9 H 42, Le président Guy Losbar ouvre le Congrès des élus sur l’eau. Moment très attendu. A sa droite, le préfet de région Thierry Devimeux, puis les vice-président(e)s, Jean-Philippe Courtois, Maryse Etzol, à sa gauche, Jean-Claude Nelson, vice-président en charge de la Culture, représentant le président de Région, Ary Chalus, retenu à Paris, Jean Bardail, vice-président de Région, Henri Angélique, vice-président du Département.
Dans le pourtour de l’hémicycle et au centre de celui-ci, conseillers départementaux et régionaux, maire ou adjoints, grands élus de la nation. En arrière, des représentants du monde économique et des associations d’usagers de l’eau.
L’appel fait, Guy Losbar va prononcer le discours d’ouverture. Mais, auparavant, il demande une minute de silence pour Jean-Claude Maès, maire de Capesterre de Marie-Galante, conseiller départemental, récemment décédé.

Guy Losbar décrit des Guadeloupéens sans eau… Un monde économique privé d’eau. « Leurs visages, je les porte en moi… »
« IL FAUT COMPRENDRE COMMENT NOUS EN SOMMES ARRIVÉS LÀ… »
Guy Losbar parle du contrat d’affermage de 1968, premier contrat entre la ville de Pointe-à-Pitre et une succession d’opérateurs… au fil des décennies. « Depuis cette date, le temps a passé… et « pendant toutes ces années, les responsabilités se sont croisées, Etat, collectivités, exploitants, élus qui, de génération en génération, ont eu à connaître ce dossier. Ce Congrès n’est pas un tribunal… La colère, aussi juste soit-elle, ne répare pas une canalisation. Il faut regarder devant, ensemble, pour construire : 70% de l’eau ne vient pas dans nos robinets. »
« Nou pé pa kontinyé konsa ! Vous attendez non pas des mots mais des actes ! C’est pourquoi j’ai pris la responsabilité de ce Congrès. Il faut sortir, ce soir, avec des décisions précises. »
«150 millions du Département », redit Guy Losbar. Chaque euro, promet-il, doit être pour réparer, changer, des canalisations.
« Il faut arriver à la fin des tours d’eau », exorte-t-il.
« Il faut soulager les familles qui souffrent. Pour cela, avec les autres collectivités, la Région, les communes, je fais la proposition de faire l’acquisition de citernes : pour toutes les écoles, pour les entreprises artisanales, pour les quartiers les moins favorisés. »
« Nous devrons travailler à restaurer le lien rompu entre les opérateurs de l’eau et les usagers. »
UN PRIX IDENTIQUE SUR TOUT LE TERRITOIRE
C’est une proposition de Guy Losbar, que, quel que soit le quartier de l’archipel, l’eau en quantité et de qualité soit à un prix unique (ce qui n’est pas le cas actuellement).
Autre exigence : modifier le fonctionnement du SMGEAG pour qu’il soit plus efficace.
Et encore, le problème des réseaux pour les services de secours, souvent obsolutes, pas alimentés en eau. Et aussi les stations d’épuration… Le chaniter est colossal.
Il demande le secours de l’Etat et des mesures exceptionnelles de financement pour répondre à cette crise. Il propose aussi que les élus viennent, régulièrement, rendre compte de l’avancée des travaux, avec les instances de contrôle mises en pace aux côtés du SMGEAG.
LA PAROLE A LA RÉGION
Jean-Claude Nelson intervient à son tour. Le vice-président substitue Ary Chalus, absent.
Il rappelle le rôle du nouveau président du SMGEAG, Henri Yacou : « Empêcher que le problème de l’eau ne mette le feu à la Guadeloupe. Sortir les usagers de l’enfer de l’eau. »
La Région entend sortir de cette crise dans un calendrier qui engage tous les élus.

« Le SMGEAG traverse une crise structurelle majeure. Nous ne voulions pas ce syndicat unique. On nous l’a imposé. Nous ne sommes pas étonnés du rapport de la Chambre régionale des comptes. Ainsi, l’accompagnement du SMGEAG doit être collectif. Nous prendrons notre place. Nous avons investi 226 millions d’euros en fonds propres et au travers des fonds européens… », rappelle M. Nelson.
Plusieurs propositions : redistribuer des agents vers les collectivités, pour alléger les charges en salaires du SMGEAG. « Il s’agit de calibrer les effectifs au regard de la capacité financière de l’établissement. »
Deuxième proposition : alléger les procédures pour les marchés publics.
Troisième proposition : défiscaliser les infrastructures d’adduction d’eau.
Quatrième proposition : former les jeunes aux métiers de l’eau.
Cinquième proposition : demander le contrôle par le Parlement des effets de la loi qui a créé le SMGEAG.
« Soit nous continuons à gérer la pénurie, soit nous décidons ensemble l’action, la responsbilité, l’espérance. »
Jean-Claude Nelson demande un sursaut, une volonté, une synergie pour soulager « cette Guadeloupe qui souffre. »
LE PRÉFET EST AU MICRO…
Thierry Devimeux salue
Il souligne que l’Etat est aux côté des élus dans ce dossier de l’eau.
