Guadeloupe. Plénière régionale : les élus doutent des capacités du SMGEAG à se redresser

Ary Chalus a ouvert les travaux de la plénière régionale à Basse-Terre par des remises de coupes et bouquets à l’équipe de Guadeloupe de Taekwando championne du monde et à Miss Guadeloupe 2026-2027, Julia Désirée. Et puis, on a parlé d’eau… et là c’était la soupe à la grimace.

Au menu de cette plénière, outre le vote de quelques délibérations, l’eau, avec une aide de 4 millions d’euros au SMGEAG. Quatre illions cette année, avec une possible reconduite de la même sommes — ou plus — pendant quatre années supplémentaires.

Ary Chalus :

Plus tard, c‘est Sylvie Gustave dit Duflo qui donnera les chiffres de la situation réelle du SMGEAG. Impressionnant ! On n’a pas voulu vous laisser languir :

Dettes fournisseurs : 130 millions d’euros, sans compter la dette envers l’Office de l’Eau, 28 millions d’euros ni les dettes sociales. Et des dettes structurelles à hauteur de 35 millions d’euros chaque année, portées à 45 millions cette année.

Créances (factures impayées) : 136 millions d’euros, dont 80% par les usagers, 20% par les entreprises.

Commentaire de l’élue : « L’impact n’est pas négligeable pour les collectivités qui doivent soutenir en permanence le SMGEAG au détriment de leurs investissements, mais il est tout autant important pour les entreprises du BTP qui hésitent à avancer des fonds pour les travaux alors qu’elles ne savent pas si elles seront payées de leurs prestations. »

Elle ajoute aussi : « Un Guadeloupéen sur deux ne paie pas ses factures… »

« Il faut s’attendre à une casse de la société guadeloupéenne… », lance Camille Pelage très clivant.

On parle de l’obligation d’un « recouvrement énergique des factures. » Nous ne dirons pas qui…

« Si l’Etat ne prend pas ses responsabilités, on va à la catastrophe », commentera Ary Chalus.

« Nous avons une grosse épée de Damoclès au-dessus de notre tête avec le SMGEAG. Les EPCI doivent au SMGEAG et cette dette va avoir des incidences sur les investissements. Nous devons être solidaires. »
Ary Chalus

VERBATIM (le discours aux élus)

« En tant qu’institution motrice, nous faisons le choix clair de passer immédiatement de la parole aux actes, en adoptant les quatre résolutions issues du Congrès. C’est tout le sens de notre responsabilité : transformer les orientations du Congrès en décisions budgétaires et politiques financières concrètes. »

« La troisième résolution (du Congrès des élus, NDLR) interpelle directement l’État : Elle demande la mise en place d’une Opération d’intérêt national afin de mobiliser des financements exceptionnels, de traiter durablement la dette historique du secteur de l’eau et de créer les conditions juridiques et financières permettant d’accélérer les investissements indispensables. »

« La quatrième résolution rappelle que cette crise est avant tout une crise humaine. Elle prévoit des mesures concrètes de solidarité envers les usagers les plus fragiles, avec une tarification sociale, un « Chèque Eau », des cartes prépayées pour les ménages en difficulté, mais également un ambitieux plan de développement des compétences afin de former les femmes et les hommes qui assureront demain le service public de l’eau. »

« J’appelle l’État à répondre à la hauteur de la mobilisation des élus guadeloupéens. La crise de l’eau en Guadeloupe ne peut plus être appréhendée comme une difficulté locale. Elle constitue un enjeu national d’égalité, de santé publique, de développement économique et de dignité humaine. Nous attendons donc des engagements financiers, techniques et réglementaires à la hauteur des besoins identifiés. »

« La situation du secteur du bâtiment et des travaux publics nous oblige car derrière les difficultés rencontrées par les entreprises se trouvent des milliers d’emplois, des familles, des savoir-faire et des investissements indispensables au développement de notre territoire. C’est pourquoi la CTAP a décidé la mise en place immédiate d’une cellule opérationnelle réunissant la Région, le Département, l’État, la CGSS, les représentants des communes, des entreprises et les parlementaires qui souhaitent s’y associer. »

Les deux présidents du CESER et du CCEE, Christophe Wachter et Félix Lurel, donnent un avis favorable aux documents transmis par la Région : les quatre résolutions du Congrès des élus sur l’eau et l’assainissement. L’Opération d’intérêt national est là encore mise en avant, attendue…

M. Wachter rappelle les investissements de la Région sur le dossier coûteux de l’eau : 20 millions sur six mois pour lutter contre les déperditions d’eau ; une avance de 720 000 euros versée en 2026 pour les réparations de fuites ; l’installation de 300 sites de télésurveillance ; une subvention de 2,4 millions versée en décembre 2025 pour l’installation de vannes de régulation de pression.

