Dans le cadre de l’exposition Nou an péyi révé, présentée au Mémorial ACTe (Pointe-à-Pitre) jusqu’au 29 août, la ville du Moule a proposé, samedi 11 juillet, une rencontre artistique hors les murs, à la médiathèque.
Le Moule, Ville d’Art et d’Histoire, a été le théâtre de la conversation entre trois artistes et un public avisé, qui s’est réjoui de redécouvrir l’exposition Nou an péyi révé à travers la parole des artistes Minia Biabiany, Kelly Sinnapah Mary et Geordy Zodidat-Alexis.
La déclinaison de l’exposition au-delà des murs du MACTe était l’occasion d’explorer la symbolique et la sémantique de la mangrove, sous la médiation de la docteure Minakshi Carien.
L’exposition Nou an péyi révé – Traversées de la mangrove représente l’ouverture d’une fenêtre sur et vers l’histoire de l’art. Les voix multiples des artistes (28 exposants) participent à l’expression des imaginaires artistiques qui se font réalité afin que les héritages ne soient point figés, mais qu’ils entrent constamment en conversation avec les histoires et les mémoires de nos territoires (Guadeloupe, Grande Caraïbe et continent africain).
Le vivant à l’œuvre
La rencontre Conversation de la mangrove, le vivant à l’œuvre, organisée par la ville du Moule en partenariat avec l’association So Art !, s’inscrit dans une volonté de favoriser l’accès à la culture tout en soutenant la création d’art contemporain.
Le public, curieux et connaisseur, a profité de cette opportunité pour s’immerger dans les univers artistiques à travers leurs parcours et leurs constructions artistiques.
Les échanges ont débuté par des conversations autour de la naissance de l’imaginaire de chaque artiste. Geordy Zodidat-Alexis, Kelly Sinnapah Mary et Minia Biabiany ont d’abord mis l’accent sur leur histoire familiale, en la considérant comme un vivier de représentations façonnant leurs imaginaires respectifs.


Au fil des prises de parole, tous s’accordent sur l’idée d’aller-retour entre les différents éléments : leur positionnement artistique s’inscrit dans l’observation et l’écoute du vivant, à la fois racine et fruit des créations.
Après s’être interrogés sur leur déclic artistique au cours de leurs formations, les trois artistes ont fait le portrait de rencontres décisives (littéraires et personnelles) dans leur cheminement artistique et personnel.
La docteure Minakshi Carien a proposé à chaque artiste quelques minutes dédiées au commentaire de leurs œuvres, avant de clôturer la rencontre par des échanges entre artistes et membres du public.
Lors du commentaire de son œuvre, L’ordonnance, la terre se nourrit du soleil, (exposition personnelle) Geordy Zodidat-Alexis, artiste plasticien, a notamment interrogé la place de l’environnement dans nos quotidiens. Adepte des promenades dans la nature, il y présente l’ambivalence de l’ordonnance, fait médical et d’organisation. Ainsi, l’environnement est un moyen de guérir, mais aussi de s’organiser par rapport à notre existence, nos imaginaires et nos mémoires.
Une démarche importante pour les questionnements mémoriels
« Je suis très content que cette exposition se déroule au-delà du Mémorial ACTe et qu’elle vienne à la rencontre des habitants et des habitantes de la Guadeloupe », a indiqué Simon Gabourg, artiste visuel venu assister à la rencontre.
Cette rencontre artistique en terres mouliennes a mis en évidence la richesse de la scène artistique guadeloupéenne. L’exposition Nou an péyi révé apporte l’évidence de la reconnaissance internationale des artistes guadeloupéens, caribéens et africains.
Interrogée sur son regard quant à l’avenir de l’art contemporain en Guadeloupe, Minia Biabiny, artiste plasticienne, répond : « L’art contemporain a pour rôle de poser des questions. Il n’est pas une option ou quelque chose dont on peut se défaire, ou qui peut arrêter d’exister. Il y a une société qui évolue, qui est dans une étape où la parole se délie pour beaucoup de choses en lien avec la mémoire ou la colonialité. L’art contemporain a sa place en tant que lieu de questionnements, qui permet de continuer à réfléchir depuis la matière, depuis la forme ; des propositions qui sont à la fois esthétiques, politiques, poétiques, et sensibles. L’art contemporain est d’actualité et est une importante porte de réflexion sur nous-mêmes. »
Qu’elle soit picturale, sculpturale, littéraire ou physique, la traversée de la mangrove est une expérience personnelle qui nous invite à porter un regard particulier sur les sociétés créoles. Jusqu’au 29 août, les exposants partageront leurs traversées et leurs regards sensibles sur les mémoires de nos territoires et environnements.
Lucas Thomis



























