Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé s’est inscrit, mardi 4 août, au centre du Lycée de Pétion-Ville, dans le cadre du lancement officiel des opérations d’inscription des électeurs par le Conseil électoral provisoire (CEP).
À cette occasion, le chef du gouvernement a invité tous les citoyens détenteurs d’une carte d’identification nationale valide à accomplir ce devoir civique dans les centres ouverts à travers le pays.
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Des tests à subir et des ignominies à pointer du doigt…
Le premier tour des élections générales doit se tenir le 13 décembre 2026.
Le caractère irréaliste du calendrier élaboré par le CEP donne déjà du grain à moudre. L’institution électorale nage à contre-courant de la réalité, des défis sécuritaires et logistiques ainsi que de la longue histoire des élections post-1986, affirment certains.
L’on discute aussi du nombre élevé de partis inscrits, des regroupements de partis politiques effectués sur des bases pas toujours évidentes, dans un contexte où il n’existe pas toujours de lignes d’idéologiques, ni de projets politiques viables, objets d’une fidélité politique inscrite dans la durée.
Entre-temps, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, acteur incontournable, s’est inscrit sur la liste des électeurs. Il prêche par l’exemple.
Son gouvernement et le CEP, dans une apparente harmonie, mettent le cap sur l’enregistrement des électeurs. Le CEP, à qui le PM Fils-Aimé promet le soutien plein et entier de l’appareil d’État pour organiser les joutes, s’investit, réalise des opérations possibles de son calendrier électoral. Le temps dira sa vérité. Les vœux, les espérances et les mises en œuvre du processus électoral subiront cependant plusieurs tests avant le rendez-vous aux urnes du 13 décembre.
Des tests
Le premier portera, fort probablement, du nombre d’inscrits, de la sécurité des données collectées, ainsi que dans la diffusion publique et transparente.
Ces données permettront d’esquisser la cartographie électorale. Les découpages, les traits renseigneront sur l’influence des gangs. Des résidents de certains quartiers seront attentifs aux instructions et, fort probablement, au courroux des gangs par rapport au simple fait de s’inscrire sur la liste électorale.
Cinq mois avant le premier tour du 13 décembre, c’est le secrétaire général de l’ONU qui a indiqué que 75 % de la zone métropolitaine de Port-au-Prince sont sous l’influence des gangs malgré les avancées fragiles et fragmentées des forces de sécurité.
Jusqu’ici, faute d’une véritable stratégie pour limiter l’influence des gangs qui disposent de ressources financières importantes, le gouvernement et le CEP prévoient d’aménager des centres de vote hors des territoires abandonnés.
Le second test sera le respect du calendrier électoral. Le CEP et le gouvernement seront fortement embarassés si le premier tour des élections générales prévues le 13 décembre devraient être reporté. Le dialogue politique, la conversation inclusive entre les parties prenantes aux élections seront alors incontournables.
Le dernier test, le plus important, réside dans la mobilisation de l’électorat. En octobre, l’on aura une idée sur le nombre d’électeurs inscrits sur un peu plus de 5 millions d’électeurs potentiels ? On saura où ils sont et s’il y aura des élus pour toutes les circonscriptions.
Au final, parce que ce sera incontournable, le seuil de votants à atteindre pour crédibiliser et oindre d’une légitimité populaire certaines ces élections s’invitera dans la conversation nationale.
Le temps, là encore, mettra à nu les défis, les fards, les incapacités et les incompétences. Et, à l’inverse — c’est souhaitable —, l’intelligence, les capacités managériales du CEP et du gouvernement à surmonter les défis.
La crédibilité des élections, un enjeu majeur
La crédibilité des élections demeure un enjeu majeur. La tendance à la baisse de la participation aux joutes électorales de ces quinze dernières années raconte une crise, la perte de confiance d’une partie non négligeable des Haïtiens dans la démocratie. L’on aurait tort d’ignorer les racines de cette crise, et du rejet d’une bonne partie de la classe politique.
Il y existe un contentieux que le gouvernement, le CEP, beaucoup d’acteurs politiques et la communauté internationale oublient. L’on appelle le peuple dans ses comices dans ce qui ressemble à une forme de négation de sa tragédie. Il n’y a eu aucune excuse, aucune commission de justice et de paix préalable à la bataille électorale.
C’est comme s’il n’y avait jamais eu un Himalaya de cadavres dans l’Ouest, l’Artibonite et le Centre, comme si les décombres encore fumants de communautés saccagées par les gangs — instruments de beaucoup d’opérateurs politiques encore sur la scène publique — n’existait pas encore.
Le bilan de sang, de destruction de ces sept dernières années est encore présent. L’on fait semblant de passer à autre chose comme si l’offre politique, dans une large majorité, n’était pas constituée d’artisans du désastre actuel. Les faits sont là, le vécu imprimé dans la chair et dans les larmes versées autour de tant de cadavres sans sépultures.
Le pari de faire les élections sans un processus de paix, sans justice ni vérité, sans acte de contrition consacre l’impunité aux dépens de l’électeur, victime, appelée à voter pour octroyer l’immunité. L’insulte à la mémoire des victimes dynamise les fossoyeurs.
Ces fossoyeurs comptent sur l’amnésie, l’argent, la manipulation, la tricherie, la privation de facto et force du droit de nombreux électeurs, obligés de s’inscrire avant le scrutin. Et face à tout cela, les abandons moraux et intellectuels de la population durement éprouvée pour rafler la mise électorale. Pourtant, tout en se battant pour la tenue d’élections crédibles, il faut avoir une claire conscience des tests que nous subissons… Et des ignominies à pointer du doigt.
Source : Le Nouvelliste
Lien : https://lenouvelliste.com/article/270654/des-tests-a-subir-et-des-ignominies-a-pointer-du-doigt

























