Esclavage. Le Mémorial ACTe interpelle le président de la République suite à l’abstention de la France à l’ONU

Le Mémorial ACTe a adressé une lettre ouverte au président de la République Emmanuel Macron, en réaction à l’abstention de la France lors du vote de la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies du 25 mars 2026, qui reconnaît la traite transatlantique des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé comme l’un des crimes les plus graves commis contre l’humanité.

Un vote historique, une abstention interpellante

Le 25 mars 2026, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté à une large majorité — 123 voix pour, 3 contre, 52 abstentions — une résolution historique appelant à des mesures de justice réparatrice pour la traite et l’esclavage. La France a choisi de s’abstenir, aux côtés de plusieurs autres États membres de l’Union européenne.

Pour le Mémorial ACTe, cette position soulève une contradiction profonde : la France est, depuis la loi Taubira du 21 mai 2001, le premier pays au monde à avoir reconnu la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Cette avancée législative majeure impose une cohérence entre la parole nationale et le positionnement international de la République.

Une démarche de responsabilité, non de rancœur

Depuis Pointe-à-Pitre, le Président du Mémorial ACTe, Raphaël Lapin, et sa Directrice Générale, Isabelle Vestris, ont souhaité interpeller le Chef de l’État au nom d’une mémoire qui « n’est ni rancœur ni plainte, mais responsabilité et avenir ».

Le Mémorial ACTe, établissement de référence nationale sur ces questions, ne se positionne pas dans une logique de culpabilisation, mais dans une exigence de cohérence républicaine et d’action concrète.

Isabelle Vestris rappelle que « l’esclavage n’est pas un chapitre clos de l’histoire : ses héritages économiques, sociaux et symboliques demeurent perceptibles aujourd’hui, notamment dans la persistance d’inégalités et de discriminations. »

Le Mémorial ACTe, force de proposition : Cinq éléments d’actions suggérés à l’Exécutif

Le Mémorial ACTe entend assumer pleinement son rôle de partenaire de l’État et d’interlocuteur capital sur ces enjeux, comme l’avait qualifié le Président Macron lors de son discours du 10 mai 2019.

Cette démarche s’inscrit dans la conviction qu’« une mémoire assumée éclaire l’action publique » et que la cohérence républicaine exige que la France soit, sur la scène internationale, à la hauteur de ses engagements nationaux à travers notamment les actions suivantes :

— clarifier publiquement la position de la France à la suite de ce vote ;

— soutenir les dynamiques internationales de justice mémorielle et de lutte contre les discriminations héritées de l’histoire esclavagiste ;

— renforcer les politiques d’éducation et de transmission en lien avec les institutions mémorielles nationales, dont le Mémorial ACTe, dans la plénitude du rôle d’établissement national que lui a reconnu le Président de la République dès 2019 ;

— accélérer les coopérations patrimoniales relatives à la circulation des œuvres, des archives et des savoirs ;

— ouvrir un dialogue institutionnel national et international sur les réparations, associant lieux de recherche, de mémoire et de décision publique.

Une réforme constitutionnelle demandée par le Président du Mémorial ACTe

La lettre aborde également une question juridique fondamentale : la décision du Conseil constitutionnel de 2017 ayant censuré l’extension du délit de négationnisme à l’esclavage colonial, au motif d’une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression. Le Mémorial ACTe juge cette censure incompréhensible pour les peuples issus de cette violence. Raphaël Lapin plaide pour « une constitutionnalisation de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite transatlantique comme crime contre l’humanité, impliquant de ce fait une réforme constitutionnelle. »

Image : Raphaël Lapin, président du MACTe, et Isabelle Vestris, directrice générale, avaient reçu Manuel Valls, ministre des Outre-mer l’an dernier.

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