Guadeloupe. Des caméras pour sécuriser l’archipel

En février dernier, le préfet de région, Thierry Devimeux, avait lancé le plan d’installation de vidéoprotection dans les communes de l’archipel, en incitant les maires à constituer un dossier à lui transmettre. Aujourd’hui, avec le président de région, il a réuni ces maires pour faire le point des dossiers reçus, des dossiers retenus et des financements possibles.

« Les forces de police et de gendarmerie disposent de référents sécurité qui peuvent conseiller utilement les communes quant aux matériels de vidéoprotection dont ils ont besoin », a rappelé le commissaire général de police Philippe Miziniak.
« Bien sûr, sans conseiller de société, juste le matériel indispensable… », précisait le général Pierret.

Trop de monde dans la salle de réunion du conseil régional au Raizet, mais en une heure et quarante-cinq minutes, le point a été fait, les maires satisfaits et d’autres moins ont reçu des réponses cisconstanciées.

Le préfet de région Thierry Devimeux a redit ce qu’il avant dit en février : avec le montée de la délinquance — 20 morts par armes à feu depuis janvier — il y a une obligation de faire corps, Etat et collectivités.

« Globalement, la délinquance met une grosse pression sur la population et les services de prévention. »

Comment réagir ? « Les forces de l’ordre sont mobilisées et je tiens à saluer leur action parce qu’elles savent s’adapter au type de délinquance qui évolue. Les temps d’heures de mobilisation de ces forces de l’ordre ont augmenté de 7% depuis janvier. L’action sur le terrain, ce sont des personnels mais aussi de la technologie pour soutenir l’action des moyens humains avec efficacité. »

Le préfet Devimeux a rappelé qu’il y a déjà un drone pour la surveillance des côtés, arrivé il y a quelques semaines et qui va être mis en service rapidement.

Il a dit aussi, objet de la réunion, l’intérêt de mailler le territoire par de la vidéoprotection. C’est important parce que cela vient compléter le maillage humain des forces de sécurité intérieure, la police nationale dans les grandes villes, Pointe-à-Pitre/Les Abymes, Capesterre Belle-Eau, Basse-Terre, la gendarmerie nationale dans les autres communes.

« Nous avons avec les collectivités un souhait partagé, celui de faire un grand plan pour remettre ou mettre la Guadeloupe à niveau en trois ans. L’Etat jusqu’à présent mettait 150 à 200 000 euros par an pour la vidéoprotection, c’est insuffisant. Là, nous allons mettre un million. Le Département et la Région vont mettre 600 000 euros chacun et les communes le reste, environ 10%. Pour atteindre 3 millions. »

L’appel de février a permis le recueil et l’étude de 20 dossiers, 20 communes donc. « C’est là que nous avons compris qu’un million ça ne suffirait pas. Donc, nous passons à 1,5 million. Avec ce que donnent la Région et l’Etat, plus les communes. Bref, nous multiplions par 10 notre investissement dans la vidéoprotection. »

« En fait, avec 90% d’aides publiques, les communes auront un outil puissant pour aider à lutter contre la délinquance », soulignait le préfet qui annonçait : « De plus le président Guy Losbar a confirmé que les ports départementaux, qui sont lieux d’arrivée de personnes suspectes de commettre des délits en Guadeloupe, seront aussi équipés.

Ary Chalus a rappelé que c’est dans la commune dont il était alors maire, Baie-Mahault, qu’il avait développé le premier réseau de vidéoprotection avant, président de région, de consacrer plus d’un million à soutenir l’équipement des communes.

Henri Angélique, pour le Département et la Ville de Pointe-à-Pitre, expliquait que cette dernière est bien équipée… mais que c’est inutile d’avoir une commune bien équipée si celles qui sont autour ne le sont pas. Il s’agit d’un maillage à constituer.

« Le maillage du territoire, disait le préfet, est important pour que la délinquance ne se déplace pas. »

Thierry Devimeux :

Deux sénateurs ont, Solanges Nadille, dit que c’est une bonne chose que les Îles du Sud ne soient pas oubliées dans ce maillage, Victorin Lurel, qu’il n’y a pas de débat sur le sujet, que tout le monde est d’accord, mais que le financement par l’Etat ne doit pas impacter d’autres politiques en piochant dans des enveloppes nécessaires. Il propose que l’on fasse appel aux fonds européens pour la protection des frontières de l’UE…

Si l’on a appris qu’une caméra avec ses installations périphériques coûtait 30 000 euros, les maires ont demandé sur quels critères avaient été sélectionnées les 10 communes retenues pour un financement immédiat.

En fait, c’est l’intensité, la nature de la délinquance, la pertinence de l’implantation, la maturité technique du dossier, la capacité du dispositif à être exploité, l’équilibre territorial entre Grande-Terre et Basse-Terre qui ont joué.

« Mais, pas d’inquiétude, les communes pas retenues aujourd’hui seront retenues en fin d’année ou en 2027 », a rassuré le préfet.

10 communes ont été retenues : pour la Basse-Terre, Baie-Mahault, Basse-Terre, Baillif, Capesterre Belle-Eau et Saint-Claude (63 caméras), pour la Grande-Terre, Le Gosier, Morne-à-l’Eau, Petit-Canal, Port-Louis et Saint-François (111 caméras). 174 caméras seront installées en tout.

« Pour celles qui n’ont pas été retenues, ce n’est pas un rejet, mais un report », a dit le préfet devant les faces de Carême des maires dont les communes n’ont pas été retenues : Trois-Rivières, Petit-Bourg, Le Moule, Deshaies, Anse-Bertrand, La désirade, Gourbeyre, Saint-Louis, etc.

Certaines communes n’ont pas déposé de dossier. Le préfet les invite à le faire rapidement.

Adrien Baron, maire de Sainte-Rose, n’a pas déposé de dossier. Il a son propre projet. Il a un souci sur le méthode : « Il y a des caméras de confort, pour les quartiers huppés, et il y a les caméras indispensables. Chez moi je dirai pour des quartiers comme La Boucan, Bébel, à Pointe-à-Pitre, ce sera Mortenol. Il faut équiper les quartiers de la politique de la ville parce que c’est là qu’il y a de la délinquance, c’est là que ça se passe ! Je propose d’associer la politique de la ville parce que la solidarité doit fonctionner. »

Pour ce qui est de Sainte-Rose, Adrien Baron explique qu’il est déjà sur un projet financé à 50% par l’Etat, pour les zones « compliquées » : Bébel, La Boucan, le Bourg. « Je demande à mes collègues de bien penser à avoir un budget supplémentaire pour la maintenance. »

Claude Edmond, maire de Gourbeyre, demande que les collègues maires relisent attentivement les devis des sociétés qui proposent leurs services. Si les caméras coûtent 30 000 euros, il y a tout un tas de petits trucs autour qui sont mis par ces sociétés qui doublent le montant de la facture.

Le commissaire général Philippe Miziniak, pour la police nationale, et le général Christophe Perret, pour la gendarmerie ont signalé qu’ils ont dans leurs services des référents sécurité qui sont spécialités et sont de bons conseils, à la disposition des municipalités.

Un souci est évoqué : la sécurisation des habitats collectifs, des résidences dont chaque commune est dotée. Le préfet demande que les patrimoines des bailleurs soient sécurisés par ces mêmes bailleurs. Quitte à ce qu’ils bénéficient d’exonérations de taxes. Il y a du pour, du contre, l’idée de faire cadeau du montant de cette taxe aux bailleurs sociaux agaçant certains élus…

Ary Chalus :

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