La nomination de Hermanex Gonzague Désir comme directeur du MCFDF provoque un lever de boucliers chez les organismes de défense des droits des femmes, qui réclament sa révocation.
Lors du Conseil des ministres organisé en date du 6 mai 2026, Hermanex Gonzague Désir a été désigné au poste de directeur général du ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes (MCFDF). Une décision qui coïncide avec la révocation de Sandy François, la dernière titulaire de ce poste.
Sa nomination n’est toutefois pas encore actée, puisque l’arrêté le nommant n’est pas encore publié dans le journal officiel Le Moniteur. Mais la décision fait débat auprès des organisations féministes, des organisations de femmes et de certaines personnalités engagées dans la défense des droits des femmes en Haïti.
Dans un communiqué de presse daté du 11 mai 2026, ces dernières critiquent vivement la révocation de Mme François et la nomination de M. Désir au poste de directeur général de ce ministère, dont l’une des fonctions principales est de promouvoir et défendre les droits des femmes. « Un tel acte posé par le Premier ministre, retirant à une femme le leadership de la seule institution spécifiquement chargée de défendre et de promouvoir les droits des femmes et des filles haïtiennes au sein de l’État, démontre que l’exclusion des femmes dans la gouvernance nationale ne relève pas du hasard, mais d’un choix politique délibéré », peut-on lire dans le document signé par 57 organisations et personnalités.
Si l’on en croit les signataires, ce n’est pas la compétence du nouveau directeur qui est remise en question, mais la portée symbolique de la décision. En effet, M. Désir, vieux briscard de l’administration publique, traîne derrière lui une carrière de plus de trente ans d’expérience, notamment au sein du MCFDF, dont il est membre depuis sa création en novembre 1994.
Intervenant à l’émission Panel Magik de ce jeudi 14 mai 2026, Pascale Solages reconnaît l’expérience de M. Désir et affirme : « Ça n’a rien de personnel […] C’est quelqu’un qui a travaillé longtemps au sein du MCFDF ».
Dans son intervention, celle qui occupe actuellement la fonction de coordonnatrice générale de l’organisation féministe Nègès Mawon dit défendre une « position de principe », face à l’administration d’Alix Didier Fils-Aimé qui semble faire fi des prescrits constitutionnels prévoyant un quota d’au moins 30 % de femmes « à tous les niveaux de la vie nationale, notamment dans les services publics ».
« Il est extrêmement important d’analyser [cette nomination] en prenant en compte le contexte actuel, marqué par une faible participation des femmes dans l’administration », soutient Mme Solages, avant d’ajouter : « Et ils trouvent acceptable de faire une telle nomination au niveau du ministère qui est censé influencer les politiques publiques pour la participation des femmes dans l’espace politique. C’est extrêmement symbolique. C’est le reflet de l’absence de volonté pour garantir l’équité, et c’est une incompréhension de ce qu’est le ministère et de ce qu’il représente au sein du gouvernement ».
Selon la coordonnatrice de Nègès Mawon, cette nomination ne fera que renforcer la non-participation des femmes dans les espaces de décision. Ce qui serait, de son point de vue, le signe d’un manque de volonté d’intégration des femmes par les autorités politiques actuelles. « Il n’y a aucun respect ni volonté politique pour que les femmes puissent participer de manière effective à toutes les décisions qui sont prises dans un contexte de montée des violences à l’égard des femmes dans le sillage de l’insécurité », soutient Mme Solages.
Et pourtant, l’arrivée de M. Désir à la direction du MCFDF ne serait pas une première pour un homme. Le concerné a lui-même été, à deux reprises (en 2010 et en 2024), directeur général a.i. dudit ministère. Mais en plus de la question du « principe », le timing de la décision constitue, aux yeux des organisations féministes, un mauvais signal, celles-ci jugeant le contexte politique actuel totalement inapproprié pour une telle décision.
Pascale Solages, parlant au nom des organisations et personnalités signataires du communiqué du 11 mai, appelle donc à « maintenir Mme François à la tête de la direction générale du ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes ». Mais plus globalement, ce que dénoncent les organisations féministes signataires, c’est la nomination d’un homme à la direction générale du ministère, a-t-elle précisé.
Source : Le Nouvelliste
























