À l’initiative de David Nébor, maire de Petit-Bourg, une matinée de partage d’expériences a réuni experts et élus des communes de l’archipel directement impactées par les échouements de sargasses, mercredi 15 juillet.
Véritable fléau, la gestion des sargasses dont les échouements, plus précoces cette saison, se sont densifiés, appelle plus que jamais la mise en place d’actions efficaces.
Le phénomène, qui pollue les plages du littoral d’une dizaine de communes de l’archipel, coche toutes les cases. Il obère les finances des collectivités, pourrit le quotidien des populations exposées aux émanations toxiques avec un double effet. Sur la santé et sur les équipements électroménagers qui ne résistent pas à la toxicité des algues brunes.
Par ailleurs, cette année, particulièrement, plusieurs établissements scolaires ont dû être délocalisés. Et les prévisions ne laissent pas entrevoir une amélioration. Si certaines plages, squattées par les sargasses, font déjà fuir les vacanciers, la rentrée se fera aussi en « mode Sargasses ».
Toute la saison, la gestion des algues brunes mobilise l’attention des élus sur plusieurs points : la collecte (qui représente un coût non négligeable), la santé publique, l’environnement, fortement dégradé.
Unis pour « être plus exigeants envers l’Etat »

Maire de Petit-Bourg, David Nébor a pris l’initiative de réunir ses collègues des autres communes de l’archipel concernées pour échanger sur la manière dont chacun y fait face et comment, ensemble, ils pourraient déployer une méthode plus efficace.
« Nous sommes 15 communes à subir les effets des sargasses dans des territoires différents, rappelle David Nébor. Nous avons besoin d’échanger nos expériences. Petit-Bourg est la commune la plus avancée pour le moment et nous croyons que cette expérience est porteuse : il y a de vraies avancées, avec des barrages installés et des embarcations plus efficaces qui vont être déployées, à partir du mois d’août, mais il y a aussi des corrections à apporter. Aujourd’hui, nous devons mieux nous accorder pour être plus exigeants envers l’Etat. »
Si l’Etat finance l’installation des barrages, les maires aimeraient être accompagnés pour l’entretien. Par ailleurs, les chefs d’édilité considèrent que les délais d’études sont « trop longs, selon David Nébor : il faut adapter la réglementation, et surtout corriger l’implantation des barrages pour être plus efficaces. La collecte de sargasses déposées sur la plage de Viard n’est pas une solution durable. Nous devons absolument obtenir le dépôt des sargasses en haute mer. »
D’autres sujets en lien avec les sargasses concernent notamment l’harmonisation des pratiques pour l’activité scolaire quand il y a des échouements en forte quantité : « l’Etat doit pouvoir mettre en place un dispositif », suggère le maire de Petit-Bourg.
La plupart des maires concernés — présents ou représentés (Le Moule, Sainte-Rose, Le Gosier) —, ont salué l’initiative de David Nébor : Jean-Philippe Courtois, maire de Capesterre Belle-Eau, Louly Bonbon, maire de Terre-de-Haut, Gabriel Foy, maire de Terre-de-Bas, Jean-Luc Périan, maire de Saint-François, Jacques Maladin, maire de Capesterre de Marie-Galante, Jean-Luc Edom, maire de Goyave.
Un « coût énorme », selon Jean-Philippe Courtois

« Face à la problématique des sargasses qui touche l’ensemble de notre territoire, cette réunion est l’occasion d’agir dans la co-construction en mutualisant les moyens, affirme Jean-Philippe Courtois, maire de Capesterre Belle-Eau. On entend parler d’une structure qui devrait favoriser la mutualisation. Mais, pour le moment, les dépenses sont laissées à la charge des collectivités, même si une part des dépenses est remboursée par l’Etat. La stratégie pour protéger nos populations et les activités économiques situées dans les zones concernées relève de la responsabilité des maires. Il est important que nous regardions tous dans la même direction pour agir en mutualisant les moyens. »
Au cours de la réunion, le dispositif Sargasses présenté est évalué à 4,5 millions d’euros. Une « petite » fortune dont les mairies ne peuvent disposer individuellement. « Dans le budget d’une commune comme Capesterre Belle-Eau, la gestion des sargasses représente un coût énorme, selon Jean-Philippe Courtois, soit près d’un million d’euros, chaque année. »
Les élus de Guadeloupe sont accompagnés dans leurs réflexions par l’Association nationale des élus du littoral qui présentera leurs résolutions au gouvernement et à l’Europe : « Des outils et financements doivent être adaptés à cette crise », insiste David Nébor.
À l’issue des échanges en mairie, élus et experts ont poursuivi leurs travaux sur le terrain, à Arnouville et à l’Anse Vinaigrerie.
Cécilia Larney
Pour aller plus loin
« La plus belle plage de Saint-François n’existe plus ! »

« Nous mettrons en place notre opération de barrage après la saison cyclonique, annonce Jean-Luc Périan, maire de Saint-François. Il était important d’avoir le retour d’expérience de Petit-Bourg, tout en tenant compte de nos spécificités. À Saint-François, nous ne disposons pas de site de stockage : une fois collectées, les sargasses restent sur la plage. Nous ramassons les sargasses à la pelle mécanique, ce qui détruit les plages. Nous voudrions réensabler, mais les autorités de l’Etat tardent à venir.
Aujourd’hui, la plage du Lagon, la plus belle de Saint-François, n’existe plus. La Coulée, Raisins-Clairs… sont aussi impactées. Pour une commune touristique, c’est une situation extrêmement préoccupante, et il n’y a pas de solution miracle. »
« L’activité économique est en déclin »

« Le retour d’expérience des autres communes est très enrichissant, assure Olivia Balourd, conseillère municipale de Capesterre (Marie-Galante), membre de la commission Sargasses. Aujourd’hui, à Capesterre, nous ramassons les sargasses au sol et nous envisageons de nous orienter vers la collecte en mer que Petit-Bourg a déjà testée. Nous avons obtenu des informations sur la part d’investissement de l’Etat, le dispositif mis en place, l’organisation de la commune…
Le secteur du bourg et la plage de Petite-Anse, l’une des plages les plus populaires, sont fortement impactés. Aujourd’hui, nous n’avons plus de plage pour accueillir la population de Marie-Galante ou les visiteurs, avec un impact économique réel. Pour les commerces installés sur ces sites, l’activité est en déclin. »
























