« Un service public, c’est ma conception, doit régulièrement rendre des comptes au public. C’est pour cela que nous nous retrouverons tous les derniers vendredi du mois. » Henri Yacou, président du SMGEAG, l’avait annoncé il y a quinze jours. Il a tenu parole.

Se voir, mais pourquoi faire ? « Le meilleur moyen de donner des informations au public est de passer par le canal des médias », répond le président. Le SMGEAG, après avoir travaillé dans une opacité dérangeante sans qu’on voit de résultats au fil des années, serait-il en train de changer de braqué ?
Henri Yacou :
Parlons technique. « Le SMGEAG vit une période difficile, explique le président Yacou. Donc, nous avions besoin d’un outil fiable pour collecter toutes les données possibles sur le réseau et permettre de piloter celui-ci. »
C’est à une société spécialisée, Leakmited, qui se présente comme composée d’« experts terrain, augmentés par l’IA, au service de la performance des réseaux d’eau » que le SMGEAG a fait appel.
Mathis Guyot, gérant, et l’un de ses associés, sont dans la salle et présentent l’outil qui devrait permettre que « tous les matins, avant que les équipes se mettent en route, il y ait, sur une carte, toutes les données possibles sur l’état des réseaux. »
Le SMGEAG est le sixième syndicat de l’eau ou régie d’eau à disposer de cet outil miracle.
La prestation de Leakmited, précise Henri Yacou, c’est de mettre en place le logiciel, faire la formation des équipes, ceci avant de passer la main à des techniciens du SMGEAG parfaitement formés.
« La Guadeloupe, c’est 3 000 kilomètres de réseaux d’eau qui seront surveillés avec des résultats sur l’état de ceux-ci tous les matins », indique Mathis Guyot. Il ajoute : « L’outil permet de prendre des décisions au quotidien en fonction des données globales et commune par commune, réseau par réseau. »
Henri Yacou précise : « Ces informations seront dans un premier temps disponibles pour le SMGEAG; bien sûr, mais rapidement pour les maires et le référent dans chaque commune en lien avec le SMGEAG comme je l’ai demandé il y a quelques jours, et enfin, pour le grand public, sur notre site, plus tard. »
« A partir de ces données, le SMGEAG pourra trouver les fuites », dit-il, en présentant l’un des techniciens clé du SMGEAG : l’homme des fuites, Philippe Minatchy.
Drôle d’histoire que celle du service des fuites qu’il dirige. Il avait une équipe et, celle-ci, dégoutée par les péripéties du SMGEAG ces dernières années, a fondu comme glace au soleil. « Les techniciens sont partis dans d’autres services… », nous dit-on. A part Philippe Minatchy et deux autres personnes, il n’y avait plus de techniciens fuites dans la maison. Alors que la recherche de fuites est primordiale.
Philippe Minatchy :
Henri Yacou le confirme : « Plus tôt on pourra réparer les fuites moins il y aura de tours d’eau. »
Un technicien de Leakmited présente la recherche de fuites avec une valise technique :
Au passage, on apprend de M. Naigraud, directeur général adjoint technique, que « 80% des fuites sont sur 20% du réseau. » Mais, s’étonne-t-on, les tours d’eau concernent toute la Guadeloupe ou presque. Il paraît qu’il y a des secteurs entiers qui n’ont jamais connu ni coupure et encore moins de tours d’eau. Bonjour l’équité !
Le défi, toujours selon M. Naigraud, c’est de réparer les fuites, environ 40 par jour en ce moment, de changer els canalisations qui doivent l’être — il y en a qui ont 50 ou 60 ans ! — et réhabiliter les usines.
« Actuellement le rendement (l’eau qui arrive au robinet) c’est 35% », nous apprend-il. Il y a de la marge !
Quand un journaliste s’étonne qu’aux Abymes, plus grosse concentration de Guadeloupéen(ne)s, il ne coule qu’un filet d’eau… de temps en temps depuis des semaines… on lui répond que Les Abymes c’est particulier puisque cette grosse agglomération est alimentée par Bras David-Miquel, par Belle-Eau-Cadeau (à Capesterre Belle-Eau) et par la Digue-Tabaco… Sur cette agglomération, il semble que les canalisations, très sollicitées, soit à bout de course.
« Mais, il devrait y voir un mieux en ce moment dans le secteur de Dugazon que vous évoquez », explique une technicienne. Le confrère confirme que non. Bref.
Autres annonces du président Yacou : il a reçu 60 entreprises qui travaillaient ou travaillent encore avec le SMGEAG et qui n’ont pas été réglées de leurs prestations depuis un certain temps. Il leur a promis avec des rentrées d’argent attendues, qu’elles seraient prioritaires.
« C’est impossible de demander à des entreprises auquel nous devons de l’argent de nous aider à réparer les fuites ou poser des canalisations… Il nous faut rétablir la confiance », souligne le président qui annonce que chaque trimestre il y aura une réunion avec ces entreprises et qu’il y aura un référent au SMGEAG pour celles-ci.
Et encore : Henri Yacou a rencontré les initiateurs de l’Office International de l’Eau, à Paris, pour le dossier formation aux métiers de l’eau. Ils seront partenaires quand le SMGEAG aura mis en place l’Institut de Formation Eau et Assainissement avec les autorités concernées dont l’Université des Antilles.
Et aussi : le président du SMGEAG a fait un tour en Martinique pour rencontrer les dirigeants d’Eau d’Ici et voir comment mutualiser les formations eau et assainissement sur els deux îles.
Enfin, Henri Yacou a dit qu’il a missionné Jacques Davila, figure connue en Guadeloupe, vétéran des dossiers délicats — qu’on aurait dû plus écouter il y a vingt ou trente ans — pour travailler sur un projet d’association public-privé pour la rénovation des réseaux. « Il y en a, dit-on, pour 200 ans et 2 milliards d’euros, or, nous n’avons pas d’argent, ni la Région ni le Département. Les finances de l’Etat on sait ce qu’il en est. Bref, il nous faudra trouver d’autres solutions pour avor les financements utiles et aller plus vite… »
























