Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a présenté le rapport intitulé « La métamorphose silencieuse : comment la jeunesse haïtienne réinvente l’avenir du pays ».
La présentation de ce document, co-rédigé avec le Group Croissance et CEDEL Haïti, s’est déroulée à la salle CCC de l’Université Quisqueya en présence du recteur Jacky Lumarque et d’autres responsables de l’université.
Le rapport « La métamorphose silencieuse » dresse un portrait inédit de la jeunesse haïtienne. Il met en avant le potentiel d’une jeunesse qui transforme, innove et entreprend, mais qui demeure sous-exploitée.
Pour Xavier Michon, il ne s’agit « pas simplement d’un rapport, mais plutôt d’un geste de reconnaissance et peut-être de vous remettre le bâton ».
« Vous avez la production, vous êtes les acteurs, vous avez des droits mais vous avez des responsabilités. L’avenir est devant vous et on est avec vous », a déclaré M. Michon, s’adressant aux jeunes présents lors de la présentation du rapport. Il a également justifié le choix de présenter ce rapport dans un centre universitaire, soulignant qu’il s’agit d’un lieu de réflexion et de débat.
Selon les données relayées par le rapport, les 15-39 ans représentent 42,8 % de la population totale, soit plus de 5 millions d’individus, une force considérable. Déjà, 35 % des entreprises du pays appartiennent à des propriétaires de moins de 35 ans. Pourtant, seulement 9 à 11 % de ces entreprises sont formellement enregistrées, tandis que 91 % des travailleurs haïtiens évoluent dans l’économie informelle. Le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans atteint 37,5 % en 2025, soit plus du double de la moyenne caribéenne.
Face aux obstacles auxquels est confrontée la jeunesse haïtienne, les rédacteurs du rapport rejettent toute attitude défaitiste ou fataliste. Ils préfèrent miser sur des jeunes qui ont lancé des initiatives innovantes et couronnées de succès, invitant la jeunesse à s’inspirer de ces modèles qui ont surmonté les obstacles systémiques.
Pour libérer le potentiel de la jeunesse haïtienne, le rapport propose une feuille de route structurée en trois phases.
À court terme, il recommande de poser les fondations. Le document préconise le lancement d’un processus participatif de co-formulation d’un cadre stratégique national pour la jeunesse, porté par la société civile et les réseaux universitaires.
En parallèle, le rapport recommande le déploiement de programmes de mentorat féminin, avec un objectif de 500 binômes mentor – mentorée actifs en 18 mois, ainsi que l’instauration de quotas de parité de 50 % dans tous les programmes publics d’appui à l’entrepreneuriat. L’accent doit également être mis sur l’insertion professionnelle par l’agriculture technologique, avec la création de vingt écosystèmes locaux dans les zones sécurisées, intégrant des outils d’intelligence artificielle et de traçabilité numérique.
À moyen terme, le rapport préconise le développement de l’écosystème entrepreneurial. Il appelle à la création d’une plateforme numérique unifiée d’enregistrement des entreprises, accessible à partir d’un smartphone, capable de ramener les délais administratifs à moins de sept jours.
Le document recommande également la mise en place d’un FabLab à faible coût par département afin de former 2 000 jeunes innovateurs par an. Ces FabLabs devraient favoriser le développement de solutions adaptées aux réalités locales.
Le rapport prévoit aussi des solutions fintech inclusives, basées sur le scoring de crédit alternatif, afin de permettre aux jeunes entrepreneurs exclus du système bancaire traditionnel, notamment les jeunes femmes vivant en milieu rural, parmi lesquelles seulement 3 % accèdent aujourd’hui à l’enseignement supérieur, d’avoir accès au financement.
À long terme, le rapport plaide pour l’institutionnalisation de cette transformation. Il propose la création d’un Conseil national de l’innovation jeune, doté de réels pouvoirs consultatifs sur les politiques publiques, ainsi que d’un Fonds d’impact diaspora visant à mobiliser entre 50 et 100 millions de dollars sur dix ans. Ce fonds aurait pour objectif de canaliser l’épargne de la diaspora vers l’entrepreneuriat jeune, avec une traçabilité renforcée.
Le rapport rappelle enfin que 2,2 millions de citoyens âgés de 18 à 27 ans n’ont jamais voté de leur vie, ce qui constitue un enjeu démocratique majeur. À l’approche des premières élections générales depuis 2016, le document insiste sur le fait que cette génération « ne demande pas à être sauvée », mais demande « à être reconnue, écoutée et respectée dans les urnes comme dans les politiques publiques ».
Kesner Pharel, PDG du Group Croissance, a, en marge de la présentation du rapport, dressé un état des lieux de la situation économique et des défis auxquels fait face la jeunesse haïtienne. Il a notamment mis en évidence les principaux enjeux que devront relever les décideurs et les jeunes afin d’inverser la tendance actuelle.
La présentation du rapport a été suivie d’une causerie modérée par M. Pharel. Ont pris part à cette discussion Mario Andrésol, Vijonet Demero, ainsi que les jeunes Stéphanie Moïse et Tayler Ansy Nhaïléï Tassy Lazarre. À la fin des échanges, les participants, répartis en deux groupes, ont réfléchi aux engagements à prendre pour accompagner cette transformation.
Source : Le Nouvelliste






















