Haïti. Quand un pays oublie de vacciner ses enfants

Haïti assiste impuissant à la dégradation continue des conditions de vie de sa population.

Difficile de mettre des mots sur toutes les conséquences de la crise multiforme qui met le pays à genoux. A côté des conséquences visibles de la crise, notamment le blocage des routes, la prise en otage de quartiers, voire de communes entières par les gangs, le pillage, le kidnapping, les viols, d’autres symptômes se font sentir au jour le jour. C’est le cas de la réapparition de maladies hier éradiquées.

Cette semaine, le ministère de la Santé publique et de la Population alerte la population sur une hausse des cas de diphtérie dans le pays. Selon les informations disponibles, le MSPP a déjà confirmé 90 nouveaux cas pour le début de l’année 2026. Sur ces cas recensés, 26 concernent des filles âgées de 5 à 14 ans, 16 des garçons de la même tranche d’âge, 24 autres touchent des femmes de 15 à 29 ans et 9 cas sont enregistrés chez des femmes de 30 à 59 ans. Il y a quelques mois, l’alerte concernait le choléra.

Rien d’étonnant quand on sait que la situation des déplacés internes dans les camps. On ne doit pas non plus oublier que la plupart de nos hôpitaux de références du pays sont fermés. Faut-il souligner que des communes entières des départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre échappent au contrôle de l’Etat depuis tantôt deux ans ? Donc, les autorités ne savent pas dans quelles conditions évoluent les membres de la population qui y vivent encore. Qui s’assure que les enfants sont vaccinés ? Avec les difficultés de déplacements d’un département à un autre, il peut se révéler difficile de mener des campagnes de vaccination dans les départements toujours sous le contrôle de l’Etat

Depuis deux ans, l’Etat et ses alliés n’ont pas fait assez pour reprendre le contrôle du territoire. Oublient-ils que des enfants non vaccinés d’un coin du territoire peuvent être le point de départ d’une épidémie ? Un canal non curé dans l’une des communes contrôlées par les gangs peut être le foyer d’une catastrophe sanitaire. Il faut peut-être rappeler à nos décideurs que quand les indicateurs de santé reculent, c’est toute la population qui est exposée.

Aujourd’hui, l’alerte concerne la diphtérie, mais il ne serait pas étonnant que d’autres maladies liées à l’hygiène et à l’alimentation tuent en silence un peu partout dans le pays.

La réponse à cette situation ne peut pas être seulement médicale. Oui, il faut traiter les personnes atteintes de diphtérie, de choléra…Mais l’Etat doit s’attaquer aux causes de la dégradation des conditions de vie dans le pays. Au pouvoir depuis novembre 2024, le Premier ministre Didier Fils-Aimé sait mieux que personne par où il doit commencer.

Le pays ne peut se permettre de perdre tous les progrès réalisés en matière de développement socio-économique au cours des vingt dernières années. Quand des maladies autrefois éradiquées refont surface, c’est la preuve que le pays marche à reculons.

Source : Le Nouvelliste (Jean-Pharès Jérôme)

Lien : https://lenouvelliste.com/article/266687/quand-un-pays-oublie-de-vacciner-ses-enfants

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