Rencontre au sommet entre le préfet de Région, Thierry Devimeux, et les représentants des Conseils départemental et régional (certains en visioconférence), les parlementaires, les présidents des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), de l’Association des maires et des maires de Guadeloupe, jeudi 22 octobre en préfecture. Moment solennel où l’on a tenté de trouver quelques solutions à la crise sociale que traverse le territoire.
Pas de miracle à en attendre, à ce stade : les élus ont dit ce qui fâchait, le préfet a pris acte de choses qu’il connaît, dossiers sur lesquels il travaille depuis un certains temps déjà. Avec les pouvoirs qui lui sont conférés et qui ne sont pas rien… mais il y a des sujets qui ne peuvent se régler qu’au plus haut niveau, à Paris, avec le Gouvernement qui n’a plus que quelques mois de survie dans une période où le budget va être voté à coups de 49.3 tandis que la rue gronde, casse, pille, incendie, y compris les symboles de la République.
Revenons à la Guadeloupe où l’on barre, pille, incendie aussi. Sur fond d’eau pas là, d’essence hors de prix (33% de pauvreté sur le territoire), d’entreprises qui ferment faute d’être rémunérées dans les temps du travail fait par les collectivités (+ 29% de défaillances d’entreprises en un an).
Trois axes pour les discussions avec le préfet. A noter que ce sont les élus qui ont parlé, le préfet qui a écouté.
Premier axe : l’essence, la vie chère. L’essence est fabriquée par la SARA à partir de pétrole de l’Europe du Nord pour sa plus grande part, d’ailleurs (c’est flou) pour le reste. Une fois raffiné, la SARA se paie, de l’achat de la matière première, du raffinage, des produits ajoutés pour rendre le produit assimilable par les moteurs. Ceci constitue environ 56% du prix total du litre d’essence à la pompe. Si c’est du gazole, c’est près de 70% du prix…
Ensuite, il y a les taxes, TSC, octroi de mer, octroi de mer régional, C2E. Décomposons : la TSC, c’est la taxe spéciale de consommation, qui est exonérée pour certaines entreprises, notamment celles du secteur agricole, BTP et assistance aéroportuaire au sol, artisans de taxis, transporteurs d epersonnes, etc. C’est entre 12 et 24% du prix du litre, le gazole étant moins taxé. Il y a ensuite la CE2. C’est la taxe vertueuse, mise en place en 2005. Ce dispositif impose aux fournisseurs d’énergie de financer des actions écologiques, répercutant les coûts sur les consommateurs. 6 à 7% du prix du sans plomb.
Sans oublier, le fameux octroi de mer, général et régional. Ça va dans les fonds détenus par la Région, redistribués pour rémunérer les fonctionnaires territoriaux, Région et communes. En tout entre 4 et 5% du prix du litre.
Qu’ont proposé, les élus ?
Bloquer les prix de l’essence à la pompe, revoir la marge de la SARA (20% de plus que celle des raffineries hexagonales), revoir à la baisse l’octroi de mer sous réserve que l’Etat compense, enfin permettre de s’approvisionner ailleurs qu’à la Sara. Pas simple. La SARA va venir avec des tonnes de documents attestant qu’elle raffine… quasiment à perte. Et faire jouer ses alliés politiques. Comme pour le blocage des prix à la pompe, la compensation de l’octroi de mer, la possibilté de s’approvisionner ailleurs… la balle est dans le camp de l’Etat.
Deuxième axe : l’eau. Avec la mise en avant de l’opération d’intérêt national déjà sollicitée par les élus dans les résolutions du congrès afin de réhabiliter l’intégralité du réseau d’eau potable. Gros chantier, grosses dépenses, demande que l’Etat feint de ne pas avoir entendu depuis six mois (même pas un accusé de réception des résolutions du Congrès). Avec aussi une autre mesures demandée (voire exigée) : que l’Etat finance à 50% le frond destiné à lancer Archipel’Eau, la régie placée à côté du SMGEAG (ou dans le SMGEAG, ça dépend).
Troisième axe : les entreprises en déliquescence, dont le BTP. Là, financièrement, c’est aussi un gros morceau composé de l’arrêt immédiat des poursuites et assignations de la CGSS, un moratoire sur le recouvrement forcé des dettes fiscales et sociales, avec suspension des poursuites, des majorations et des intérêts de retard, des plans d’apurement adaptés, etc. C’est encore l’Etat qui va payer ou accepter de ne pas percevoir.
Il l’a fait, ont dit les élus, après Irma, pendant la crise du Covid.
Le préfet a promis de relayer au Gouvernement.
A noter que les élus, les socioprofessionnels, etc. se retrouveront avec le préfet, aujourd’hui, cette fois-ci à l’CCI-IG. Même menu.

