« Nous avons financé… mais le déficit du syndicat ne fait que s’accroître d’année en année. »
« Nous savons comment sortir de cette crise. »
La menace est implicite : « si les collectivités agissent toutes ensemble, l’Etat sera là. Si rien n’est fait, l’Etat se retirera. Le choix est simple : soit nous assumons collectivement les responsabilités, soit nous refusons l’effort collectif et nous prenons le risque de voir s’effondrer le service de l’eau. »
Il dit n’avoir aucun doute sur la décision qui sera prise par les élus. Thierry Devimeux est applaudi.
La parole est ensuite donnée aux représentants des EPCI.
« SERONS-NOUS À LA HAUTEUR DE CE RENDEZ-VOUS ? »
Cap Excellence est représenté par Fabert Michely, vice-président. Il donne la méthode de travail, demandant de faire un audit des zones qui ont le plus besoin d’interventions, de décider d’un calendrier d’urgence, de trouver les financements…
Il rappelle que le déficit du SMGEAG avoisine les 100 millions d’euros, tout cela pour que rien n’avance au fil des mois et des années.
« Nous devons construire un modèle économique durable et partagé », demande-t-il.
Il souscrit à la proposition de Victorin Lurel d’une Opération d’Intérêt National.
La CARL n’est pas représentée.
Adrien Baron, président de la CANBT, intervient à son tour. « J’ai une pensée affectueuse pour Ary Chalus… »

Son inquiétude : « serons-nous à la hauteur de ce rendez-vous ? »
Il demande aux élus du sérieux, abandonner les habitudes du coup de couteau dans le dos. Et de se rappeler le mot préféré du président Jacques Gillot (ancien président du Département) : « consensus ».
Il souhaite… « Bon courage à mon ami Henri Yacou. Un homme courageux qui ne recule jamais devant l’adversité… »
Thierry Abelli, président de la CANBT. « Nous sommes prêts à prendre 37 agents du SMGEAG et à faire l’effort de financer des travaux sur notre zone… » Mais il rappelle aussi que l’EPCI a toujours 11 millions de déficit. Et que la contribution sera à la hauteur des possibilités de la CANBT.
Jean Bardail s’exprime au nom de la CANGT.
Son discours est hardi, volontaire. Il faut restaurer la confiance, suivre les recommandations de la CRC, mettre en œuvre le plan de départ volontaire.
Le message est clair : les élus doivent s’unir, sans arrière-pensées, pour faire avancer ce dossier de l’eau. La gouvernance à 4 — Etat, Région, Département, SMGEAG — doit donner de la place aux EPCI pour participer aux décisions. « C’est l’esprit de la loi qui a créé le SMGEAG », rappelle-t-il.
« Il faut gouverner ensemble ce service public essentiel de l’eau. »
Maryse Etzol représente la Communauté de Communes de Marie-Galante.
MARYSE ETZOL : « NOS MOYENS RESTENT LIMITÉS »
« Je suis très fière de ce que nous avons accompli à Marie-Galante. Mais, je reste insatisfaite et exigente. Marie-Galante est montrée en exemple. Nous, à Marie-Galante, distribuons de l’eau en permanence, conforme aux normes. Cela peut sembler remarquable, mais, notre situation apparaît sous un jour plus nuancé par rapport à d’autres régions. Nous perdons de l’eau. Nos réseaux sont vieux, il y a des fuites. Depuis 2 ans, le rendement a baissé. Ce n’est pas acceptable. Nous veillerons à ce que les efforts de renouvellement et de sécurisation des réseaux soient une réalité. »
Un programme a été mis en place. 80% de celui-ci a été mis en œuvre et achevé. Mais…
« Nos moyens propres restent limités. Les recettes perçues auprès de nos abonnés couvrent les coûts de fonctionnement mais ne permettent pas de financer les investissements. »
Maryse Etzol remercie l’Etat, l’Office de l’eau, l’Office français de la biodiversité qui ont financé l’assainissement sur Marie-Galante.
Jocelyn Sapotille, président de l’Association des Maires de Guadeloupe, est au pupitre.
Un litre d’eau sur deux n’arrive pas au robinet, deux cents ans au rythme actuel pour solutionner le problème.
« Derrière la crise de l’eau, il y a la crise de la responsabilité », rappelle-t-il. « Un Congrès des élus n’a d’intérêt que s’il tranche le nœud gordien. »
« Gérer de l’eau est affaire de professionnels. Cessons de nous substituer à ces professionnels. A nous la stratégie, la vision, le contrôle, le suivi. Notre rôle c’est la péréquation. C’est là où les élus ont failli. Certains ont cru, en prenant la place des professionnels, qu’ils feraient mieux. Les opérateurs n’ont pas fait le travail mais les élus non plus, qui n’ont rien fait, n’ont rien contrôlé. »
Il lance : « L’argent que nous avons mis a été mal dépensé. Plutôt que d’investir on a financé le fonctionnement. »
La régie ? « Une régie qui ne fonctionne pas est une coquille vide ! »
Propositions : un calendrier pour la régie, « avec une femme ou un homme qui connaît les métiers de l’eau. »
« L’eau doit pouvoir payer l’eau. Même si l’eau ne pourra pas payer tous les investissements. L’eau est trop chère sur le territoire, 18% de plus que la moyenne nationale. Pour une eau de mauvaise qualité, qui n’arrive pas toujours dans les robinets. Trois tranches : l’eau essentielle, à un prix social. L’eau utile, à prix coûtant du service, pour le confort, remplir les piscines… Enfin, l’eau pour les activités économiques. »
Il appelle à ce que ceux qui ont la main sur le robinet cessent de couper l’eau par méchanceté… « C’est le cas dans ma commune. »
HENRI YACOU LAISSE PARLER SES ADMINISTRATIFS
Henri Yacou, président du SMGEAG, affirme avoir choisi de répondre, ce matin, à tout ce qu’il a entendu.
