Les données inédites fournies par l’enquête Contexte des sexualités en France, dont le volet Outre-mer a été piloté par le CHU de Guyane, révèle qu’en matière de sexualité, la Guyane se distingue dans ses pratiques par rapport au reste de l’Outre-mer.
Pour la première fois, quatre départements d’Outre-mer – Guyane, Martinique, Guadeloupe et La Réunion – ont participé à l’enquête Contexte des sexualités en France (CSF) de l’Inserm. En 2023, un peu plus de 10 000 personnes résidant dans ces départements ont répondu à des questions sur l’âge de leur premier rapport sexuel, le nombre de leurs partenaires, leurs pratiques, leurs moyens de contraception, leurs orientations sexuelles, les violences sexuelles, leurs moyens de prévention contre les infections sexuellement transmissibles.
Cette enquête représente « une avancée majeure pour ces territoires, estime Sandrine Halfen, responsable du département recherche en santé publique, sciences humaines et sociales à l’ANRS – maladies infectieuses émergentes. Elle apporte des données robustes et pour certaines inédites. Elle permet d’objectiver et de documenter les réalités de ces territoires. Elle montre la diversité des territoires, la convergence progressive de certains comportements entre hommes et femmes, tout en confirmant que des vulnérabilités persistent : recours insuffisant à la contraception et au préservatif, faible couverture vaccinale, forte proportion des violences sexuelles. Ces résultats forment une base de référence qui permettra d’adapter au mieux les politiques de santé publique en prenant en compte au mieux les spécificités des territoires et la diversité des populations. »
Premier rapport sexuel avant 15 ans pour les hommes
Parmi les quatre départements d’Outre-mer qui ont participé à l’enquête Contexte des sexualités en France (CSF), la Guyane tient une place à part. Le territoire diffère des tendances nationales et des autres territoires d’Outre-mer.
Ainsi, l’âge du premier rapport sexuel est en baisse en Guyane alors qu’il augmente ailleurs. L’écart d’âge entre hommes et femmes y est également plus marqué : la moitié des hommes ont eu leur premier rapport sexuel avant 15,7 ans ; la moitié des femmes, avant 17,4 ans.
« Les hommes déclarent aussi davantage de partenaires au cours de la vie que les femmes (notamment entre 40 et 49 ans) et sont également plus nombreux à déclarer plusieurs partenaires dans l’année quel que soit l’âge, poursuivent les auteurs de l’enquête. En Guyane, quel que soit l’âge, les pratiques sexuelles en dehors des rapports vaginaux sont globalement moins diversifiées. L’écart entre les hommes et les femmes concernant cette diversité de pratiques est également plus marqué que dans les autres Départements et Régions d’Outre-Mer. »
En Guyane, « l’acceptation de l’homosexualité demeure plus faible » qu’ailleurs. « Elle est particulièrement peu élevée chez les jeunes, contrairement aux autres départements où cette tranche d’âge déclare généralement un niveau d’acceptation plus élevé », soulignent les chercheurs, alors même qu’une part notable de jeunes, notamment parmi les femmes, « déclare une attirance ou des pratiques non hétéronormées ».
Les hommes ont-ils vraiment plus de partenaires sexuels
En matière de prévention en Guyane, l’enquête révèle également des informations majeures :

- Parmi les 18-29 ans, 72,5 % des femmes et 69,3 % des hommes déclarent avoir utilisé un préservatif lors de leur premier rapport sexuel ;
- Moins de la moitié des participants en ont utilisé un lors du premier rapport avec un nouveau partenaire ;
- Les taux de dépistage des infections sexuellement transmissibles (VIH, VHB, VHC) au cours de la vie figurent parmi les plus élevés des quatre territoires. « Néanmoins, ces niveaux demeurent inférieurs aux recommandations en vigueur et au regard de la dynamique des IST sur le territoire », alertent les auteurs ;
- Les couvertures vaccinales contre les HPV et l’hépatite B restent largement en deçà des recommandations, tant chez les femmes que chez les hommes ;
- L’utilisation de la contraception lors du premier rapport sexuel est plus limitée ;
- Trois femmes sur 10 âgées de 18 à 29 ans concernées par la contraception ne recourent à aucune méthode ;
- Les deux moyens les plus utilisés sont le préservatif et les méthodes naturelles ;
- La pilule, citée par 11 % des participantes, y est moins utilisée qu’ailleurs.
S’agissant des violences, plus d’une femme sur quatre déclare avoir subi une tentative et/ou un rapport forcé au cours de sa vie, « une proportion comparable à ce qui est observé en Martinique et en Guadeloupe », concluent les chercheurs.
L’enquête Contexte des sexualités en France confirme une tendance : les hommes déclarent plus de partenaires sexuels que les femmes, et dans les deux groupes, ce nombre est en hausse. En Guyane, si l’on ne connaît pas l’évolution au fil des années, les hommes déclarent eux aussi plus de partenaires sexuels que les femmes, à tous les âges de la vie.
Pour aller plus loin
Les auteurs de l’enquête CSF soulignent par exemple qu’en Outre-mer :
- La proportion de femmes déclarant ne recourir à aucune méthode contraceptive « est très largement supérieure à celle observée en Hexagone » ;
- La couverture vaccinale contre le papillomavirus (HPV) est « nettement inférieure à (celle) relevée en Hexagone » ;
- La dynamique de transmission des infections sexuellement transmissible est supérieure ;
- L’acceptation de l’homosexualité demeure faible dans l’ensemble des territoires étudiés par rapport à l’Hexagone » ;
- « Les femmes (d’Outre-mer) les plus jeunes sont plus nombreuses à déclarer avoir subi des viols ou tentatives de viols », comme dans l’Hexagone.
L’objectif de ces comparaisons est d’éclairer les actions de santé publique à mettre en œuvre sur les territoires.
























