller.
« Bouger », c’est ce que beaucoup de Guadeloupéens aimeraient pour nos territoires. Un jeune qui grandit aujourd’hui avec les coupures d’eau, les sargasses et l’insécurité, que pouvez-vous lui dire pour garantir que ces choses pourraient changer ?
Ces choses doivent changer. C’est l’idée même de l’action publique : faire en sorte que l’on soit en capacité d’apporter des réponses aux problèmes des Guadeloupéens. Vous avez raison de me dire que les Guadeloupéens ont deux grands problèmes, l’eau et l’insécurité. Ils en ont un troisième pour ceux qui habitent sur les littoraux, ce sont les sargasses.
Il faut que la puissance publique, c’est-à-dire l’État, mais aussi les collectivités, s’organisent pour répondre à cela. Ce n’est pas tant pour répondre aux jeunes, mais pour répondre à la société guadeloupéenne, dont font partie les jeunes.
Bien sûr, on ne peut pas rester inactif face à ces sujets qui sont parfois très compliqués à résoudre. Mais, ce n’est pas pour autant qu’il faut rester les bras croisés : il faut y aller ! En tout cas, c’est ce que j’essaie de faire avec les services de l’État, et que les collectivités essaient de faire aussi. On travaille très correctement ensemble pour essayer de résoudre aujourd’hui et dans l’avenir, les problèmes des Guadeloupéens.
Se remettre en question pour aller toujours plus loin
Thierry Devimeux, préfet de Guadeloupe
Justement, il existe un problème que l’on rencontre chez les jeunes, mais également à l’échelle de la Guadeloupe : beaucoup disent qu’ils ne font plus confiance aux institutions. Selon vous, comment l’État pourrait-il regagner cette confiance ?
C’est un grand sujet qui n’est pas seulement guadeloupéen.
La confiance dans les institutions, dans tous les pays modernes, s’étend même à la démocratie. La démocratie, c’est un système de gestion d’une société qui n’est pas immuable et qui est parfois mis à mal. On le voit d’ailleurs dans des très grands pays, qui sont parfois les plus grands pays du monde, où le maintien d’une bonne démocratie est une vraie question.
Parce qu’au quotidien, on a tendance à la bafouer, cette démocratie. C’est vraiment un sujet sur lequel il faut que nous nous mobilisions pour garantir le bon fonctionnement de nos institutions, pour que les gens aient confiance. Si vous n’avez pas confiance dans les institutions parce qu’elles dysfonctionnent, effectivement la société se délite. C’est cela qu’il faut éviter.
Pour conclure, quel serait votre message aux jeunes ?
Croyez en votre pays et allez au bout de vos rêves ! Ne vous satisfaites jamais de ce que vous avez. Il faut toujours chercher mieux : ici, ailleurs, en changeant de métier, dans votre vie personnelle, mais toujours se remettre en question pour toujours aller plus loin. C’est le moteur de la vie.
























