Son expérience professionnelle en tant de pédiatre et cheffe de service au CAMSP (Centre d’Action Médico-Sociale Précoce) a fait du Dre Bernadette Atallah, présidente de l’association Bay Chans La, une observatrice privilégiée des difficultés que rencontrent certains enfants dès le début de leur scolarité et qui s’installent parfois de manière irréversible.

Pédiatre retraitée, la Dre Bernadette Atallah mène une nouvelle vie bien active au profit des enfants, son public de prédilection. Avec Bay Chans La, l’association qu’elle préside, des ateliers sont mis en place tout au long de l’année scolaire dans des écoles du sud Basse-Terre* pour prévenir le décrochage scolaire en contribuant à lutter contre l’illettrisme et les maux qu’ils peuvent entraîner.
Son expérience professionnelle en tant de pédiatre et cheffe de service du CAMSP (Centre d’Action Médico-Sociale Précoce) a fait d’elle une observatrice privilégiée des difficultés que rencontrent certains enfants dès le début de leur scolarité et qui s’installent parfois de manière irréversible. Rattaché à l’EPSM, le CAMSP a pour mission d’aider les enfants de 0 à 6 ans atteints de diverses déficiences (trisomie, autisme…). Au cours de ses années d’exercice, la Dre Atallah ne s’est pas contenté d’observer. Elle a monté la filière de suivi des enfants sortant de la réanimation.
« Tous les enfants sortis de réanimation et qui étaient soit des grands prématurés nés à 28 ou 30 semaines, voire moins, à 26 ou 27 semaines, ou qui présentaient de grosses souffrances, avaient un suivi jusqu’à 6 ans au CAMSP, explique Bernadette Atallah. Nous avions une grosse expérience des enfants qui nous étaient adressés en urgence par les enseignantes, présentant des problèmes qui n’étaient pas liés à la génétique, mais à leur environnement, aux parents qui n’avaient pas su poser des bases éducatives. Les enfants manifestaient des troubles de l’apprentissage, des troubles du comportement… Ils arrivaient au CAMSP un peu tard. À l’époque, il n’y avait pas encore de toute petite section : quand ils arrivaient à 5 ans, c’était un peu juste pour une prise en charge qui s’arrêtait à 6 ans. »
Un dépistage précoce de la très petite à la moyenne section
Aujourd’hui, avec son association, Bernadette Atallah fait œuvre utile en intervenant très en amont, aux côtés des équipes pédagogiques et des familles, pour permettre aux enfants souffrant de troubles de l’apprentissage, du comportement ou de handicaps sociaux, de mener une scolarité « normale ». Christine Valerius, éducatrice spécialisée au CAMSP, vice-présidente de l’association Bay Chans La, et Bernadette Atallah s’était promis, une fois retraitées, de mettre en place un projet fondé sur leur expertise, pour prendre ces enfants en charge beaucoup plus tôt. Promesse tenue. Mission brillamment accomplie. Chaque année, une centaine d’élèves en difficulté sont pris en charge par la bien nommée association Bay Chans La (littéralement, « Donne-lui une chance »).

« En septembre, les éducatrices de l’association repèrent, dès la toute petite section jusqu’à la moyenne section, les enfants qui présentent des troubles du comportement, des troubles de l’apprentissage, de l’attention, du langage…, ceux qui sont complètement agités ou inhibés, qui restent en retrait. Une fois repérés, en accord avec les enseignantes, nous rencontrons les parents pour leur proposer un projet individualisé de prise en charge des enfants avec des ateliers, une fois par semaine. »
Pleinement intégrés au projet, les parents participent aux ateliers parent/enfant. « Les profils sont assez différents avec des parents issus de l’immigration, des mamans en galère, des familles monoparentales… qui n’ont pas pu ou su poser les bases éducatives », commente Bernadette Atallah.
Après un mois et demi d’observation, la prise en charge des élèves s’étale sur toute l’année scolaire.
Une initiative inspirante

« Notre rôle n’est pas d’aider les maîtresses à enseigner, mais d’essayer de rattraper ce qui n’a pas été fait pendant les premières années de vie de l’enfant, insiste la présidente de Bay Chans La. Dans les groupes parentalité, nous abordons différents thèmes : Comment prévenir les troubles psychomoteurs, les troubles du langage, les troubles de l’attention… Nous abordons aussi l’utilisation des écrans. »
Engagée auprès des familles pour la réussite des enfants, l’association Bay Chans La a aussi mis en place des ateliers de vacances « pour les parents qui n’ont pas pu assister aux séances pendant la période scolaire. » Une session de rattrapage est organisée pendant trois semaines en juillet, dans les familles.
La prochaine rentrée scolaire marquera la 7e année d’action de l’association Bay Chans La dans des écoles du sud Basse-Terre* intégrées aux Quartiers Prioritaires de la Ville (QPV), avec le soutien de la Cité éducative.
Cette nouvelle rentrée ne sera pas tout à fait comme les autres pour l’association Bay Chans La : son action a été officiellement reconnue par l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme. D’ailleurs, à l’occasion des Journées nationales d’action contre l’illettrisme, l’association Bay Chans La, intégrée au programme officiel, animera une table-ronde pour mettre en évidence l’efficacité de la prise en charge précoce de l’illettrisme qu’elle a expérimentée avec succès.
« L’action menée par l’association aide aussi bien les parents, les enfants que les enseignants : les enfants que nous prenons en charge reviennent vers le groupe. Ils s’intègrent à la classe, même si certains resteront confrontés aux violences familiales et à d’autres difficultés. Mais, ces enfants auront rencontré dans leur vie des personnes bienveillantes : ce geste les aidera à comprendre que la vie n’est pas qu’une catastrophe. »
Une action citoyenne et solidaire qui rappelle combien les jeunes années sont déterminantes dans le parcours d’un enfant. Le souhait de Bernadette Atallah est de voir essaimer dans l’archipel l’initiative de Bay Chans avec d’autres associations.
Cécilia Larney

























