Guadeloupe. Prises illégales d’intérêts et détournements de fonds publics caractérisent l’archipel

La présence en Guadeloupe d’Isabelle Jégouzo, directrice de l’Agence française Anticorruption, qui sera rejointe en début de semaine prochaine par Pascal Prache, procureur national financier, n’est pas le fruit du hasard.

Dans le domaine des atteintes à la probité, la Guadeloupe se distingue. Certaines infractions en particulier, la prise illégale d’intérêts et le détournement de fonds publics, sont récurrents. Bien plus qu’ailleurs.

« Dans une île, un petit territoire, tout le monde se connaît, explique Isabelle Jégouzo, directrice de l’Agence française anticorruption. Il est fréquent de contracter avec quelqu’un qu’on connaît. Pour éviter cette situation, il faut notamment identifier les cas dans lesquels on va être en conflit d’intérêts et se déporter. L’autre infraction que l’on retrouve plus en Guadeloupe qu’ailleurs, c’est le détournement de fonds publics : l’utilisation de l’argent collectif à un profit personnel. L’argent public est particulièrement important pour développer le territoire ; c’est de l’argent pour la collectivité, pour l’intérêt général et il est important qu’il soit utilisé correctement. »

« La corruption détruit l’économie et le lien social »

Isabelle Jégouzo, directrice de l’Agence française anticorruption.

Une situation pour le moins préoccupante, mais qui n’est pas « une fatalité », selon Isabelle Jégouzo. Avec ses équipes, elle a animé un séminaire dédié à la prévention de la corruption et ses liens avec la criminalité, samedi 10 octobre, au Gosier.

Les cadres de l’aéroport Maryse-Condé, les services de l’État, les acteurs de la sûreté aéroportuaire y ont pris part en présence du préfet Thierry Devimeux, du directeur territorial de la police nationale, du directeur régional des douanes de Guadeloupe et des Îles du nord et du président du directoire de la société aéroportuaire de Guadeloupe pôle Caraïbes.

« La corruption est extrêmement dangereuse pour les territoires, particulièrement, les territoires insulaires comme la Guadeloupe, insiste Isabelle Jégouzo. La corruption détruit l’économie. Quand il y a corruption, les entreprises ne fonctionnent plus dans un système concurrentiel juste : ce n’est pas le meilleur qui gagne, mais celui qui a payé, et il n’est pas forcément le meilleur ! On se retrouve avec des services dégradés. L’argent public étant de plus en plus rare, quand il est détourné, non pas pour le bien public mais pour des intérêts privés, c’est la collectivité, dans son ensemble, qui en pâtit, notamment les services publics. À la fin, la corruption détruit le lien social : on n’a plus confiance dans l’action publique, ni dans la citoyenneté. D’où la nécessité de lutter contre ce phénomène : il n’y a pas de fatalité. »

4 fois plus d’atteintes à la probité en Guadeloupe

En Guadeloupe, les « atteintes à la probité sont 4 fois supérieures » aux faits observés ailleurs dans l’Hexagone et dans le reste de l’Outre-mer. « La population de Guadeloupe ressent une forte inquiétude vis-à-vis de ce phénomène : les gens y sont personnellement confrontés, beaucoup plus que dans l’ensemble du territoire national, ce qui est corroboré par le nombre d’atteintes à la probité. Il est 4 fois supérieur en Guadeloupe par rapport au niveau national et dans le reste de l’Outre-mer. Une mobilisation contre ces phénomènes est parfaitement possible. Il faut rappeler les règles, mobiliser globalement le corps social, être capable d’alerter lorsque des phénomènes de corruption apparaissent, d’autant plus que d’autres risques liés au narcotrafic et plus globalement à la criminalité organisée existent. Les groupes criminels utilisent massivement la corruption pour développer leurs activités, pour se protéger, blanchir leurs activités… Ils utilisent la corruption. Il est très important qu’il y ait une mobilisation générale au plus haut niveau, mais aussi de l’ensemble de la population. »

Au cours de son déplacement en Guadeloupe, la directrice de l’Agence française anticorruption sensibilisera les équipes du Grand Port Maritime de Guadeloupe, les agents de l’État, les élus et agents territoriaux, ainsi que les dirigeants d’entreprises… aux phénomènes de corruption.

Par la suite, Isabelle Jégouzo se rendra en Martinique.

Cécilia Larney

Thierry Devimeux : « En parler sans tabou »

Isabelle Jégouzo, directrice de l’Agence française Anticorruption, et Thierry Devimeux, préfet de Guadeloupe.

Préfet de Guadeloupe, Thierry Devimeux se félicite de la présence en Guadeloupe de l’Agence française anticorruption.

« L’atteinte à la probité et les phénomènes de corruption sont des sujets importants, complexes, qui nécessitent que nous réfléchissions aux mécanismes à mettre en place pour résister à cette pression interne, mais aussi à la pression externe.  En Guadeloupe, nous sommes sous la pression des narcotrafiquants qui cherchant à pénétrer notre société, à la fragiliser. Or, les Guadeloupéens sont en demande d’une société forte, capable d’appréhender ces grands défis. Pour cela, on doit pouvoir en parler sans tabou. C’est ce que nous ferons avec les acteurs économiques, les services de l’Etat, les acteurs politiques, le Port, l’aéroport…, pendant deux jours. »

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