Fils d’esclave, devenu avocat, maire de Pointe-à-Pitre, président du Conseil général de la Guadeloupe, député, Achille René-Boisneuf a marqué son époque. Le film qui lui est consacré par Daniel Nlandu Nganga est programmé en avant-première au Black History Month de Cinéstar (Les Abymes), mercredi 25 février.
Du talon d’Achille, expression héritée de la mythologie grecque pour désigner une faiblesse, au Talent d’Achille, Daniel Nlandu Nganga, réalisateur, donne le ton de son nouveau film. Un habile jeu de mots qui prend tout son sens quand on sait le chemin parcouru par Achille René-Boisneuf (1873-1927).
Comment votre nouveau documentaire, Le Talent d’Achille, a-t-il pris naissance ?
Daniel Nlandu Nganga, réalisateur : Tout est parti de la rencontre avec François-Xavier René-Boisneuf, arrière-petit-fils d’Achille René-Boisneuf, il y a environ trois ans. Il souhaitait raconter l’histoire de son arrière-grand-père. François-Xavier et la petite-fille d’Achille René-Boisneuf, âgée de 94 ans, nous permettent d’entrer dans le film en déroulant sa vie, depuis sa naissance.
Qu’est-ce qui caractérise le parcours d’Achille René-Boisneuf ?

Achille René-Boisneuf est le fils d’un esclave affranchi, Hyacinthe Boisneuf. Le Talent d’Achille est une fresque qui retrace son parcours jusqu’à sa mort, en 1927. Le film montre comment il a réussi à échapper à sa condition. Achille René-Boisneuf est né en 1873, pratiquement 30 ans après l’abolition de l’esclavage et les « nègres », tout juste affranchis, n’ont pas de véritables droits. Nous sommes dans une société qui tente de s’organiser. Son père fait tout pour que sa famille sorte de la condition d’agriculteurs qui leur est prédestinée. Achille René-Boisneuf étudie au lycée Carnot, à Pointe-à-Pitre, où il forge sa conscience politique, il rencontre Hégésippe Légitimus, arrière-grand-père de l’humoriste Pascal Légitimus.
Quand Achille René-Boisneuf entre en politique, il est confronté aux enjeux de l’époque avec la domination d’une certaine classe politique et sociale qui renforce ses privilèges par le contrôle de la canne…
De son riche parcours, quels aspects avez-vous choisi de mettre en avant ?
Ses années au lycée Carnot, à Pointe-à-Pitre, la rencontre avec Légitimus, à qui il va rapidement s’opposer : leurs visions pour le développement du territoire et pour les Guadeloupéens divergent. Dès lors, ils s’affrontent dans les urnes pour la mairie de Pointe-à-Pitre, mais aussi sur le terrain. Entre 1900 et 1910, le climat politique est très tendu en Guadeloupe, il y a des affrontements entre partisans politiques, des meurtres, de nombreux incidents, des urnes sont enlevées…
Cette fresque permet de se remettre en mémoire qui était Achille René-Boisneuf en dehors des rues, de l’ancienne mairie devenue la médiathèque de Pointe-à-Pitre… Il a été journaliste, avocat, maire de Pointe-à-Pitre, député à l’Assemblée nationale et précurseur d’un projet de départementalisation sans avoir la même vision que Césaire, 20 ans plus tard.
L’objectif premier pour Achille René-Boisneuf, face à la très grande misère qui sévissait en Guadeloupe, c’était que les fils des anciens esclaves obtiennent les mêmes droits que les autres. En cela, Achille René-Boisneuf reste un précurseur. Avec Césaire, c’est l’étape suivante pour une évolution vers une gestion autonome du territoire, au-delà de l’égalité des droits.

Achille René-Boisneuf est décédé en 1927. Comment avez-vous construit votre film ?
Le film est structuré autour du récit et des éclairages d’historiens : Raymond Boutin, Clara Palmiste, historienne, Frédéric Régent et Dominique Chathuant, qui s’est particulièrement intéressé au travail parlementaire d’Achille René-Boisneuf. Le sociologue Franck Garain donne une approche de la société guadeloupéenne de l’époque. Ary Broussillon intervient également pour une mise en perspective : quelle résonance ont les combats d’Achille René-Boisneuf aujourd’hui ? La petite-fille et l’arrière-petit-fils d’Achille René-Boisneuf partagent leurs souvenirs.
Le film est aussi composé d’images d’archives, de photos souvenirs de la famille, des images des Archives départementales et de vues contemporaines, notamment les lieux qui portent le nom d’Achille René-Boisneuf. Christelle Berry a effectué un excellent travail de direction artistique, de structuration du récit… La restauration des images d’archives a été faite avec l’IA par Jean-François Torrent et Cédric Frémont, avec Steve Lancastre au son.


La première diffusion est prévue le 25 février au Black History Month de Cinéstar. Et après ?
Nous souhaitons que le film participe à d’autres festivals. Il faut aussi que les institutions, les associations… fassent vivre le film auprès des scolaires notamment.
Le parcours et la personnalité d’Achille René-Boisneuf vous incitent-ils à rendre accessibles, particulièrement aux nouvelles générations, d’autres figures guadeloupéennes ?
Oui ! François-Xavier est le dernier homme René-Boisneuf à porter le nom : il y a aussi cette volonté de transmettre aux nouvelles générations, à travers le film. Quand j’ai plongé dans cette histoire, j’ai, en parallèle, entrepris des recherches généalogiques du côté de ma mère en remontant jusqu’en 1828. Le film a eu un impact sur moi et j’espère qu’il en sera de même pour d’autres !
Ce film m’a donné l’idée de travailler sur d’autres personnages de la IIIe République. Une période qui n’est pas très connue des Guadeloupéens, ni des Français ! Pourtant, beaucoup d’événements qui ont façonné le monde d’aujourd’hui se sont déroulés à cette période.
Le Talent d’Achille, de Daniel Nlandu Nganga sera projeté en avant-première, mercredi 25 février, à 19 heures, en clôture du Black History Month de Cinéstar (Les Abymes). www.cinestarguadeloupe.com.




















