Le département du Nord à travers son chef-lieu, Cap-haïtien, est devenu un vrai sujet de préoccupation depuis le dysfonctionnement de l’aéroport international Toussaint-Louverture.
La santé publique en fait partie et il ne faudra pas attendre une catastrophe pour s’en rendre compte.
Au moment du drame à la Citadelle en avril dernier, d’aucuns se posaient des questions sur la trame causale, les sanctions à prendre et les mesures préventives à instaurer, mais peu se préoccupaient de la capacité du département du Nord à faire face à ces catastrophes à fort retentissement sanitaire.
« Le Cap-Haïtien est une bombe sanitaire », avait indiqué la sociologue Michèle Oriol sur les ondes de Magik 9, le lundi 4 mai 2026, déplorant « un laisser-aller » dans l’application de certaines décisions pouvant impacter négativement la santé de la population.
Des dizaines de vols par jour, l’insalubrité, la multiplication des bidonvilles, des festivités ça et là, le Cap-Haïtien cache en son sein plusieurs ingrédients qui en font une menace d’un point de vue sanitaire.
Parallèlement, quoique appelé à suppléer aux défaillances sanitaires dans les départements avoisinants, notamment avec la fermeture de l’Hôpital universitaire de Mirebalais, le système de santé se porte mal dans le Nord. Faut-il rappeler les raisons de cette déchéance?
Absence de plan
Il a fallu seulement 3 jours après la récente fermeture de l’Hôpital universitaire Justinien pour constater une saturation à l’Hôpital Sacré-Cœur de Milot. Aucun centre hospitalier public en périphérie n’était en mesure de tamponner la souffrance des patients.
Tandis que les avions survolaient le ciel poussiéreux de la deuxième ville du pays et quelques passagers se dirigeaient vers les hôtels huppés du boulevard, des patients faisaient la navette entre quelques centres privés à la recherche d’un minimum de soins à un coût qui, souvent, dépasse leur capacité économique. Ce qui les appauvrit dans la foulée…
Depuis que le Cap-Haïtien est sous le feu des projecteurs, aucun symposium sur un problème spécifique, aucune réflexion, aucun grand rassemblement n’a été organisé dans le secteur de la santé en vue d’une meilleure organisation du système sanitaire dans le Nord.
Aucun plan de contingence n’est prévu entre l’aéroport international du Cap-Haïtien, qui au demeurant connaît une fréquentation accrue ces derniers mois, et quelques centres hospitaliers en cas d’urgence sanitaire.
Hormis l’Hôpital universitaire Justinien qui continue à faire des efforts et qui risque d’être rapidement saturé, aucun autre centre hospitalier public n’a été renforcé comme il se doit.
Les autorités départementales du Nord semblent se complaire dans une posture de spectateurs sans aucune proposition sérieuse pour adresser des problèmes qui concernent le département qu’ils dirigent voire faire des plaidoiries pour forcer les autorités centrales à agir.
De l’hôpital Fort Saint-Michel à la Fossette en passant par des communes surpeuplées comme Limonade, les centres hospitaliers sont gérés avec un réflexe électoral. Le traitement du personnel médical dépend de son positionnement. Les dirigeants sont déjà en campagne. Il y a donc lieu de s’asseoir et à réfléchir sérieusement en vue de remettre la santé de la population au centre du débat.
Un leadership sanitaire pour les réseaux
Pistonnés par des anciens conseillers présidentiels, certains directeurs départementaux ne font rien ni pour prévenir ni pour guérir. C’est parce qu’à l’ère des réseaux sociaux, les dirigeants s’improvisent des bilans. La santé, pour eux, se noie dans des publications farfelues sur Facebook plutôt que d’assumer les lourdes responsabilités dans les hôpitaux là où la souffrance de la population est palpable.
« Révolution sanitaire », pour décrire une clinique mobile ; « Leadership sanitaire exceptionnel », pour une cérémonie de graduation; « un tournant pour la santé dans le Nord », pour parler d’un atelier. Autant de tournures pompeuses, grandiloquentes publiées sur les pages Facebook des dirigeants sanitaires dans le Nord pour éviter d’aborder le concret.
La situation des femmes enceintes, les conditions de travail des professionnels de santé, les campagnes de sensibilisation à mener, l’éducation sanitaire des adolescents à l’école, le plateau technique des centres hospitaliers publics, le nombre de lits à augmenter dans un contexte de fermeture des grands hôpitaux à l’échelle nationale, le partenariat public-privé à instaurer dans le secteur de la santé dans le Nord, rien de tout cela n’est à l’ordre du jour.
Pourquoi réfléchir sur ces problèmes complexes quand quelques photos de patients prises dans une clinique mobile peuvent servir de bilan ?
Face à l’exode interne, les directions départementales ont un vrai rôle à jouer dans tous les secteurs. Dans un contexte de menaces de nouvelles épidémies, de résurgence et d’aggravation de certaines maladies, le Cap-Haïtien, porte d’entrée du pays, mérite une attention particulière.
Libéré des conseillers présidentiel qui réclamaient des départements sanitaires aux ministres de la Santé publique et de la population, le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé peut choisir de faire une évaluation minutieuse de la performance des directeurs départementaux ou choisir de jouer la montre avec des casquettes de pompier en attendant la prochaine catastrophe.
























