Alex Lollia, ancien professeur de philosophie, fondateur de la Centrale des Travailleurs Unis (CTU), est hospitalisé depuis douze jours au CHU de Guadeloupe au service de cardiologie. Il a, ce matin, prévenu ses amis de la situation indigne qu’il vit, comme d’autres patients. Entretien.
« J »ai eu plusieurs infarctus, en 2006, 2013, 2025. Il y a douze jours, j’ai eu de nouveau un infarctus et le SAMU est venu me chercher chez moi pour me conduire au CHU. Là, on m’a fait une coronarographie (La coronarographie permet au cardiologue de visualiser les artères coronaires. Une ponction de l’artère fémorale ou radiale est pratiquée et permet l’introduction d’un cathéter (tube souple) que l’on dirige jusque dans les artères. NDLR). On m’a dit que mon système artériel était compliqué.
Je devais, le lendemain, refaire un autre examen. Dans la journée, on m’a annoncé que c’était annulé. Je ne sais pas pourquoi.
Un médecin m’a dit que ce n’était pas possible de régler mon problème, que ce serait vu avec le Pr Larifla.
Plusieurs jours ont passé. Un jour, en venant me voir, mon épouse a rencontré par hasard le Professeur dans l’ascenseur et lui a demandé ce que j’avais, ce qu’il comptait faire. Il lui a répondu qu’il allait faire une scintigraphie.
(La scintigraphie myocardique permet d’étudier la vascularisation et la fonction du muscle cardiaque. L’examen est prescrit pour rechercher un rétrécissement d’une artère coronaire, pour la surveillance d’un traitement médical ou de revascularisation coronaire (dilation, stent ou pontage, NDLR).
Moi, on ne m’a rien dit. Pourquoi une scintigraphie ? Pour quels résultats ? Notez que jusqu’à présent, je n’ai jamais eu de résultats des examens.
Hier, mercredi, en fin de matinée, je devais déjeuner, je n’avais pas de couverts, quand on m’a prévenu qu’il fallait rester à jeun, qu’une coronarographie serait pratiquée dans l’après-midi.
L’après-midi passe, la nuit arrive. Personne ne me dit rien. Plus tard, on m’a dit que peut-être le Professeur allait me recevoir.
Plus tard encore, une autre personne m’a dit de manger, que le Professeur était fatigué et était rentré chez lui.
Ça ne peut plus durer comme ça. Je ne suis pas un sujet d’expérience ! Que ces gens-là aillent faire leurs expériences ailleurs ! »
Alex Lollia a tenu, dans notre entretien, à préciser qu’il n’a rien contre le personnel médical du CHU. Que celui-ci fait son travail comme il peut. D’ailleurs, une responsable est passée le voir ce matin, pour lui expliquer les difficultés du CHU.
« Je les connais ces difficultés, comme tous les Guadeloupéens, que je n’ai pas de couverts pour manger, ce n’est pas important. Ce qui est grave c’est qu’on soit traités comme des sujets d’expériences, qui n’ont pas leur mot à dire, à qui on ne dit rien. Qu’on donne des consignes, qui sont annulées, puis on vient et vous dit une chose, un autre vient et vous dit le contraire… C’est indigne ! »

