« Ce n’est pas le Congrès du syndicat. La seule autorité c’est le SMGEAG, avec la contribution des collectivités et de l’Etat. »
Dominique Laban, directeur par intérim, et Maurice Renaison, agent comptable, sont amenés à prendre la parole pour dire les choses à la place du président. 519 agents, de droit privé, fonctionnaires, etc. transférés en 2021. « Trois ans pour mettre en œuvre des actions urgentes. Ceci à un rythme accéléré pour éviter les ruptures. »
Depuis 2023, la direction générale s’est enrichie de directions… Le SMGEAG, sur la base de cette trame, fait fonctionner 34 stations de pompage, 18 stations d’épuration.
Dominique Laban explique que « le SMGEAG est en train de réaliser une transformation significative. » 312 millions d’euros pour faire les travaux de rénovation des réseaux… mettre en place des forages pour diversifier les ressources, etc. Et aussi rattraper le déficit d’investissements dont a souffert le SMGEAG. « Ceci dans un climat social apaisé », précise-t-il.
Le pilotage du SMGEAG a conduit à des amélioations : moins d’heures supplémentaires, moins de véhicules de services … « Nous ne sommes pas dans la contemplation finncière mais dans la transformation. »
Il demande que les financements ne soient plus au coup par coup, mais envisagés sous la forme de dotations pluriannuelles.
Maurice Renaison, agent comptable du SMGEAG. « C’est une maison très sinistrée. Une maison qui, du 1er janvier au 31 décembre est en déficit. 40 millions chaque année. » Moins 70 millions en 2025. En 2024, c’était moins 4 millions. « En juillet 2026, nous pouvons dire que ce sera cette année moins 110 millions. »
Créances : 146 millions d’euros. Dettes : près de 89 millions jusqu’à présent, 105 millions en 2026…
Que faire ? Pour M. Renaison, c’est « un combat patriotique. »
Retour d’Henri Yacou.
Il rappelle le devoir de réussir qui s’impose à lui. Pas à pas, progresser, chaque jour. « Je ne serai pas ingénieur eau et assainissement », prévient-il.
Mais, vis à vis de sa famille, de ses voisins, des Guadeloupéens, il a une responsabilité qu’il entend assumer avec son conseil syndical, les administratifs, les techniciens.
« J’écoute ce que me disent les administrés, j’écoute les élus. J’écoute tous ceux qui tapent sur l’entreprise. Mais, je voudrais qu’on respecte les agents du SMGEAG. J’entends tout le monde. Le patron c’est moi et je ne veux pas qu’on tire sur les élus. Le responsable c’est moi. Comptez sur moi, Monsieur le préfet, pour que les choses fonctionnent. »
Henri Yacou dépasse son temps de parole. Il veut un contrat pluriannuel de gestion. Il veut s’inspirer de ce qui marche ailleurs. Il veut un contrat financier de juillet à décembre 2926. Il veut un budget annexe. Il veut un fond de solidarité eau. Il veut qu’on relance un plan d’eau pour utiliser l’eau agricole pour les actions du SDIS. Il veut, il veut… Il veut un référent eau dans chaque commune. Bonne idée !
C’est au tour des socioprofessionnels de s’exprimer : d’abord Bruno Blandin, de l’UDE-MEDEF, qui veut « sauver le tissu économique, l’emploi dans l’archipel. » Il demande, entre autres choses, « une compensation pour le tissu économique et les Guadeloupéens. »
Il ne se satisfera pas de promesses mais veut « des actes ».
« Le SMGEAG doit 80 millions d’euros aux entreprises de Guadeloupe. Les entreprises ne doivent pas être le banquier du SMGEAG. »
Il demande aussi que les entreprises locales soient privilégiées sur les chantiers de l’eau.
Patrick Vial-Collet, président de la CCI-IG. « Nous venons demander à l’Etat de nous aider. C’est une urgence nationale. »
A Guy Losbar : « Vous donnez de l’espoir aux Guadeloupéens. Il faut sortir de cette crise. »
« Qu’est-ce que ça coûte aux entreprises ? Deux fléaux : les sargasses et l’eau. L’eau, ça coûte 50 millions d’euros aux consommateurs et aux entreprises. Perdus ! »
Les interventions se succèdent… La Chambre de métiers, 25 000 artisans.
























