Réunis au Royal Oasis les 28 et 29 mai, des leaders religieux et le gouvernement ont discuté paix et sécurité dans un contexte de crise persistante en Haïti.
La première journée de la Conférence nationale des leaders religieux pour la paix, la stabilité et le civisme s’est tenue jeudi 28 mai à l’hôtel Royal Oasis, à l’initiative du ministère des Affaires étrangères et des Cultes, sous le patronage du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Prévue sur deux jours, les 28 et 29 mai, cette rencontre a rassemblé des représentants de plusieurs confessions religieuses autour de discussions portant sur la crise sécuritaire, la cohésion sociale et l’encadrement de la jeunesse.
Parmi les figures présentes figurent notamment Erol Josué (Vodou), le prophète Mackenson pour le secteur protestant ainsi que le curé de la paroisse de Christ-Roi, Brillère Aupont.
Dans son discours d’ouverture, le Premier ministre a dressé un constat alarmant de la situation nationale. « Ce n’est un secret pour personne, notre pays traverse une période douloureuse, profonde », a-t-il déclaré, appelant les leaders religieux à dépasser les divisions afin de contribuer au rétablissement de la stabilité nationale.
« Aujourd’hui plus que jamais, l’intérêt supérieur de la patrie nous commande de dépasser nos divisions, restaurer l’espérance et consolider la stabilité nationale », a soutenu le chef du gouvernement, affirmant que « la foi peut être une force de rassemblement au service de la paix, de la stabilité et de la cohésion sociale ».
Le Premier ministre a également insisté sur la dimension morale de la crise actuelle. En créole, il a déclaré : « Aujourd’hui plus que jamais, le pays a besoin de nous, parce que la crise que nous traversons n’est pas seulement une crise sécuritaire, économique ou sociale ; c’est une crise profonde qui touche la confiance entre les citoyens, affaiblit les liens fraternels et menace la sécurité nationale. »
Dans la même logique, il a invité les responsables religieux à transformer « l’amour du pays » en levier d’action communautaire. « Malgré toutes les calamités, le peuple haïtien reste un peuple qui porte l’amour de son pays dans son cœur. C’est cet amour que je vous demande de nourrir afin d’en faire une force spirituelle et sociale capable d’apporter l’espoir dans chaque communauté », a-t-il poursuivi.
De son côté, la ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Raina Forbin, a plaidé pour une mobilisation interreligieuse autour de la paix et de la reconstruction sociale. « Aucun projet durable de paix, de stabilité et de reconstruction nationale ne peut réussir sans les forces spirituelles, morales et humaines du pays », a-t-elle déclaré devant l’assemblée.
Selon le document de cadrage distribué lors de la conférence, le gouvernement entend créer « un cadre national de dialogue interreligieux » visant notamment la réinsertion sociale et économique des jeunes affectés par la violence. Quatre ateliers ont été mis en place autour de la prévention de la violence, de la prise en charge des victimes, des alternatives de réinsertion et de l’éducation citoyenne.
Les autorités ont également évoqué les mesures sécuritaires en cours. Le Premier ministre a annoncé l’inauguration récente d’unités spécialisées de police judiciaire destinées à lutter contre les gangs, leurs complices et les crimes financiers liés à l’insécurité. Il a par ailleurs salué « le courage » de la Police nationale et des Forces armées d’Haïti.
Cependant, derrière les discours d’unité et d’espérance, la réalité sécuritaire demeure préoccupante. Au moment même où se tient cette conférence, plusieurs zones du département de l’Artibonite et du Centre restent sous tension, tandis que les cas de kidnapping continuent d’inquiéter dans la région métropolitaine de Port-au-Prince.
Cette contradiction entre les ambitions affichées et la persistance de la violence soulève des interrogations sur la portée réelle des engagements annoncés.
Si plusieurs participants saluent l’initiative comme un espace inédit de dialogue interreligieux, certains observateurs estiment toutefois que les appels à la paix devront être accompagnés de résultats concrets sur le terrain pour convaincre une population éprouvée par des années d’insécurité et d’instabilité.
Source : Le Nouvelliste

























