A l’OEA, Haïti réclame le renouvellement du mandat de la Force de répression des gangs

À l’occasion de la 56e Session ordinaire de l’Assemblée générale de l’Organisation des États américains (OEA), tenue à Panama City du 22 au 24 juin, Haïti a fait entendre sa voix.

La ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Raina Forbin, a demandé aux États membres de renouveler le mandat de la Force de répression des gangs (FRG). Pour la chancelière, ce n’est pas une option diplomatique parmi d’autres, mais une nécessité opérationnelle.

Le thème retenu pour l’Assemblée cette année: Un multilatéralisme ferme pour la défense de la démocratie, de la sécurité hémisphérique et de la stabilité des États. Dans son discours, la cheffe de la diplomatie haïtienne a salué le déploiement progressif de la FRG tout en appelant explicitement à « une accélération de son déploiement opérationnel ainsi qu’au renouvellement de son mandat, afin de consolider les avancées enregistrées et de renforcer durablement la sécurité ». Un appel repris et amplifié dans le discours de remerciements prononcé à la suite de l’adoption de la résolution de l’OEA intitulée Appui aux efforts de stabilisation menés par Haïti et renforcement de la coordination de l’assistance hémisphérique.

Ce texte, adopté avec le soutien des États-Unis, du Canada, du Costa Rica, du Brésil, de la Colombie, du Mexique, de l’Uruguay et de l’ensemble des États membres de la CARICOM, reconnaît expressément les efforts du gouvernement haïtien pour renforcer ses institutions de sécurité. Il appuie le renouvellement du mandat de la FRG et son déploiement effectif, dans le respect du droit international, des droits humains et des principes de transparence et de reddition de comptes.

Pour Port-au-Prince, cette résolution marque une étape symboliquement et politiquement significative. « Pour mon pays, cette résolution est bien plus qu’un texte diplomatique. Elle traduit la volonté collective de notre hémisphère d’accompagner Haïti dans ses efforts de stabilisation et réaffirme un principe fondamental : les solutions aux défis haïtiens doivent être conduites par les Haïtiens, avec un accompagnement international soutenu, mieux coordonné, plus efficace et orienté vers des résultats concrets », a déclaré Raina Forbin après l’adoption de la résolution.

Des avancées sécuritaires à consolider

L’appel au renouvellement du mandat de la FRG s’appuie sur un bilan sécuritaire que la délégation haïtienne a présenté comme encourageant, sans minimiser la gravité de la situation. Sous le gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, plus de 2 000 policiers ont été formés cette année dans le cadre du programme P4000, et le recrutement de 1 500 nouveaux soldats des Forces armées d’Haïti (FAd’H) est en cours.

Sur le terrain, le centre administratif de Port-au-Prince a été réinvesti en partie par les autorités de l’État. Des réunions du Conseil des ministres et des rencontres avec le corps diplomatique s’y tiennent désormais, signe d’une reconquête progressive des espaces institutionnels. La Commission nationale de désarmement, de démantèlement et de réinsertion (CNDDR) a par ailleurs été redynamisée afin d’articuler les efforts sécuritaires avec des mécanismes de réinsertion des jeunes et de prévention de la reconstitution des groupes armés, rappelle la ministre. 

« Mais la sécurité ne peut être dissociée du développement. Nous devons accompagner les efforts de stabilisation par un changement de paradigme, passer de l’aide à l’investissement. Investir dans l’éducation, l’entrepreneuriat, l’emploi et les infrastructures, offrir des perspectives réelles aux jeunes, aux femmes et aux filles est l’un des moyens les plus efficaces de lutter durablement contre la violence, la migration forcée et l’exclusion », a précisé la chancelière.

En convoquant l’héritage du Congrès amphictyonique de Panama de 1826 et la contribution d’Haïti aux luttes d’émancipation du continent, la ministre Raina Forbin inscrit la demande haïtienne dans une longue histoire de solidarité hémisphérique. « Hier, Haïti a tendu la main à ceux qui luttaient pour leur liberté. Aujourd’hui, Haïti sollicite la solidarité de ses frères et sœurs des Amériques », a-t-elle déclaré en conclusion de son discours.

L’engagement de l’UE et de l’OEA

En marge de l’Assemblée générale, Haïti a également enregistré un engagement opérationnel supplémentaire. Lors d’un événement conjoint organisé par l’Union européenne et l’OEA autour du thème Des sociétés plus sûres : la coopération UE–OEA pour lutter contre le trafic d’armes à feu, le lancement officiel de l’initiative UE–OEA pour Haïti a été annoncé. « Ce projet vise à renforcer les capacités opérationnelles de la Police nationale d’Haïti (PNH) à travers la mise en place de cinq Bases opérationnelles avancées (Forward Operating Bases – FOB) à Port-au-Prince, dans le cadre de la lutte contre les gangs armés et la violence organisée », un communiqué du MAEC.

Le secrétaire général de l’OEA, Albert Ramdin, présent à cet événement, a réaffirmé l’engagement de l’Organisation à accompagner Haïti tout en insistant sur l’urgence de la « pleine opérationnalisation de la Force de Répression des Gangs ». Delphine Pronk, directrice générale adjointe pour les Amériques au Service européen pour l’action extérieure (SEAE), a quant à elle souligné la volonté de l’UE de contribuer « concrètement à la création d’un environnement opérationnel sûr » à « ce moment décisif pour Haïti. »

« La sécurité durable ne peut être assurée uniquement par la force. Elle doit s’accompagner d’investissements, de la création d’emplois et d’opportunités, de l’inclusion sociale ainsi que de programmes de réinsertion destinés à offrir aux jeunes des alternatives crédibles à la violence », a insisté la titulaire du MAEC.

Source : Le Nouvelliste

Lien : https://lenouvelliste.com/article/269075/a-loea-haiti-reclame-le-renouvellement-du-mandat-de-la-force-de-repression-des-gangs

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