Sécurité. La Police nationale d’Haïti dos au mur

Le mois d’août brûle ses derniers jours.

Sur le front de la sécurité, l’addition de certains faits entraîne son lot d’inquiétudes. Le directeur général a.i de la Police nationale d’Haïti, Vladimir Paraison, est sous pression. Le carnage annoncé par les gangs à Kenscoff n’a pas été empêché. Plusieurs dizaines de personnes ont perdu la vie dans la nuit du 23 au 24 août 2026. Acculé, le DG a.i a assuré que la PNH n’avait pas baissé les bras.

« Nous n’avons jamais baissé les bras », a affirmé M. Paraison. « Il y a des policiers et du matériel. Les points que nous couvrons ont toujours des blindés et des policiers », a‑t‑il soutenu, dans ce qui ressemble à un déni mou, alors qu’une enquête pour comprendre les causes de la défaillance du dispositif de sécurité à Kenscoff devrait être annoncée et diligentée.

Le DG a.i se retrouve dans l’œil du cyclone en raison de la succession de carnages à Kenscoff, après des jours difficiles ponctués de critiques liées à la poussée des kidnappings. D’autant que l’on a dénoncé la collusion entre des policiers et les réseaux de kidnappeurs.  

Mardi 25 août, le rapport trimestriel du BINUH (avril‑juin 2026), enfonçant le clou, a révélé qu’au moins 81 personnes ont été enlevées à travers le pays, contre 57 au trimestre précédent.

En attendant le prochain rapport, plusieurs sources interrogées par Le Nouvelliste s’inquiètent de la reprise des enlèvements dans des zones qui avaient pourtant connu une relative accalmie depuis la mort de Ti Makak, la terreur de Laboule 12, de Fessard, des quartiers situés dans les hauteurs de Pétion‑Ville. Au moins deux sources ont confié a Le Nouvelliste que jeudi dernier, à Obery, à gauche, à l’entrée de Laboule 12, un homme a été tué et deux personnes ont été kidnappées.

« Je ne peux pas dire qu’ils reviennent en force, mais ils commettent des coups isolés », selon cette source. Plusieurs témoins ont confié que les gangs de Izo, Izo 2, Ti Lapli, entre autres, utilisent des personnes kidnappées comme boucliers humains pour dissuader les largages de drones kamikazes du Task Force sur leurs positions.

Le DG Paraison, qui ne peut pas compter pleinement sur la Force de Répression des Gangs (FRG) — en phase de déploiement lent — se retrouve seul face aux critiques après avoir effectué des changements au sein de l’état-major.

Le 11 août 2026, il avait nommé l’inspecteur général Frenel Saintil à la tête de la Direction centrale de la police administrative, responsable du gros des unités spécialisées (CIMO, UDMO, GIPNH, etc.). L’inspecteur Saintil remplaçait l’inspecteur général Jacques Joël Orival, nommé coordonnateur de la sécurité du Palais national.

1 408 morts et 656 blessés
entre avril et juin 2026

Le DG Paraison et l’état‑major ont le dos au mur en cette fin d’août, hasard du calendrier, au moment de la publication du rapport trimestriel du BINUH. « Au cours du deuxième trimestre de l’année (avril‑juin 2026), au moins 1 408 personnes ont été tuées et 656 autres blessées », peut-on lire dans un communiqué publié mardi 25 août 2026. « Ces chiffres montrent que la population continue de payer un lourd tribut, inacceptable, à la violence. Sa protection doit rester au cœur de tous les efforts visant à rétablir la sécurité, en particulier pour les enfants, les femmes et les personnes exposées à des risques accrus », a souligné Carlos Ruiz Massieu, Représentant spécial du Secrétaire général en Haïti et chef du BINUH.

Entre condamnation et concrétisation
des engagements concernant la FRG

Entre‑temps, l’onde de choc provoquée par l’assassinat brutal de plusieurs dizaines de personnes à Kenscoff et la séquestration de dizaines d’otages — utilisés comme boucliers humains — a été ressentie bien au‑delà des frontières d’Haïti. Les faits, terribles, ont mis en lumière les limites des forces de sécurité haïtiennes et l’ampleur du travail nécessaire pour mettre en déroute les groupes armés et rétablir la sécurité.

L’OEA et l’ONU ont condamné les attaques. Le secrétaire général de l’OEA, Albert Ramdin, au‑delà de la condamnation, a réitéré son appel aux États membres et aux partenaires internationaux pour qu’ils respectent immédiatement leurs engagements envers la Force de répression des gangs. « La communauté internationale doit passer des promesses à la mise en œuvre et à des résultats tangibles » a écrit Ramdin dans une déclaration publiée sur son compte X ce mardi.

L’appel de Ramdin, qui avait récemment visité Haïti, intervient dans un contexte d’épreuve pour le Dg.ai de la PNH et l’ensemble du CSPN et d’une urgence réelle à accélérer le déploiement de la FRG.

« Les attaques incessantes contre les communautés et les pertes en vies humaines soulignent la gravité des conditions de sécurité en Haïti et renforcent l’urgence d’intensifier les efforts de sécurité haïtiens et internationaux pour lutter contre ces gangs impitoyables », a déclaré Stéphane Dujarric, porte‑parole du secrétaire général de l’ONU, lors d’un point de presse à New York ce mardi.

D’autres fronts pourraient s’ouvrir :
Léogâne sous la menace

« Depuis deux semaines, Léogâne est sous la menace des gangs. Le 12 août, les gangs ont attaqué et saccagé le commissariat de Gressier, à Santo. La police et les autorités locales sont en alerte », a confié une source proche de la police de Léogâne.

« Il y a des menaces très inquiétantes sur la commune de Léogâne, en raison des avancées des groupes de Gressier en direction de la ville », a expliqué l’administrateur de la mairie, Me Alteau Jean‑Baptiste, précisant que des messages circulent depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux.

La mairie a pris des dispositions. Il y a eu des discussions avec le commissaire du gouvernement, le vice‑délégué, le commissaire de police, des responsables du Task Force, a indiqué l’administrateur, soulignant que la mairie et les autorités assument leurs responsabilités.

Par ailleurs, dans une énième vidéo de Lanmo San Jou exhibant plusieurs dizaines de fusils automatiques a alimenté les inquiétudes sur les réseaux sociaux. Il a dit qu’il n’a pas peur en demandant la paix. De manière à peine voilée, le chef de gang et ses hommes, avec l’appui de Chen Mechan, de Jeff Canaan, ont indiqué avoir beaucoup de force et de moyens. « Ils ont commis l’erreur de me laisser m’enrichir », a dit Lanmò San Jou, qui n’a jamais fait de mystère sur ses capacités d’acquérir des armes et des munitions au marché noir.

Source : Le Nouvelliste

Lien : https://lenouvelliste.com/article/271302/la-police-nationale-dhaiti-dos-au-mur#google_vignette

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