Guadeloupe. Chantal Cusset-Gaydu : « Cette dernière rentrée a été une source de fierté »

Avec la détermination, la rigueur, le sens du devoir qui l’animent, Chantal Cusset-Gaydu, prof d’histoire, puis cheffe d’établissement et directrice du Creps-réseau Antilles-Guyane, s’apprête à entamer un nouveau chapitre, à partir du 1er septembre.

De la Cité scolaire, que vous avez porté sur les fonts baptismaux, à la direction du CREPS que vous quittez le 31 août, vous refermez la boucle ?

Chantal Cusset-Gaydu, directrice du CREPS : Pour mes quatre dernières années, j’ai été détachée de l’Education nationale pour diriger le CREPS. C’est comme une suite logique : en tant que cheffe d’établissement, j’ai créé la Cité scolaire et je termine ma carrière en dirigeant le CREPS, en parallèle avec la Cité scolaire. J’ai accompli ce que j’ai toujours voulu être : le symbole d’un double projet alliant l’éducation de la jeunesse et le sport. Je suis très contente d’avoir vécu tout cela.

Je suis restée « focus » jusqu’au bout. Même sur cette dernière ligne droite, je m’interdis de faire de l’à-peu-près. C’est profondément ancré en moi. C’est lié à mon éducation : un père militaire de carrière, une mère « pire » que mon père et Marie-Galantais tous les deux, ça marque !

Ce centre d’excellence qui accueille les jeunes passionnés de sport, de Guadeloupe et d’ailleurs, correspond à l’espace de formation que vous auriez aimé intégrer ?

Exactement. Ce que vit un adulte pendant l’enfance et l’adolescence marque beaucoup sa vie. Mon grand regret, alors que j’avais été repérée en tant que volleyeuse, est de n’avoir pas pu suivre une filière Sport-Etudes. Mes parents n’ont pas cru à cette double formation. Mais, à l’époque, c’était normal. J’ai été une volleyeuse, mais pas comme je l’aurais voulu.

Quand on m’a proposé, en 2010, d’ouvrir la Cité scolaire, alors qu’il fallait tout créer, il n’y avait pas de feuille de route, absolument rien, je me suis dit que c’était peut-être le moyen de prouver qu’on peut vraiment le faire.

J’ai eu la chance d’être accompagnée par une équipe éducative et pédagogique de militants. Ils m’ont fait confiance, ils m’ont suivie pour aboutir aux résultats que nous avons obtenus. Dans mon fonctionnement, je ne me fixe jamais d’objectifs que je ne pourrai pas atteindre. Je me donne les moyens d’atteindre les objectifs seule ou avec les autres.

Comment avez-vous vécu votre dernière rentrée ?

Cette rentrée, lundi 24 août, a été émouvante : j’ai réalisé qu’en 2010, j’accueillais la première génération de la Cité scolaire avec 5 classes, deux de 4e, deux de 3e et une de Seconde. Il n’y avait même pas 100 élèves. Et cette année, j’ai accompagné la rentrée 2026/2027 avec 188 élèves : l’établissement est sur orbite. Cela m’a beaucoup émue et rendue fière.

J’ai adoré mon travail d’enseignante, le contact avec les adolescents, du collège au lycée, et je suis restée profondément pédagogue. J’en revois plein qui sont parents, certains sont devenus enseignants.

En tant que prof d’histoire, j’étais passionnée par ce que je leur enseignais. C’est beau d’arriver en fin de carrière en étant toujours aussi heureux.

Les qualités développées dans la pratique du volley-ball, vous ont aidée dans votre parcours ?

Oui !J’étais passeuse ! C’est quelqu’un qui observe ! C’est le seul sport collectif où vous ne pouvez en aucun cas marquer seul. Si vous réceptionnez la balle et que vous la renvoyez directement, il y a faute et l’adversaire gagne 3 points. Vous devez construire avec votre équipe : c’est quelque chose qui m’a marquée. Je ne sais pas travailler seule : je travaille fondamentalement en équipe.

Le CREPS symbolise l’excellence sportive. L’archipel verra émerger de nouveaux champions ?

Oui. Il y a vraiment du potentiel ! Notre réalité veut que nous soyons une pouponnière de champions : nos jeunes sont obligés de partir pour se confronter à d’autres. Un départ c’est lourd financièrement pour les ligues, les clubs et les familles. La Cité scolaire a été créée pour qu’ils ne partent pas trop tôt.

