PAR SERGE LETCHIMY*
« Derrière chaque victime, il n‘y a pas un chiffre de plus. Il y a un visage, une histoire, des parents, des enfants, des proches dont la vie bascule. Et derrière chaque jeune que nous perdons dans la violence ou le narcotrafic, c’est une part de l’avenir de la Martinique qui s’éloigne.
Nous avons donc une responsabilité collective : ne jamais laisser la peur devenir une manière de vivre.La sécurité des personnes, la lutte contre les armes, les trafics et les réseaux criminels relèvent en premier lieu des responsabilités régaliennes de l’État. Mais aucune réponse ne pourra être pleinement efficace si elle se construit séparément des réalités sociales, éducatives et humaines de notre pays.
C’est pourquoi nous devons poursuivre et approfondir la démarche de co-construction engagée avec l’État. Nous avons besoin d’un dialogue exigeant, permanent et opérationnel, permettant de mettre autour de la même table les services de l’État, la justice, les forces de sécurité, les collectivités, les communes, les acteurs sociaux, éducatifs et associatifs.
La CTM prendra toute sa part.
Nous continuerons d’agir là où se trouvent nos responsabilités : dans la prévention, l’éducation, l’insertion, la formation, l’accompagnement des familles, la protection de l’enfance et les perspectives offertes à notre jeunesse.
Car lutter contre la violence, ce n’est pas seulement retirer une arme des mains d’un jeune. C’est aussi faire en sorte qu’un réseau criminel ne soit jamais, à ses yeux, la seule porte qui semble ouverte. Mais cette bataille ne peut appartenir ni à l’État seul, ni à la CTM seule, ni aux communes seules.
J’en appelle donc également à une mobilisation commune de l’ensemble des élus de Martinique, au-delà de nos appartenances, de nos collectivités et de nos différences. Face à la violence, nos institutions ne peuvent parler chacune dans leur coin pendant que les familles, elles, vivent la même peur.
Nous devons être capables de porter ensemble des propositions fortes, adaptées à notre géographie, à notre environnement caribéen et à nos réalités. Prévenir davantage. Protéger davantage. Contrôler davantage. Démanteler les réseaux. Assécher leurs financements. Mais aussi reconstruire des perspectives pour celles et ceux qu’ils cherchent à attirer.
Il ne faut opposer ni prévention et sécurité, ni action sociale et réponse pénale. Une société se protège avec des forces de sécurité, mais elle se défend aussi en refusant d’abandonner sa jeunesse. C’est cette réponse globale que nous devons construire avec l’État et avec tous les élus.
Parce qu’au bout du compte, derrière les dispositifs, les compétences et les institutions, une seule question demeure: dans quelle Martinique voulons-nous voir grandir nos enfants ? Et sur cette question, nous n’avons pas le droit d’agir séparément.
Nous travaillons d’arrache-pied pour présenter un programme global de prévention, qui sera soumis à l’Assemblée de Martinique au mois d’octobre. »
*Président du Conseil Exécutif de Martinique


























