Le décès de Philippe Chaulet, ancien maire de Bouillante, ancien député, conseiller général et conseiller régional, a ravivé des souvenirs chez Jean Girard, homme politique, qui l’a bien connu. Nous publions ici son hommage.
« En mémoire de Philippe Chaulet, mon ami
Philippe était un ami.
Nous n’étions pas du même orchestre et nous n’avions jamais joué ensemble sur une même scène. Pourtant, nous savions lire les partitions écrites dans les grondements et les soubresauts de notre peuple. Nous savions entendre, derrière le bruit des affrontements, les battements du cœur de la Guadeloupe.
Et c’est ainsi que nous avons pu accorder nos accords comme nos désaccords lorsque notre pays semblait s’approcher du précipice de la guerre civile.
L’ARC !
L’ARC !
L’ARC !
FAISANS ! FAISANS !
SALIN ! SALIN !
1984 : l’horreur à l’Escale…
Avril 1985 : Bonneveine, la Conférence des Dernières Colonies.
Juillet 1985 : la semaine insurrectionnelle, l’affaire Faisans.
24 octobre 1985 : la trêve unilatérale de l’ARC.
Fin novembre 1985 : la mitraillette tue Salin.
Début décembre 1985 : François Mitterrand, en Guadeloupe, lance cet appel :
« Toi, mon frère guadeloupéen, aide-moi à faire la paix ! »
Février 1986 : la lettre de l’ARC, signée par Luc Reinette et adressée aux 121 élus, confirme la volonté de paix, demande la libération des prisonniers et la suspension des poursuites.
Mars 1986 : Jacques Chirac, à la salle Madras, annonce qu’il faut tourner la page et tend la main.
Puis vient le 28 mai 1986.
Jean Girard dépose une motion au Conseil régional pour demander la libération des prisonniers politiques.
Un seul élu prend la parole après lui pour soutenir cette motion :
Philippe Chaulet.
Dans ce climat de très grandes tensions, où le sang pouvait encore couler, certains d’entre nous ont trouvé la force de dépasser les normes, les habitudes, les codes, les clivages et les certitudes.
Comme si un souffle venu de plus haut avait permis à des hommes profondément différents, porteurs de sensibilités parfois diamétralement opposées, de se tendre la main afin d’éviter une catastrophe annoncée.
Un monde nouveau semblait naître.
Un avenir maîtrisé paraissait enfin possible.
C’était comme si, en musique, une nouvelle écriture venait bouleverser toutes les règles ; comme si une blanche ne valait plus deux noires, mais une seule. Les anciennes mesures cédaient la place à une harmonie nouvelle.
Avec Philippe Chaulet, et grâce à Philippe Chaulet, ce grand Guadeloupéen, dans les coulisses d’une scène insurrectionnelle, un petit groupe d’hommes dévoués ont su orchestrer ce grand « Big Band » de la paix afin d’offrir au futur — car il y a toujours un futur — l’exemple d’une conscience patriotique au service du Pays Guadeloupe.
Philippe Chaulet a joué un rôle majeur durant cette période de très hauts risques.
Il a contribué, avec courage et responsabilité, à obtenir l’apaisement et le calme.
Que l’on ne vienne pas me dire que Philippe Chaulet était un réactionnaire anti-guadeloupéen.
Philippe Chaulet était un grand Guadeloupéen.
Un point, c’est tout.
Il a choisi le dialogue quand d’autres poussaient à l’affrontement.
Il a choisi la paix quand l’histoire pouvait basculer.
Et cela, la Guadeloupe ne doit jamais l’oublier.
Honneur et respect à mon ami Philippe Chaulet.
J’adresse mes sincères et très attristées condoléances à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui l’ont aimé.
Adieu Philippe.
Adieu mon ami. »
Grand-Bourg, le 21 juillet 2026
Jean Girard

























