Chlordécone. Serge Letchimy : « L’empoisonnement à la chlordécone fait partie de ces affaires… »

L’Assemblée nationale vient d’adopter en deuxième et dernière lecture, la proposition de loi visant à reconnaître la responsabilité de l’État et à indemniser les victimes du chlordécone.

Cette proposition de loi, portée par le député Elie Califer et son groupe, s’inscrit dans la suite d’une longue mobilisation politique. Elle reconnaît la responsabilité de l’Etat dans les préjudices sanitaires, écologiques et économiques liés à l’usage du chlordécone et prévoit que l’Etat s’engage dans la dépollution des sols et des eaux par la recherche scientifique, la suppression du risque d’exposition, le soutien aux professionnels de l’agriculture et de la pêche, l’indemnisation des victimes professionnelles et non professionnelles et un suivi par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques.

Fongicide utilisé entre 1972 et 1993 en dépit de sa dangerosité connue, pour lutter contre le charançon noir du bananier, la chlordécone a marqué de son empreinte indélébile, l’histoire de la Martinique et de la Guadeloupe. Persistante dans l’environnement, son usage a entraîné des conséquences importantes pour les populations des deux îles, du point de vue sanitaire et économique.

D’un côté les agriculteurs, maraîchers et marins-pêcheurs, directement impactés par la pollution à la chlordécone. De l’autre, les consommateurs, à la recherche d’une alimentation saine.

Aujourd’hui, 95 % des Guadeloupéens et 92 % des Martiniquais présentent des traces de chlordécone dans le sang, alors qu’il existe un lien étroit entre l’exposition à cette molécule et le risque de survenue du cancer de la prostate chez les hommes. Les Martiniquais et les Guadeloupéens présentent l’un des plus forts taux de cancer de la prostate au monde.

Le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur l’utilisation du chlordécone et du paraquat aux Antilles présidée par Serge Letchimy, a permis en 2019 de mettre en évidence les responsabilités publiques dans l’autorisation d’utilisation de ces pesticides et dans les prolongations accordées.

Il a permis également de mettre en exergue les responsabilités privées dans l’utilisation de ce pesticide, au mépris des principes élémentaires de précaution et de protection de la population, tout en apportant des propositions répondant à la nécessaire réparation des préjudices des victimes.

« Cette nouvelle étape législative vient fragmenter un système qui piétine la vérité, absout les coupables et méprise les victimes. L’empoisonnement à la chlordécone fait partie de ces affaires, complexes et longues, mêlant responsabilités publiques et privées, recherche de la vérité et quête de la nécessaire réparation. Je félicite le député Elie Califer et son groupe. »
Serge Letchimy, président du Conseil exécutif de Martinique

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