Trois importantes entreprises du secteur industriel, la Brasserie de la Couronne, la distillerie Barbancourt et la Brasserie Séjourné, ont publié, mercredi 29 avril, un communiqué conjoint pour alerter les autorités sur la situation critique qui sévit aux abords de leurs installations, entre la route nationale no 1 et la Route 9 dans la plaine du Cul-de-Sac.
Après plus de 4 jours de violence intense, les signataires du communiqué sont sceptiques par rapport au calme précaire qui demeure dans la zone.
« Entre le 18 et le 21 avril derniers, des groupes armés se sont affrontés avec une violence extrême aux abords immédiats de nos entreprises, entre la route nationale no1 et la route 9. Aujourd’hui, le calme reste fragile. Nos employés, leurs familles et les riverains craignent de revenir. Une zone qui fonctionnait encore il y a peu, menace de devenir un nouveau « territoire perdu » aux portes de l’aéroport international Toussaint Louverture », mettent en garde les responsables des entreprises, soulignant que la Police nationale d’Haïti ne peut pas être tenue responsable d’une impossibilité matérielle d’intervention.
Pour les entreprises signataires du communiqué, le cœur du problème est infrastructurel. C’est la route nationale qui paralyse la sécurité, à en croire les signataires qui fonctionnent dans la zone depuis plusieurs décennies. « Le constat est simple : la route nationale no 1 est dans un tel état de dégradation que les blindés ne peuvent pas accéder correctement à des points pourtant stratégiques, tel l’ancien commissariat de Cazeau ou le ministère de l’Agriculture , sans risquer de s’embourber.
Autrement dit, les forces publiques ne peuvent même pas faire le tour complet de l’aéroport », regrettent les entreprises dans le communiqué dont le journal a obtenu une copie.
« Comment prétendre sécuriser durablement l’aéroport si ceux qui doivent le protéger ne peuvent pas circuler autour de son périmètre immédiat ? », interrogent les signataires.
Les trois entreprises exigent de l’État une réponse concrète et urgente : réhabiliter le tronçon de la route nationale no 1 concerné, rétablir la capacité d’intervention de la PNH dans la zone et reprendre le contrôle du secteur. « Le problème est donc clair : sans réhabilitation urgente de ce tronçon stratégique, aucune sécurisation réelle, durable et crédible de la zone n’est possible. Nous demandons une action immédiate de l’État : réhabiliter cette route, permettre à la PNH d’intervenir, reprendre le contrôle de la zone et protéger les populations », exigent les signataires du communiqué.
Des milliers d’emplois et de vies en jeu
L’enjeu économique et humain est considérable. Les trois entreprises représentent à elles seules plus de 2 500 emplois directs et près de 160 000 emplois indirects. « La Brasserie de la Couronne, S.A. emploie plus de 1 100 personnes directement. La distillerie Barbancourt emploie quant à elle plus de 1 000 personnes et travaille avec 3 000 planteurs. La Brasserie Séjourné emploie près de 400 personnes et soutient environ 40 000 emplois indirects. Ensemble, nos entreprises représentent plus de 2 500 emplois directs et près de 160 000 emplois indirects », rappellent les responsables des entreprises dans le communiqué conjoint.
« La Fondation Barbancourt, contrainte de suspendre ses services, prend normalement en charge plus de 1 500 patients par mois et accompagne chaque jour plus de 400 enfants. Laisser tomber cette zone, c’est abandonner des familles, des emplois, l’économie et un périmètre stratégique aux portes de l’aéroport », ajoutent les signataires.
« Le temps des constats est terminé. L’État doit agir maintenant », concluent-elles sans ambiguïté. Pendant environ 5 jours, deux coalitions criminelles s’affrontent dans une bataille sanglante pour le contrôle de territoires. Les gangs Chen Mechan, Taliban dirigé par Jeff Gwo Lwa (Canaan) et 400 Mawozo de Lanmò San Jou affrontent les gangs de Pierre 6 et Terre Noire dans la commune de Cité Soleil.
Cette situation a provoqué de vives tensions au niveau de Pierre 6, Duvivier, Village Renaissance, Fourgy, Sarthe, entre autres, durant tout le week-end. Des résidents de Terre noire, joints par le journal, ont témoigné d’une situation dramatique. Cloîtrés chez eux depuis samedi, ils décrivent des quartiers enclavés pris dans les tirs croisés des deux camps, sans possibilité de se déplacer ni de s’approvisionner. « Nous sommes pris en sandwich entre les deux camps », avait confié l’un d’eux, la voix marquée par l’épuisement et la peur.
Les affrontements opposant des gangs rivaux dans la plaine du Cul-de-sac relèvent d’une lutte pour le contrôle des ressources économiques de la zone, selon le pasteur Hénock Joseph, qui intervenait à l’émission Panel Magik, le mercredi 22 avril 2026.
Source : Le Nouvelliste


