Pour ce qui est des 4 millions d’euros supplémentaires votés en plénière pour l’apurement de la dette du SMGEAG, le CESER demande qu’une convention soit rédigée, qui précise l’utilisation des fonds régionaux. D’autant que cet engagement de la Région serait reconduit chaque année pendant quatre fois.

Félix Lurel, président du CCEE, vient à son tour commenter la situation du SMGEAG, confortant les avis rendus par son collègue du CESER, M. Wachter.

Il rappelle que la Région et le Département qui se sont portés garants, pourraient être amenés, compte tenu des finances du SMGEAG, rembourser le prêt de 25 millions suscrit par le syndicat de l’eau sous la présidence de Jean-Louis Francisque, il y a trois ans. « Ceci aurait pour conséquence de fragiliser durablement les équilibres financiers des deux collectivités et établissements publics de coopération intercommunale. »

M.Lurel met sur la table une problématique peu évoquée jusqu’à présent : pour pallier les manques d’eau, on distribue sur le territoire des millions de bouteilles d’eau en plastique. « Il serait nécessaire de prévoir des solutions d’accompagnement axées sur la récupération, la collecte et le recyclage. » Sera-t-il entendu avant une nouvelle catastrophe écologique ?

Urgence, détresse… des mots souvent entendus dans ce dossier : urgence d’agir, détresse des usagers…

Gersiane Bondot-Galas substitue Jean-Marie Hubert, premier vice-président de la Région, pour donner les conclusions favorables de la Commission de synthèse, toujours sur les quatre résolutions du Congrès des élus.

Sylvie Gustave dit Duflo, vice-présidente de la Région, reprend les quatre résolutions avant le vote.

Elle rappelle que le déficit du SMGEAG, estimé à 30 millions d’euros, devrait être, cette année, de 60 millions d’euros…

« Ce qu’aucune collectivité ne serait capable de compenser… »

Sur ce qui concerne un prix unique de l’eau pour tous, Mme Gustave dit Duflo fait remarquer que ça pourrait impacter les finances de nombreux Guadeloupéens.

Pour ce qui est de l’ONI, wait and see… en attendant que l’Etat se réveille.

Enfin, la formation des jeunes aux métiers de l’eau… il semble que la Région ait pris les devants… Il est vrai qu’elle est plutôt pointue sur ce qui regarde les formations financées par ses soins…

On attendait l’opposition. Victorin Lurel, de Péyi Gwadloup, intervient. L’engagement des 4 millions d’euros le titille. Calculé sur 30 millions d’euros.

Il annonce 67 millions d’euros de déficit du SMGEAG, qui lui auraient été confirmés par le président de ce syndicat, Henri Yacou.

M. Lurel revient sur l’arrêté du préfet sur les dernières liquidations des anciennes régies d’eau. Ces liquidations ont une incidence financière sur les EPCI, d’autant que les critères choisis par le préfet sont ceux du nombre d’abonnements à défaut d’avoir d’autres critères.

Selon lui, ces arrêtés sont insuffisamment motivés… et ont été révélés au public, quoique signés avant, après le Congrès des élus.

« Et puis, on n’a pas solutionné le problème des 160 millions de dettes », lance le sénateur Lurel.  Il poursuit sur cette ligne avec l’assainissement, tout autant prégnant que celui de l’eau.

Il regrette « l’absence de transparence sur ce double dossier. »

Ary Chalus reprend la parole et fustige le préfet Thierry Devimeux (une habitude depuis quelques temps et sur tous les dossiers) qui, en signant les arrêtés de liquidation des régies, « a mis une nouvelle épée de Damoclès » sur la tête du SMGEAG.

Les quatre résolutions du Congrès des élus sur l’eau et l’assainissement sont votées à l’unanimité.

En fait, ce qui ressort de cette plénière, c’est une quasi panique des élus qui voient s’accumuler le déficit, les dettes du SMEAG au fil des mois… et l’impression de remplir le tonneau des Danaïdes sans qu’on voie la situation des usagers de l’eau s’améliorer.

Les observateurs s’accordent à penser que les fonds mis par l’Etat, la Région, le Département dans les caisses du SMGEAG ne changent pas grand-chose.

Traduit, devant la presse, par Ary Chalus : « On veut être sûr de ce que le SMGEAG fait des fonds. » Chat échaudé…

André-Jean Vidal

BTP

Ary Chalus a insisté dans son discours sur les entreprises du BTP en difficultés, demandant aux collectivités, mairies et autres, de payer leurs dettes aux entreprises.

Une cellule dédiée a été créée par l’Etat, la Région, le Département, pour identifier les créances et inciter les collectivités à régler leurs dettes.

Une Charte guadeloupéenne de la commande publique va être créée pour éviter de se retrouver avec les mêmes difficultés pour les clients des collectivités. 

Miss Guadeloupe et les champions du monde de Teakwondo honorés

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