Haïti. Face aux chocs climatiques : l’urgence de prévenir plutôt que de réparer

 Lors du webinaire des Mercredis de réflexion de la BID, tenu le 29 juillet autour du thème « Haïti face aux prochains chocs climatiques : sommes-nous prêts ? », des responsables haïtiens et partenaires internationaux ont appelé à un changement de paradigme: passer d’une logique de réaction à une logique de prévention.

La réponse à la question posée est venue du ministre de l’Agriculture des Ressources naturelles et du Developpement Rural, Marcelin Aubourg, lui-même, sans détour. « À la question de savoir si Haïti est prête à faire face au prochain choc climatique, nous devons répondre avec lucidité que notre pays demeure encore insuffisamment préparé. » Mais, cette lucidité, a-t-il précisé, ne doit conduire ni au découragement ni à la résignation. « Elle doit nous inciter à renforcer notre capacité d’anticipation, de prévention, de coordination et d’action », a-t-il ajouté. 

La représentante de la BID, Corinne Cathala, a rappelé d’emblée l’ampleur de l’exposition du pays : plus de 96 % de la population est exposée à au moins deux types d’aléas naturels: ouragans, inondations, sécheresses, glissements de terrain, tremblements de terre. Et chaque catastrophe dépasse largement les dégâts matériels. Selon elle, « une sécheresse ne détruit pas seulement les récoltes. Elle prive les agriculteurs de revenus, fragilise la sécurité alimentaire et augmente le coût de la vie. Une inondation n’endommage pas uniquement les routes ou les ponts, elle interrompt les activités économiques, limite l’accès aux écoles, aux centres de santé et aux services de base. » L’ouragan Matthew en 2016, rappelle-t-elle, avait affecté plus de deux millions de personnes et détruit jusqu’à 90 % des cultures dans certaines régions.

Face à cette réalité, le message est clair : « Nous devons passer progressivement d’une logique de réaction à une logique de prévention. Prévenir, se préparer et anticiper les phénomènes naturels doivent devenir une priorité », estime la representante de la BID.  Pour ellle, investir dans la résilience n’est pas une dépense supplémentaire:  c’est un choix économique. « La résilience climatique doit être considérée comme un investissement dans la sécurité des populations, la stabilité économique et la soutenabilité des finances publiques », a-t-elle affirmé. Cathala a également mis en avant le Caribbean Catastrophe Risk Insurance Facility (CCRIF SPC), un mécanisme d’assurance paramétrique régional auquel Haïti participe, permettant des décaissements rapides après une catastrophe pour financer les premières interventions d’urgence.

Le modérateur du webinaire, Kesner Pharel,  a situé les risques climatiques dans un contexte plus large. « Haïti fait face à une combinaison de risques. Les risques politiques, les risques économiques et les catastrophes naturelles se renforcent mutuellement. Huit années consécutives de contraction du PIB créent un environnement où il devient extrêmement difficile d’investir. » Pour lui, la gestion efficace des risques est un préalable au développement. Selon l’economiste, « pour investir, il faut une gestion efficace des risques. Aujourd’hui, ceux-ci sont tout simplement trop élevés. » Il a cité les exemples de la Jamaïque et de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, qui ont pu mobiliser rapidement des ressources grâce à des mécanismes financiers adaptés après des catastrophes naturelles.

Du côté du ministère de l’Agriculture, des réponses concrètes sont en préparation pour 2026-2027 : gestion des urgences agricoles, aménagement des bassins versants, réhabilitation des périmètres irrigués, développement d’un réseau de suivi hydroclimatique, réhabilitation des routes agricoles et construction de silos pour réduire les pertes post-récolte. Mais le ministre reconnaît que les ressources nationales ne suffiront pas. « L’appui des partenaires techniques et financiers demeure essentiel. Nous souhaitons que ces financements soient davantage alignés sur les priorités nationales, mieux coordonnés et inscrits dans une perspective de long terme », a-t-il ajouté. 

Lors de cette rencontre, les intervenants ont rappelé que la résilience climatique ne relève pas uniquement de l’État, mais que les collectivités territoriales,  le secteur privé, les universités, les organisations paysannes et  la société civile sont également appelés à contribuer.

« Le prochain choc climatique ne nous demandera pas si nous étions prêts. Il mettra directement à l’épreuve nos institutions, nos infrastructures et notre capacité de solidarité », a conclu le ministre. Un appel à transformer les engagements en actions avant que la saison cyclonique ne pose elle-même la question.

Source : Le Nouvelliste

Lien : https://lenouvelliste.com/article/270429/haiti-face-aux-chocs-climatiques-lurgence-de-prevenir-plutot-que-de-reparer

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