Littérature. Dany Laferrière : « Il faut toujours écrire un livre pour soi »

Face aux étudiants de l’UEH, l’écrivain Dany Laferrière a détaillé, exemples à l’appui, lundi 13 juillet, sa méthode de construction littéraire de l’enfance.

Arrivé en Haïti, le samedi 11 juillet, pour une tournée de deux semaines à l’invitation du rectorat de l’Université d’État d’Haïti (UEH), Dany Laferrière a entamé, ce lundi 13 juillet, la première activité officielle de son séjour : une rencontre avec des étudiants au rectorat de l’UEH, à Port-au-Prince, en présence du recteur Dieuseul Prédélus.

Après un mot d’accueil liminaire, l’écrivain a animé une causerie consacrée à l’enfance, en dialogue avec Darline Alexis, présidente du comité de coordination la visite et Francesca Mintor, cette dernière étudiante en master de Lettres Modernes à l’École normale supérieure. D’entrée de jeu, il a précisé l’angle de son propos : « Je ne vais pas vous raconter mon enfance, je vais vous raconter comment j’écris sur l’enfance. » 

ActualitésHaïti

Revenant sur la genèse de son œuvres L’Odeur du café (1991) à Je suis fou de Vava (2006), récompensé par le Prix du Gouverneur général du Canada, Dany Laferrière a insisté sur la nécessité, pour tout écrivain, de résister à la tentation de l’artifice dans ses premiers textes. « Nous tombons parfois dans l’artificialité : nous prenons un sujet que nos réflexions, nos études nous permettent d’aborder, et qui nous donne la possibilité de montrer aux lecteurs combien nous sommes intéressants », a-t-il expliqué, avant d’ajouter le principe qui, selon lui, doit primer sur tout : « On doit toujours écrire un livre pour soi. »

L’auteur a ensuite disséqué la construction de la première phrase de son récit sur l’enfance, où il se met en scène en un petit garçon, aux côtés de sa grand-mère, Da. Il a insisté sur la distance nécessaire entre l’écrivain et l’enfant qu’il fut : « Il y a une distance phénoménale entre moi qui écris et moi que je regarde. » Cette technique, a-t-il précisé, trouve une filiation directe chez Victor Hugo, qui ouvrait ainsi un poème : « Ce siècle avait deux ans. »

Interrogé sur sa méthode d’écriture, Dany Laferrière a plaidé pour la sobriété et le sens du détail plutôt que pour la métaphore. Citant un souvenir d’enfance lié à la pluie, il a illustré ce principe : « Je savais que jamais la pluie n’avait dépassé la 36ᵉ rangée de briques. Quand vous mettez un détail comme ça, le lecteur ne peut pas le savoir. » Il en a tiré une leçon plus large adressée aux étudiants : « N’essayez pas de faire poétique. La vie est plus poétique que vous. »

L’écrivain a également évoqué le rapport particulier des Haïtiens à la pluie, qu’il a illustré par un souvenir personnel datant de 2007, celui d’une évasion de prison interrompue par une pluie torrentielle. « Les Haïtiens n’ont pas peur des balles, on le sait. Ils n’ont pas peur des canons. Ils ont peur de la pluie », a-t-il résumé. 

ActualitésHaïti

Puisant enfin dans la culture populaire haïtienne, Dany Laferrière a présenté les chants de travail paysans comme une source de style à part entière, citant en exemple les gestes du repiquage du riz dans l’Artibonite. Il a tenu à illustrer son propos avec une chanson populaire : « Jete bliye / ranmase sonje. […] Personne n’a écrit de vers plus rapides que ça. » Il a clos son intervention par un appel à puiser dans l’imaginaire haïtien plutôt que dans les mythologies importées, évoquant la figure du dieu paysan Zaka comme alternative aux panthéons grecs ou nordiques prisés par la culture populaire contemporaine.

La causerie a donné lieu à un échange riche entre les étudiants et l’immortel de l’académie Française. C’était aussi l’occasion pour l’auteur de Je suis fatigué de poser avec ces jeunes issus de différentes entités de l’UEH qui, pour la plupart, ont partagé avec lui leur compréhension de son œuvre. Ils en ont aussi profité pour le questionner sur son processus d’écriture, entre autres.

On notera aussi qu’après sa visite à Port-au-Prince où il rencontrera des universitaires, des artistes, des écrivains et des lecteurs, la tournée se poursuivra à Petit-Goâve, la ville où il a vécu son enfance, au Cap-Haïtien, Vertières, au campus Henry Christophe de Limonade. Le rectorat profitera de cette occasion pour rendre un hommage bien mérité à Dany Laferrière, « digne fils d’Haïti ».

Facebook
Twitter
LinkedIn
WhatsApp
Email

Actualité

Politique

Economie

CULTURE

LES BONS PLANS​