Musique. Jean-Max Biguine : « La biguine a besoin d’espaces d’expression »

Organisé par le Conseil départemental de la Guadeloupe, l’événement inédit, On tan pou bigin se déroule au Fort Fleur d’Epée (Le Gosier), vendredi 24 avril. Le pianiste Jean-Max Mirval animera le bal de clôture.

Nouveau concept, gratuit et ouvert à tous, pensé par Alex Nabis, On tan pou bigin a vocation à mettre en avant la culture du territoire. On tan pou bigin est une déclinaison du projet Label Kòfò, pour permettre aux forts de l’archipel d’être des lieux d’expression des danses et musiques de Guadeloupe. Entre exposition, ateliers, conférences, concerts, bal populaire…, la biguine ouvre ce nouveau cycle. Entretien avec le pianiste Jean-Max Mirval qui milite depuis de longues années pour la valorisation et la transmission de la biguine.

En tant que militant de la biguine, comment accueillez-vous l’événement On tan pou bigin, proposé par la Conseil départemental ?

Jean-Max Mirval, pianiste, compositeur, interprète : Je m’en réjouis vraiment. Nous avons, depuis quelques années, mené des initiatives privées qui comptent, mais quand les institutions s’y mettent, c’est encore mieux !

J’espère que l’événement On tan pou bigin marquera le début de quelque chose, qu’il y aura une régularité, des événements de plus en plus fréquents autour de cette musique et d’autres musiques de Guadeloupe.

Notre musique a besoin d’un contrepoids face à des musiques qui pèsent énormément au niveau international avec des moyens beaucoup plus importants que les nôtres, des tendances qui s’imposent et qui écrasent ce qui existe ici et ailleurs. Vraiment, je suis content de cette initiative, parce que j’aime la biguine, mais aussi parce que le contexte impose plus que jamais une réaction.

Pour vous qui créez et partagez régulièrement avec le public autour de la biguine, cette musique a encore du potentiel ?

Totalement ! Nous n’avons pas encore exploré 20 % de son potentiel. La biguine est une musique relativement jeune qui a été négligée pour diverses raisons.

Or, il y a très peu de contextes, à part lors d’événements privés ou dans les Chanté Noël, où les jeunes sont mis en contact avec la biguine. Avec On tan pou bigin, événement public, gratuit, les jeunes pourront entendre et découvrir la biguine. La mise en contact, c’est très important.

Pourquoi ?

Il y a quelques années, un jeune me faisait remarquer qu’il peut facilement être en contact avec le gwo-ka en allant à la rue piétonne. Mais, pour écouter la biguine, en dehors des événements privés et payants, il n’y a pas d’espace public gratuit pour la biguine. À l’époque, je proposais L’Instant Biguine, un événement payant, mais l’interrogation du jeune était totalement légitime.

Arnaud Fedhaoui, jeune multi-instrumentiste très doué, m’a confié, qu’il est tombé sous le charme de la biguine quand il a découvert cette musique. Mais, c’était très compliqué de trouver des titres. Aujourd’hui, il pratique régulièrement la biguine. Il figure dans la programmation de l’événement On tan pou bigin et il fait d’ailleurs partie des musiciens qui m’accompagneront pour le bal programmé vendredi 24 avril, au Fort Fleur d’Epée.

Qui d’autre sera à vos côtés pour ce moment festif et populaire ?

En plus d’Arnaud Fedhaoui aux soufflants : trombone, trompette et clarinette, Emmanuel Haliar, petit-neveu de Paul-Emile Haliar, sera à la batterie. Fabrice Durimel sera à la basse et Nowliz, au chant.

Il s’agira d’un rendez-vous intergénérationnel autour de la biguine. Il y a peu d’espaces où on diffuse une musique qui appartient à tous, que tout le monde peut comprendre et ressentir et où on peut réunir tout le monde. C’est très important, surtout en ce moment en Guadeloupe où il y a une grosse fracture générationnelle. Cet événement permet de rapprocher les générations sur un patrimoine commun.

Le principe du bal ouvert et gratuit correspond vraiment à l’esprit de la biguine. C’est une musique qui était extrêmement conviviale. Gérard La Viny, figure de la biguine, rapportait que chez ses parents, il y avait des « bœufs » qui s’improvisaient : les voisins, les amis venaient. Cette musique favorise vraiment la connexion entre les gens. J’aime beaucoup l’idée de ce bal gratuit. Cet événement témoigne d’un intérêt pour la biguine et c’est une très bonne chose.

En quoi est-ce important de partager la scène avec des musiciens de générations différentes ?

Le fait d’avoir des musiciens de générations différentes fait de la biguine une musique actuelle. Nous n’avons pas les mêmes influences que ceux qui jouaient la biguine à ses débuts ou dans les années 1950.

Quand on joue la biguine sincèrement, elle est comme la langue créole ou le français : elle évolue et reste une musique vivante. La façon dont on s’approprie les instruments permet à l’âme de la biguine de continuer de vivre.

Entretien : Cécilia Larney

Le Gosier, Fort Fleur d’Epée. Vendredi 24 avril, à partir de 19 heures (bal). En savoir plus : www.cg971.fr

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