PAR JACQUES BANGOU*
L’Esclavage, pire crime contre l’humanité.
L’abstention insupportable de la France
Réflexion sur le vote à l’ONU et ses résonances pour nos peuples
« Cette abstention reste en tout état de cause intolérable. Elle ajoute une brûlure supplémentaire sur les plaies de trois siècles. »
L‘ONU en ce mois de mars 2026 a voté avec une majorité de 132 pays pour une résolution reconnaissant l’esclavage comme le pire des crimes contre l’humanité.
L’abstention de la France n’étonne pas si l’on se place du point de vue historique des pays coloniaux dont elle fait partie, qui ont assujetti, quatre siècle durant, une large partie du monde à leur bien-être propre, leurs systèmes économiques, leurs sentiments de supériorité et qui aujourd’hui doivent faire face aux conséquences de cette histoire qui est la leur et aux demandes de réparation de toute nature.
Cette abstention fait peine cependant au regard des efforts d’une partie de la classe politique française depuis 20 ans avec la loi Taubira qui reconnaît l’esclavage comme un crime contre l’humanité et, depuis, un travail en profondeur porté par de nombreuses organisations et des institutions tel le Conseil pour la Mémoire de l’Esclavage, présidé par François Ayrault.
Cette abstention reste en tout état de cause intolérable. Elle ajoute une brûlure supplémentaire sur les plaies de trois siècles.
On avait cru que derrière la cicatrice du passé esclavagiste, un tissu sociétal assaini permettrait de construire un avenir porté d’un même élan par les sociétés colonisatrices
autant que par celles contraintes par la traite négrière et l’esclavage. Il n’en est rien. Sous les chéloïdes des abolitions ratées et au décours de départementalisations successives, le tissu social d’aujourd’hui ne trouve toujours pas d’apaisement.
Il est incapable d’élan nouveau sans une réécriture de l’histoire reconnaissant le crime et sa monstruosité, sans une approche moderne de la réparation, sans reconnaître le métissage planétaire qui découle de la colonisation qui a engendré les peuples émergents du tout monde, transformé les peuples colons, bouleversé les peuples saignés par l’esclavage.
Quatre siècles de colonisation structurée autour de l’esclavage auront eu pour conséquence notable de faire de l’Angleterre, la France, les USA, l’Espagne, le Portugal, la Hollande pour ne citer que ceux-là, des terres Africaines, Indiennes, Malgaches s’agissant de leurs populations autant que des terres caucasiennes et moyen-orientales.
Le faux pas délétère de l’abstention du gouvernement de la France à la résolution onusienne s’inscrit dans un calendrier de l’histoire qui n’est pas anodin en 2026. Celui de la chute de l’occident du piédestal qu’il s’était érigé grâce justement à la colonisation et l’esclavage. Le retour brutal, abjecte des Impérialismes, de la force comme seul moteur de l’ordre du monde conduit une large partie de la planète à s’exempter de la morale occidentale donneuse de leçon au reste du monde.
On redécouvre l’ONU, le FMI, l’OMC, le pétro-dollar… nonplus comme des clés incontournables des équilibres planétaires mais comme les éléments de domination construits par l’occident au décours de la dernière guerre mondiale, à son seul profit. De nombreuses parties du monde considèrent avec critique aujourd’hui les moteurs philosophiques et éthiques qui régissent le droit international et l’usage qu’en a une poignée de pays occidentaux.
Partout se redressent des cultures et des éthiques différentes, voire quelquefois opposées.
Ce qui est singulier pour nous devant ce nouvel avatar de l’histoire c’est en quoi il impacte aujourd’hui les visions d’avenir qui sont les nôtres en Guadeloupe et les aspirations de notre jeunesse qui entend à son tour marquer de son fer les enjeux de sa génération.
Et par nous j’entends à la fois la fraction de nos peuples des anciennes colonies françaises, en partie issus de l’esclavage et de l’engagisme, les pieds encore rivés à nos sols, qui espère encore s’émanciper et celle qui fait désormais corpus d’un peuple français appelé à construire durablement, sur le sol français, une « nouvelle France ».
Quelle résonance cette honteuse abstention aura-t-elle à Pointe-à-Pitre et à Saint Denis, à Cayenne et à Nantes, à Fort-de-France et à Bordeaux… ? Quelle incidence dans notre manière d’appréhender de part et d’autre des mers qui nous séparent les liens administratifs et organiques qui continueront vraisemblablement de nous lier pendant les décennies à venir?
On nous parle ainsi (à bas bruit) de référendum prochain à inscrire dans un calendrier présidentiel qui n’est pas le notre sur un contenu binaire qui fait le chantage d’une assistance matérielle portée par l’Europe contre l’abandon d’exister en tant que peuple capable d’assumer ses choix stratégiques pour vivre dans un environnement qui est le sien, construire et soutenir un projet économique qui permette le développement, accueillir, rappeler et protéger sa jeunesse en formation aux quatre coins du monde.
L’abstention française à l’ONU ne nous dit rien qui vaille des discussions en cours et à venir, hélas !
*Ancien maire de Pointe-à-Pitre, président du PPDG et essayiste
