Nous sommes une pouponnière, mais quand on regarde le nombre de médaillés en Equipe de France, le ratio est pour la Guadeloupe. D’ailleurs, lors des derniers Jeux Olympiques, la flamme a été allumée par deux Guadeloupéens : Marie-José Pérec et Teddy Riner. Ce n’était pas une faveur : cette reconnaissance qui nous a beaucoup marqués, était totalement méritée !

La Guadeloupe a laissé son empreinte dans plusieurs disciplines : athlétisme, judo, escrime… Les futurs champions guadeloupéens s’illustreront dans les mêmes disciplines ?

La Guadeloupe est vraiment une terre de champions : tout ce que le Guadeloupéen touche, il le transforme en or ! Quand je suis arrivée en 2010, nous avons commencé avec 7 disciplines. Nous en étions à 21, en 2025 et 23, cette année, avec le Beach Volley et le tir.

Les disciplines nautiques qui ne font pas partie de l’ADN de la Guadeloupe, à part la natation où nous avions quelques noms, le surf, le Kitesurf réussissent aux Guadeloupéens. Mi-août, Vaïna Picot, qui a été formée chez nous avec sa sœur, a décroché le titre de championne du monde professionnelle de Wingfoil Racing, en Turquie.

D’autres disciplines où on ne nous attendait pas du tout, comme le rugby, peuvent désormais compter sur la Guadeloupe en Equipe de France. Chaque année, beaucoup de nos élèves rejoignent les centres professionnels : c’est notre fierté.

Après Jérôme Laporal, de Marie-Galante, membre de l’Equipe de France de bobsleigh, qui sait si demain, nous n’aurons pas des champions de ski d’origine guadeloupéenne !

Cette Cité d’excellence sportive exige des investissements conséquents en termes d’infrastructures…

Oui, d’énormes investissements. Depuis 2017, le patrimoine appartient à la Région. Il y a une compensation, mais elle n’est pas au niveau de ce que la Région investit. Depuis la piste Marie-José Pérec, inaugurée en 2020, nous avons vu sortir de terre des terrains synthétiques de foot, de rugby, de basket 3×3, une salle d’haltérophilie, une salle d’armes, sans compter la piscine, les réfections, les rénovations… Ce sont des investissements énormes, surtout pour une Région qui n’est pas réputée pour sa richesse. Il faut savoir reconnaître ce qui est fait.

Des élèves de Guadeloupe, mais aussi des îles voisines, y compris de la Caraïbe bénéficient de ces infrastructures…

Oui. Le Premier ministre de Montserrat, qui était au CREPS fin juillet, nous a fait une demande pour mettre en place des accords permettant d’accueillir des jeunes en formation. Nous avons des conventions avec Sainte-Lucie. C’est un avantage d’avoir nos voisins caribéens chez nous !

Fin juillet, Chantal Cusset-Gaydu a accueilli une délégation de Montserrat conduite par le Premier ministre, au CREPS, et l’académie Diomède.

À partir du 1er septembre, vous passerez des journées intenses au farniente ?

Quand je travaille, mes journées commencent à 3 heures : je prends du temps pour moi, sans téléphone, sans sollicitation, au calme. Que ce soit en tant que cheffe d’établissement ou au CREPS, dès que vous arrivez à 7 h 30, vous êtes happé, vous ne vous appartenez plus jusqu’à 19 heures ! D’autant que je n’ai jamais été une femme de bureau : j’y suis quand il le faut, mais je préfère être sur le terrain.

Ma vie a été à l’image des sports collectifs, avec deux belles mi-temps : la troisième mi-temps est la plus belle ! C’est vraiment celle où il y a de la relâche, on est hyper heureux de partager ensemble la victoire. Même après une défaite, on est ensemble et c’est beau !

J’étais à fond sur la première et la deuxième mi-temps. Après le coup de sifflet final, le 31 août, je ne vais pas attaquer cette période comme une retraite, mais comme une troisième mi-temps.

Le 1er septembre, je pars au Festival de jazz de Curaçao. Fin octobre, je serai aux Jeux Olympiques de la Jeunesse, à Dakar pour le plaisir. Je prendrai des contacts pour le CREPS de la Guadeloupe parce que je reste profondément Guadeloupéenne partout où je suis. Et, pour le reste, je vais retrouver Marie-Galante.

Entretien : Cécilia Larney

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